Shutdown aux USA : un nouveau vote lundi

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Le Sénat a échoué à approuver avant minuit un accord sur le budget provisoire. Les Etats-Unis de Donald Trump vivent donc leur premier "shutdown" depuis octobre 2013. Le chef de file de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, assure qu'un nouveau vote interviendra lundi.

On savait que l'étau se resserrait autour du gouvernement Trump. Désormais c'est acquis: le gouvernement fédéral américain est officiellement à court d'argent. Les négociations de dernière minute entre républicains et démocrates en vue de prolonger les financements nécessaires ont échoué. Les Etats-Unis se retrouvent ainsi dans une situation de "shutdown"; et ce le jour du premier anniversaire de l'investiture du président Donald Trump.

 "Notre pays a été fondé par des génies mais il est dirigé par des idiots", a lancé le sénateur républicain de Louisiane John Kennedy, résumant d'un trait d'esprit l'ambiance générale.

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Alors que la Chambre des représentants avait adopté jeudi une proposition de loi visant à prolonger le financement du gouvernement fédéral jusqu'au 16 février, le Sénat a voté à 50 voix pour et 49 contre, manquant de 10 voix la majorité qualifée de 60 pour que le texte passe.

A la suite de ce vote, Mitch McConnell, chef de file de la majorité républicaine au Sénat, et son homologue de la minorité démocrate Chuck Schumer se sont efforcés, en vain, de trouver une solution avant l'échéance de vendredi minuit sur la côte Est américaine (samedi 07h00 HB).

Quels sont les effets de ce shutdown?

Pour la première fois depuis 2013, le gouvernement fédéral va donc devoir fermer des dizaines d'agences à travers le pays et suspendre le versement des salaires de 850.000 fonctionnaires fédéraux"non essentiels".

→ L'armée: Le département de la Défense affirme que le "shutdown" n'aurait aucun impact sur les interventions encours en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Le Pentagone affirme aussi qu'il n'y a aucun impact sur ses militaires actifs. En revanche, les personnels civils "non essentiels" seront mis en congé. Et en cas de crise prolongée, les opérations de maintenance de la flotte de la Navy pourraient être menacées et les avions de guerre cloués au sol.

→ La Justice: Moins de 10% des 115.000 employés dépendant du département de la Justice devraient être concernés, les 95.000 autres étant considérés comme "personnels essentiels". Les tribunaux fédéraux, y compris la Cour suprême, disposent des budgets nécessaires pour fonctionner normalement pendant trois semaines environ.

→  Le fisc: En 2013, les services fiscaux de l'Internal RevenueService (IRS) avaient mis en congé d'office 90% de leurs agents. S'en était résulté des retards de remboursements d'impôts d'un montant total de l'ordre de 4 milliards de dollars, selon les services budgétaires de la Maison blanche.

→  La supervision financière: La Securities and Exchange Commission (SEC), le "gendarme des marchés", se finance elle-même en prélevant des commissions auprès du secteur financier, mais son budget est fixé par le Congrès. La SEC n'a pas précisé à ce stade quels seraient ses plans pour s'adapter à la situation.
La Commodity Futures Trading Commission, chargée de surveiller les marchés de produits dérivés, mettra en congé 95% de ses employés avec la possibilité d'en faire revenir en cas de situation d'urgence.

→  La Maison Blanche: Plus de 1.000 des 1.715 employés au siège de la présidence seront mis en congé. Les activités de Donald Trump ne seront pas concernées: son déplacement la semaine prochaine à Davos, en Suisse, pour le Forum économique mondial est maintenu. La petite fête organisée ce samedi dans son club privé de Floride pour le première anniversaire de la présidence, semblait elle, compromise. Le président est resté à Washington alors qu'il était attendu dans sa luxueuse résidence en Floride.

→ Les Parcs nationaux et sites touristiques: L'administration Trump entend maintenir les parcs nationaux ouverts. En 2013, le précédent "shutdown" avait contraint à les fermer, privant l'administration de 750.000 visiteurs par jour pour un manque à gagner estimé à 500 millions de dollars. De même, plusieurs sites touristiques majeurs à Washington pourraient rester ouverts, comme les musées du Smithsonian, Lincoln Memorial, la Bibliothèque du Congrès et les Archives nationales.

→ La santé: En 2013, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) avait dû suspendre son programme de surveillance de la grippe. Aucune menace de ce type cette année, a déclaré un responsable des CDC.

→  Les inspections sanitaires: Les inspecteurs dépendant du département de l'Agriculture poursuivront leur travail. En revanche, la publication de statistiques pourrait être perturbée comme en 2013.

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Pourquoi un tel échec? 

Dans un communiqué, la Maison Blanche rend les démocrates responsables de la situation, ajoutant qu'elle n'avait pas l'intention de négocier la réforme de l'immigration, qui était pourtant une condition sine qua non posée par les démocrates pour voter le prolongement des financements fédéraux. "Nous ne négocierons pas le statut des immigrants illégaux tant que les démocrates tiennent en otage les citoyens avec leurs exigences irresponsables", ajoute la présidence.

Et au-delà du budget, les parlementaires pensent aux élections de mi-mandat en novembre. Les démocrates estiment que les républicains qui ont tous les leviers du pouvoir -Maison Blanche, Chambre des représentants, Sénat- seront tenus pour responsables de la paralysie et paieront le prix fort.

Bien avant le vote, les démocrates, qui comptent 49 sièges au Sénat sur un total de 100, avaient annoncé vouloir trouver un accord sur l'immigration sous peine de ne pas voter pour cette loi de financement.

En septembre, l'administration Trump a annoncé l'abrogation du programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrivals), qui protège des jeunes migrants clandestins, une suppression programmée pour le début du mois de mars mais qui est à ce stade bloquée par la décision d'un juge de San Francisco.

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Grâce au programme Daca, instauré par Barack Obama en 2012, près de 700.000 jeunes gens, connus sous le nom de "Dreamers", entrés illégalement sur le territoire américain avec leurs parents, sont protégés de toute expulsion des Etats-Unis et autorisés à travailler légalement.

Chuck Schumer, qui dirige la minorité démocrate au Sénat, a estimé que la responsabilité du "shutdown" incombait entièrement   Donald Trump, rappelant que ce dernier avait fermé la porte à une proposition bi-partisane au cours de la semaine.

Il a également dit, tout comme Mitch McConnell, qu'il était déterminé à trouver un accord le plus vite possible pour mettre un terme à cette situation de "shutdown".

Un nouveau vote ce lundi

Le "shutdown" de 2013, sous la présidence de Barack Obama, avait duré 16 jours: du 1er au 16 octobre. Même si, par le passé, les paralysies du gouvernement fédéral n'ont pas eu d'impact négatif durable sur l'économie américaine, les intervenants de marchés financiers pourraient s'inquiéter si aucune perspective de solution n'était trouvée d'ici lundi.

Un nouveau vote est programmé pour lundi au Sénat américain afin de tenter de trouver un accord entre républicains et démocrates sur le budget du gouvernement et de sortir du "shutdown", la fermeture partielle des services fédéraux.

"Je vous assure que nous aurons le vote à 13h00 (06h00 GMT) lundi, sauf s'il y a un désir qu'il ait lieu plus tôt", a déclaré M. McConnell dans un communiqué.

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