Trump a-t-il eu raison de déchirer le traité nucléaire avec la Russie?

Un missile tactique russe Iskander, lancé lors d'un exercice militaire dans la région de Saint-Petersbourg. ©EPA

Le président américain a annoncé samedi la sortie des Etats-Unis du traité INF, avant de menacer d’accroître l’arsenal nucléaire américain. Mais pour une fois, la décision de Donald Trump peut être en partie défendue.

Doit-on craindre une prolifération des armes nucléaires? "Tant que les gens ne seront pas revenus à la raison, nous en développerons. C’est une menace pour qui vous voulez. Et ça inclut la Chine, et ça inclut la Russie, et ça inclut quiconque veut jouer à ce jeu-là." Le Président américain a ainsi menacé d’accroître l’arsenal nucléaire des États-Unis, quelques jours seulement après s’être retiré du traité INF sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, signé avec la Russie en 1987 pendant la Guerre froide. Les premières réactions n’ont pas tardé à pleuvoir. "Des initiatives de ce genre, si elles sont mises en œuvre, rendront le monde plus dangereux", a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. De son côté, l’Union européenne a estimé que Washington et Moscou devaient "poursuivre un dialogue constructif pour préserver ce traité", l’estimant "crucial pour l’UE et la sécurité mondiale".

La Russie ne respectait pas le traité

"La Russie a testé dès 2008 un missile d’une portée supérieure à la limite de 5.500 km imposée par le traité."
Rose Gottemoeller
Sous-secrétaire d’Etat sous la présidence Obama

Pourtant, les raisons avancées par Donald Trump méritent – cette fois – d’être entendues. La Russie "n’a pas adhéré à l’esprit de l’accord ou à l’accord lui-même", a accusé Trump. Et il n’est pas le seul à dresser ce constat. En 2015 déjà, Rose Gottemoeller, sous-secrétaire d’État pour le contrôle des armements et la sécurité internationale sous la présidence de Barack Obama, alertait la communauté internationale. "La Russie a testé dès 2008 un missile d’une portée supérieure à la limite de 5.500 km imposée par le traité (…), et ils ont essayé de le cacher. Nous les avons confrontés à ce sujet dès mai 2013. Mais depuis c’est un dialogue de sourds", déclarait-elle. Plus récemment, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a fait part de son "inquiétude concernant le non-respect par la Russie du traité INF".

Bien sûr, le retrait des Etats-Unis laisse désormais le champ libre à la Russie pour développer en toute impunité son arsenal nucléaire. Avec au milieu, les Européens, qui s’inquiètent pour leur sécurité. D’ailleurs, ce jeudi, la Norvège accueillera les plus grandes manœuvres militaires de l’Otan depuis la Guerre froide. L’exercice, qui vise à entraîner l’Alliance atlantique en cas d’attaque contre l’un de ses membres, est d’autant plus important aujourd’hui car l’Europe se retrouve officiellement à portée de tir de la Russie voisine.

La menace chinoise

Outre l’arsenal nucléaire russe, Washington pointe aussi du doigt Pékin. John Bolton, le conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale, en visite à Moscou, a d’ailleurs mentionné la "menace très réelle" de la part de la Chine. En 2017, l’amiral Harry Harris, chef du commandement militaire américain pour le Pacifique, avait déclaré devant le Congrès qu’environ 95% de l’arsenal nucléaire chinois violerait le traité INF si la Chine faisait partie de l’accord.

"Si Trump voulait vraiment jouer la carte de la diplomatie, il devrait justement tenter d’inclure la Chine dans une nouvelle version de ce traité", a estimé pour sa part Jean-Marie Collin, chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, sur franceinfo, ce mardi. Mais "il est peu probable que les Chinois auraient accepté de renoncer à leur avantage", justifie Kori Schake, directrice générale adjointe de l’Institut international d’études stratégiques. Au vu du contexte, "Trump a fait le bon choix", écrit Eli Lake, spécialiste de la sécurité nationale, sur Bloomberg. "Quel est l’intérêt de défendre un traité qui ne fait que contraindre les Etats-Unis?", demande-t-il. Difficile de trouver une bonne raison.

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