analyse

Quelle conséquence sur le mandat de Joe Biden?

L'invasion du Capitole par des partisans de Donald Trump gardera une force symbolique puissante dans l'histoire américaine. ©Photo News

Quelles traces l'invasion du Capitole va-t-elle laisser sur la politique américaine? Quel sera l'impact sur la présidence de Joe Biden? Deux experts nous éclairent.

L'invasion du Capitole, l'antre de la démocratie américaine, par les partisans les plus radicaux du président en partance, Donald Trump, rappelle quelques-unes des heures les plus noires de l'histoire américaine. Serge Jaumain, professeur d'histoire contemporaine à l'ULB, et Michel Liégeois, professeur à l'Institut d'études politiques de l'UCLouvain, nous aident à décrypter la portée de cet événement.

L'image des États-Unis va-t-elle pâtir de cet événement?

Cet épisode a, et gardera, une force symbolique puissante. La ressemblance avec les renversements de régime dans les États non démocratiques est frappante. Pour Serge Jaumain, "c'est un terrible gâchis pour les USA, pour leur démocratie et leur image à l'international." L'invasion du Capitole par des pro-Trump laissera des traces dans les consciences. Mais il ne se dit guère inquiet pour l'esprit démocratique de la nation américaine. "Les institutions ont tenu le coup, ça, c'est important! Ce qui s'est passé, c'est ce qu'on pouvait envisager de pire. La démocratie américaine a résisté à ce crash-test grandeur nature!"

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"Imaginez maintenant Joe Biden voulant expliquer les droits de l'Homme à un dirigeant autoritaire.... Ça va être difficile!"
Serge Jaumain
Professeur d'histoire contemporaine à l'ULB

Y a-t-il un risque de récidive dans les prochains jours?

Certains des partisans de Donald Trump qui ont convergé à Washington viennent d'États éloignés et resteront sans doute plusieurs jours sur place... "Mais, tempère Serge Jaumain, ce mercredi 6 janvier était le point culminant pour eux, c'était le dernier grand moment avant que Biden ne s'installe à la Maison-Blanche. Il y avait la proclamation des élections sénatoriales en Géorgie et le dépouillement des votes des grands électeurs." Et Donald Trump a posé un geste d'apaisement en annonçant "une transition ordonnée le 20 janvier".

Le mandat de Joe Biden va-t-il être rendu plus compliqué?

"Imaginez Joe Biden voulant expliquer les droits de l'Homme à un dirigeant autoritaire.... Ça va être difficile!", glisse le professeur d'Histoire de l'ULB.

Jusqu'au 20 janvier, Donald Trump pourrait encore mettre son grain de sel dans l'agencement du mandat du prochain président. "Il lui sera difficile de faire travailler l'administration pour les quelques jours restants. Néanmoins, au niveau international, il pourrait prendre des initiatives diplomatiques que Joe Biden devra assumer par la suite."

"Le président actuel ne parle plus à l'ensemble de sa base mais à une minorité réceptive, prête à passer à l'action et qui ne changera pas d'avis."
Michel Liégeois
Professeur à l'Institut d'études politiques de l'UCLouvain

Que va-t-il advenir de l'esprit républicain?

Cette invasion du Capitole engendre un terrible chaos pour le camp républicain, qu'on savait déchiré mais qui apparaît aujourd'hui au bord de l'explosion. Cependant, les insurgés n'étaient pas représentatifs de l'esprit général du parti.

"Le président actuel ne parle plus à l'ensemble de sa base mais à une minorité réceptive, prête à passer à l'action et qui ne changera pas d'avis", constate Michel Liégeois, de l'UCLouvain. Plusieurs élus républicains ont déjà indiqué qu'ils se distanciaient de la démarche de contestation des élections. Et le sénateur Lindsey Graham, proche allié de Trump, a même lancé: "Ne comptez plus sur moi. Trop c'est trop."

Mais une crise telle que celle qui a suivi l'élection perdue, ponctuée par une rébellion bousculant les fondements de la démocratie et qui a causé le décès de quatre personnes, devrait forcer un examen de conscience au sein des troupes républicaines.

Quelles conséquences pour Donald Trump?

"C'est aussi un gâchis pour Donald Trump, qu'on imaginait jusqu'alors candidat possible en 2024, avec des chances de l'emporter. Aujourd'hui, cela apparaît plus hypothétique", glisse Serge Jaumain.

La question de sa mise à l'écart est bien sûr envisagée après un tel événement. Une procédure d'impeachment, comme celle dont il a fait l'objet dans le cadre du dossier ukrainien, est-elle envisageable? Il ne reste à Donald Trump qu'une bonne dizaine de jours à prester à la Maison-Blanche et une telle procédure est impossible à mener à son terme si vite.

Il ne reste à Donald Trump qu'une bonne dizaine de jours à prester à la Maison-Blanche et une procédure d'impeachment est impossible à mener à son terme si vite.

Des médias américains ont rapporté que des ministres avaient discuté de la possibilité d'invoquer le 25e amendement autorisant le vice-président et une majorité du cabinet à déclarer le président "inapte" à exercer ses fonctions et à le remplacer par le vice-président (Mike Pence, en l'occurrence), en cas de décès par exemple. "Il faudrait en fait déclarer le président inapte à la fonction pour folie, incapacité psychiatrique... Ce n'est pas le cas: il s'agit d'une faute politique, qui n'est pas neuve: la contestation des élections. Est-ce une raison suffisante? Je doute fort que la Cour suprême l'interprète de la sorte", analyse Michel Liégeois.

Et Trump pourrait contester la revendication face au Congrès. Les demandeurs pourraient alors réitérer leur requête. Les parlementaires devraient ensuite voter, avec une majorité des deux tiers nécessaire, dans les deux chambres, pour destituer le président. Long et délicat... Donc, inutile.

Un coup d'État?

Sous le coup de l'ébahissement devant les scènes auxquelles on a assisté au Congrès, certains n'hésitent pas à crier au coup d'État. Un tel rapprochement apparaît pourtant exagéré. "Un coup d'État est organisé dans un but précis. Ici, l'action semble spontanée", réagit Michel Liégeois, professeur à l'Institut de sciences politiques de l'UCLouvain. "Ces manifestants n'ont pas de plan pour prendre le pouvoir, n'ont pas rallié à eux les forces de l'ordre. Il s'agit plus d'une manifestation de mauvaise humeur qu'un mouvement réellement violent."

Mais comment en est-on arrivé à une invasion du Capitole, difficilement contrôlée au début et qui a entraîné le décès de 4 personnes? "Ce mouvement a été rendu possible par toutes les allégations de Trump sur les irrégularités et par son comportement qui conforte une partie de son électorat déjà avide, en temps normal, de théories du complot. "Je suis même étonné que cela ne soit arrivé que maintenant..."

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