analyse

Régis Dandoy, politologue: "L'impeachment de Trump était une erreur stratégique"

Accusé d'"incitation à l'insurrection", Donald Trump a été acquitté samedi par le Sénat. ©AFP

Donald Trump, acquitté, continuera à peser sur l'avenir du parti républicain. Pour Joe Biden, c'est probablement la fin de la lune de miel. Éclairage avec Régis Dandoy, politologue à l'ULB.

Le 6 janvier dernier, les supporters de Donald Trump prenaient de force le Capitole, galvanisés par un discours du président sortant. Les violences provoquèrent la mort de cinq personnes, et une tempête politique sans précédent, à deux semaines de l'investiture de Joe Biden. Accusé d'"incitation à l'insurrection", Donald Trump a été acquitté samedi par le Sénat.

57 sénateurs ont voté pour un verdict de culpabilité et 43 contre. La majorité des deux tiers nécessaire à la condamnation n'a pas été atteinte. Sept sénateurs républicains ont basculé contre Trump. C'est six de plus que lors de son premier impeachment. C'est la première fois qu'un nombre aussi important de sénateurs vote contre un président de son propre camp lors d'un impeachment. Mais cela reste insuffisant.

"La procédure en impeachment de Trump a provoqué une polarisation au Congrès qui risque de rendre les débats improductifs dans les mois à venir."
Régis Dandoy
Politologue à l'ULB

Ce résultat n'est pas une surprise. Les démocrates voulaient faire condamner Donald Trump afin de le rendre inéligible, mais les clivages étaient connus. Dès les premières semaines de la procédure, le camp de Joe Biden a réalisé que les débats et les témoignages étaient inutiles, et que le procès allait offrir une tribune au milliardaire, tout en éclipsant les premières semaines du mandat du nouveau président.

Fin de la lune de miel pour Biden

Joe Biden a présenté le vote comme une victoire morale et politique, estimant que les charges contre Donald Trump "n'étaient pas contestées", en dépit de l’acquittement. Mais le procès a clivé les forces politiques au Congrès, alors qu'une paix relative règne d'habitude entre démocrates et républicains après une investiture, le temps de mettre en place la nouvelle administration présidentielle. Cette situation risque de compliquer les nominations futures.

"La procédure en impeachment de Trump était une erreur stratégique", explique Régis Dandoy, politologue à l'ULB, "elle a provoqué une polarisation au Congrès qui risque de rendre les débats improductifs dans les mois à venir. La lune de miel de Joe Biden est probablement terminée".

"Trump tient toujours son parti, au moins par la peur. Beaucoup de républicains le voient comme un faiseur de roi."
Régis Dandoy

Trump, "faiseur de roi"

Les républicains apparaissent aujourd'hui divisés, mais la déchirure semble superficielle. "Les dissensions ne vont pas laisser de grandes traces", poursuit Régis Dandoy, "ces sénateurs s'opposaient depuis longtemps à Trump et n'avaient plus rien à perdre".

La division se joue surtout au sommet du parti républicain, entre élites. La base ne semble pas affectée. Quant à Donald Trump, il garde sa puissance au sein du parti. "Trump tient toujours son parti, au moins par la peur. Beaucoup de républicains le voient comme un faiseur de roi", estime Régis Dandoy, "je ne vois aucun leader républicain capable de s'opposer à lui à court terme".

Les "midterms" en ligne de mire

Les élus démocrates et républicains ont le regard tourné vers les élections parlementaires de 2022 ("midterms"). Pour entrer en lice, les candidats doivent emporter les primaires au sein de leur parti. C'est à ce moment que Donald Trump pourra indiquer à ses troupes de voter pour l'un ou l'autre candidat. Le président sortant menace aussi de présenter des "trumpistes" contre ceux qui l'ont lâché durant l’impeachment.

"Trump est pris dans l'engrenage populiste, il risque d'aller toujours plus loin, dans les insultes et les provocations."
Régis Dandoy

"Tout va se jouer dans moins d'un an, quand commencera la campagne pour les primaires", affirme Régis Dandoy. "Tout le pouvoir de Donald Trump réside dans sa capacité à mobiliser l'électorat. Or, comme il n'a aucun opposant au sein du parti, on peut estimer qu'il aura cette capacité."

Le mouvement de Trump, fondé sur le populisme, conserve son assise. Ses satellites, comme la mouvance complotiste Qanon, menacent la démocratie. "Trump est pris dans l'engrenage populiste, il risque d'aller toujours plus loin, dans les insultes et les provocations", conclut le politologue.

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