Trump dit avoir renoncé à des frappes "disproportionnées" contre l'Iran

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Cette nuit, des avions de chasse et des navires de guerre américains ont reçu l'ordre de frapper des points stratégiques militaires iraniens avant que Washington ne se ravise et annule l'opération. Donald Trump a indiqué ce vendredi qu'il avait finalement trouvé ces frappes "disproportionnées".

Donald Trump a déclaré ce vendredi avoir déprogrammé des frappes militaires contre l'Iran car elles n'auraient pas représenté une réponse "proportionnée" à la destruction d'un drone de la marine américaine la veille près du détroit d'Ormuz. Le président des Etats-Unis a également annoncé avoir imposé jeudi soir de nouvelles sanctions à l'Iran, sans préciser de quelle nature.

"Nous étions armés et prêts à riposter la nuit dernière contre trois sites différents quand j'ai demandé combien (de personnes) allaient mourir. 150 personnes, monsieur, a été la réponse d'un général. 10 minutes avant la frappe, je l'ai stoppée, (ce n'était) pas proportionné par rapport à une attaque contre un drone. Je ne suis pas pressé, notre armée est (...) prête et de loin la meilleure au monde. L'Iran ne sera JAMAIS autorisé à avoir d'armes nucléaires, pas contre les Etats-Unis, et pas contre le MONDE!", a écrit Donald Trump sur Twitter.

C'est le New York Times qui avait dévoilé l'information ce vendredi matin. Une opération dont Donald Trump a catégoriquement nié l'existence, avant donc de la reconnaître quelques heures plus tard. Des représentants officiels de l'administration Trump ont confié au quotidien new-yorkais que des avions de chasse et des navires de guerre étaient en position et prêts à frapper des cibles militaires iraniennes au moment de la volte-face américaine. Des batteries de missiles et des radars militaires iraniens auraient fait partie des cibles désignées. Aucun missile n'a été tiré.

Donald Trump s'est exprimé sur l'Iran lors de son entrevue avec le premier ministre canadien Justin Trudeau à la Maison Blanche. ©Photo News

Des représentants officiels de l'armée iranienne ont également confié à l'agence Reuters qu'un message en provenance des Etats-Unis était parvenu au guide suprême Ali Khamenei par l'intermédiaire d'émissaires venus d'Oman. Le message, signé de la main de Donald Trump, prévenait le chef d'Etat iranien de l'opération en cours tout en l'invitant au dialogue. Dans le message, Donald Trump écrit "vouloir éviter la guerre avec l'Iran" et proposer à l'Iran de "discuter de plusieurs choses", tout en imposant un court délai de réponse. Le message aurait, selon les sources, atteint son destinataire malgré les réticences du guide suprême à discuter avec le président américain. 

Le New York Times révèle aussi une scission au sein des conseillers du président américain concernant la décision d'attaquer l'Iran, certains craignant qu'une escalade de la violence entre les deux pays puisse mettre en danger les troupes américaines basées dans la région. Parmi les décideurs de la "Situation Room", le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, le conseiller en sécurité nationale John Bolton et Gina Haspel, directrice de la CIA, se sont, sans surprise, tous déclarés favorables à une offensive américaine.

Un drone américain abattu

Cette opération a été programmée en réponse directe à la destruction d'un drone de surveillance américain par les forces iraniennes du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). L'engin militaire, abattu dans la nuit de mercredi à jeudi, est accusé par l'Iran d'avoir violé l'espace aérien du pays.

Dans le camp américain, on conteste toujours cette accusation, dénonçant une attaque iranienne "gratuite" sur un drone d'"observation" survolant un espace aérien international proche du détroit d'Ormuz. 

Routes déviées pour les compagnies aériennes

A la suite à la chute du drone, l'autorité de l'aviation civile américaine (FAA) a publié une note d'urgence interdisant le survol du territoire iranien au-dessus du détroit d'Ormuz et du golfe d'Oman par les compagnies aériennes commerciales du pays.

Plusieurs compagnies étrangères, dont KLM, Qantas, Malaysia Airlines, Lufthansa, Air France et British Airways, ont décidé d'appliquer les directives américaines et d'éviter la zone en question.

Aucun de ses vols ne survolant l'Iran, la compagnie belge Brussels Airlines n'est pas concernée par ces mesures de précaution.

Comme à son habitude, Donald Trump avait premièrement réagi à l'incident par un tweet d'apparence menaçant, avant de tempérer ses propos lors de déclarations ultérieures. Avançant d'abord: "L'Iran a commis une grave erreur!" par l'intermédiaire du réseau social, il a ensuite semblé faire marche arrière invoquant l'erreur d'un individu "laissé sans surveillance et stupide" ou une erreur de jugement comme probable explication au tir de missile iranien responsable de la chute du drone militaire.

Les autorités iraniennes se sont, elles, exprimées sans équivoque, notamment par l'intermédiaire du chef des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, rappelant que la frontière iranienne était "une ligne rouge à ne pas franchir" et prévenant que l'Iran n'hésiterait pas à "réagir avec force contre toute agression". Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a, quant à lui, voulu confronter les Etats-Unis devant les Nations Unies, s'appuyant sur des preuves de la position illégale du drone "espion" lors du crash. Les deux parties déclarent posséder des preuves irréfutables quant à la localisation exacte du drone au moment de l'impact du missile.

Un épisode logique d'une saga qui dure depuis plus d'un an

Depuis l'annonce du retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) en mai 2018 et le rétablissement des sanction économiques contre l'Iran, les relations entre les deux pays n'ont jamais cessé de se dégrader. Le point de non retour semblait avoir été atteint en avril dernier alors que l'administration Trump classifiait officiellement le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en tant qu'organisation terroriste sur une liste dédiée. Il y a une semaine, l'Iran était à nouveau accusé par les Etat-Unis alors que deux tankers japonais et norvégiens étaient sabotés en mer d'Oman.

Avec la destruction du drone "espion" et l'attaque avortée de la nuit dernière, la tension semble avoir atteint son paroxysme.

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