analyse

SpaceX rend aux États-Unis leur autonomie pour les vols spatiaux habités

Dans plusieurs mois, Crew Dragon reviendra amerrir dans l'océan, comme Apollo, ralentie par quatre immenses parachutes. ©AFP

Ce mercredi, pour la première fois, la société créée par Elon Musk va envoyer des astronautes dans l'espace. Et dans le même temps, mettre fin à la dépendance américaine vis-à-vis de la Russie pour les vols habités.

Neuf ans que les Américains attendaient cela: pour la première fois depuis l'arrêt du programme des navettes, un engin américain va permettre à des astronautes de la Nasa de rejoindre l'espace. La société SpaceX, fondée par Elon Musk, doit en effet lancer mercredi la capsule Crew Dragon vers la Station spatiale internationale (ISS) avec, à son bord, deux vétérans des vols spatiaux, Robert Behnken, 49 ans, et Douglas Hurley, 53 ans.

C'est une fusée Falcon 9 qui propulsera les deux hommes en direction de la station spatiale, à laquelle ils s'amarreront le lendemain. La Falcon 9 est le lanceur vedette de l'entreprise américaine, qui a réussi à imposer sa technologie de récupération et de réutilisation du premier étage.

Une humiliation

L'événement est loin d'être anodin. Pour SpaceX d'abord, qui ne procédait jusque là qu'à des vols inhabités, notamment avec sa capsule Dragon, utilisée depuis 2012 pour le ravitaillement de l'ISS pour la Nasa. Ensuite pour l'agence spatiale américaine et l'ensemble du pays, qui vivaient comme une humiliation la dépendance américaine envers la Russie depuis 2011 pour accéder à l'espace. 

C'est en effet le 21 juillet 2011 que la dernière navette, Atlantis, est revenue sur terre, clôturant un fructueux programme de trois décennies. Les navettes étaient une sorte d'énorme avion spatial réutilisable, mais extrêmement complexe. Elles ont assuré le transport de dizaines d'astronautes pendant trente ans. Mais le coût faramineux du projet (200 milliards de dollars pour 135 vols) et deux explosions en vol ont poussé les responsables de la Nasa à les abandonner. 

C'est le 21 juillet 2011 que la dernière navette américaine, Atlantis, est revenue sur terre.

Depuis lors, seuls les Russes ont pu offrir un moyen de transport vers l'ISS. Des dizaines d'astronautes américains et d'autres pays – dont le Belge Frank Dewinne à deux reprises – ont emprunté les fusées Soyouz, au départ du cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, pour se rendre dans la station, occupée en permanence depuis 2000.

De nouvelles capsules

Pour combler cette lacune qualifiée d'"humiliante et inacceptable" par Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune, la Nasa avait confié à deux entreprises privées, le géant Boeing et la jeune SpaceX, le soin de concevoir et de construire des capsules qui prendraient le relais des navettes. Leur développement va finalement prendre beaucoup plus de temps que les quatre ans prévus à l'origine.  

Crew Dragon est en quelque sorte le pendant ultramoderne des capsules Apollo, si ce n'est qu'il n'est pas conçu à ce stade pour rallier la Lune. À l'intérieur, des écrans tactiles ont remplacé les boutons et manettes. Contrairement aux navettes, la capsule a un système d'éjection en urgence en cas de problème avec la fusée au décollage. Dans plusieurs mois, Crew Dragon reviendra amerrir dans l'océan, comme Apollo, ralentie par quatre immenses parachutes. Une fois les capsules homologuées, SpaceX et Boeing devront chacune assurer six voyages de quatre astronautes vers l'ISS.

Boeing, de son côté, rencontre des difficultés avec son projet de capsule spatiale CST-100 Starliner, qui a connu un semi-échec lors d'un essai à vide fin 2019. Une nouvelle tentative, à nouveau sans astronautes, est attendue à l'automne 2020.  

Trump sera présent

Le Président Donald Trump se rendra au centre spatial Kennedy, en Floride, pour assister au lancement, maintenu malgré le confinement des derniers mois. Le grand public, lui, a été appelé à suivre la retransmission sur internet. 

Si le vol réussit, SpaceX deviendra la première société privée à avoir transporté des astronautes vers l'ISS.

Si le vol réussit, SpaceX deviendra la première société privée à avoir transporté des astronautes vers l'ISS. La coopération avec la Russie ne va toutefois pas brusquement s'arrêter: la Nasa entend continuer à faire voler quelques Américains sur des Soyouz. Des non-Américains voyageront à l'avenir dans Crew Dragon.

La société d'Elon Musk veut également envoyer des touristes dans l'espace. Une mission avec trois passagers privés est planifiée pour la seconde moitié de 2021. Le fantasque milliardaire voit même déjà plus loin: il construit une énorme fusée, Starship, pour aller autour de la Lune, voire sur Mars. 

3.000
tonnes
La Nasa travaille à un lanceur super-lourd de 3.000 tonnes, le Space Launch System.

La Nasa, de son côté, est engagée dans un projet de retour sur la Lune, que le Président Trump lui a demandé de concrétiser pour 2024, un calendrier souvent jugé intenable. Appelé Artemis, ce programme comprend un grand véhicule spatial nommé Orion – dont le module de service est construit par Airbus – et un lanceur super-lourd (3.000 tonnes), le Space Launch System, qui n'a pas encore volé. 

©Mediafin

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