Trump face au témoignage accablant d'un diplomate

Bill Taylor est chargé d'affaires à l'ambassade des Etats-Unis en Ukraine, témoignait à huis clos devant les trois commissions de la Chambre des représentants qui mènent l'enquête dans le cadre de la procédure de destitution. ©EPA

Le Maison-Blanche dénonce une "campagne de calomnies" contre Donald Trump après la témoignage devant le Congrès d'un diplomate américain en poste à Kiev. Les soupçons pesant contre le président des Etats-Unis dans l'affaire ukrainienne se renforcent.

Un diplomate américain en poste en Ukraine vient de livrer, devant le Congrès, un témoignage accablant qui renforce l'impression que le président Trump a utilisé la politique étrangère américaine à des fins politiques personnelles.

Bill Taylor a expliqué comment le président avait essayé de faire pression sur l'Ukraine pour que ce pays enquête sur la famille de son rival démocrate Joe Biden à l'approche de l'élection de 2020. Il a aussi assuré que Trump avait conditionné l'octroi d'une aide de Washington à Kiev à l'aboutissement de sa demande.

J'ai compris 'impasse' comme voulant dire que l'Ukraine ne recevrait pas l'assistance militaire dont elle avait cruellement besoin.
Bill Taylor
Diplomate américain en poste en Ukraine

Les élus démocrates de la Chambre des représentants ont vu dans le récit de Bill Taylor, chargé d'affaires américain à Kiev, la preuve que les soupçons les ayant poussés à lancer une procédure en vue de la destitution du 45e président des États-Unis étaient fondés. Ce témoignage contredit les propos de Trump, selon qui il n'y a eu aucune contrepartie demandée pour le versement des 391 millions de dollars destinés à aider Kiev à faire face aux séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine -une aide que le président républicain avait bloquée après qu'elle fut approuvée par le Congrès. Les démocrates estiment que Donald Trump est passible d'une destitution pour avoir demandé à un dirigeant étranger d'enquêter sur Joe Biden...

Le récit de Bill Taylor

©AFP

Bill Taylor a relaté que Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, lui avait clairement indiqué que Trump avait lié le déblocage d'une aide à l'Ukraine à l'annonce par Kiev d'une enquête visant le fils de Biden, qui fut au conseil d'administration d'une entreprise ukrainienne. Il a expliqué que Sondland lui avait dit "que tout était lié à une telle annonce, y compris l'aide", a-t-il raconté dans une longue déclaration de 15 pages qui a été publiée dans son intégralité par le Washington Post. "L'ambassadeur Sondland a dit qu'il avait parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky (...) et lui avait dit que 'même si ce n'est pas une contrepartie', s'il 'n'éclaircissait pas les choses' en public, nous serions dans une impasse", a-t-il raconté devant les élus. "J'ai compris 'impasse' comme voulant dire que l'Ukraine ne recevrait pas l'assistance militaire dont elle avait cruellement besoin", a-t-il ajouté.

La diplomate a aussi souligné comment Sondland avait essayé de lui expliquer la logique "d'homme d'affaires" de Donald Trump. "Lorsqu'un homme d'affaires est sur le point de signer un chèque à quelqu'un qui lui doit quelque chose, l'homme d'affaires demande à cette personne de payer avant qu'il ne signe le chèque."

La Maison-Blanche se fâche

La porte-parole de Trump, Stephanie Grisham, a dénoncé une "campagne de calomnies" menée "par des élus d'extrême gauche et des bureaucrates radicaux non élus qui sont en guerre contre la Constitution". "C'était encore aujourd'hui des ouï-dire et des fuites sélectives dans le cadre d'auditions aux motivations politiques, à huis clos et opaques de la part des démocrates"

Mardi matin, avant le témoignage, le président américain s'était plus que jamais posé en victime: "Tous les républicains doivent se souvenir de ce à quoi ils assistent ici: un lynchage", avait-il twitté.

L'enquête a été ouverte après qu'un membre des services du renseignement américain a lancé l'alerte sur une conversation téléphonique en juillet dernier entre Trump et Zelenski, accusant le président républicain d'avoir fait pression pour que l'Ukraine enquête sur Biden. ©AFP

Ce tweet matinal avait suscité de très vives réactions dans la capitale fédérale américaine, pourtant habituée aux déclarations volontairement provocatrices de l'ancien homme d'affaires de New York. "C'est un mot qu'aucun président ne devrait utiliser pour lui-même", avait réagi le démocrate James Clyburn sur CNN. "Je viens du Sud. Je connais l'histoire de ce mot. C'est un mot qu'il faut utiliser avec beaucoup, beaucoup de prudence", ajoutait l'élu afro-américain. "Un lynchage? 4.743 personnes ont été lynchées aux États-Unis entre 1882 et 1968, parmi lesquels 3.446 Afro-Américains", avait réagi Kristen Clarke, présidente d'une association de défense des droits civiques. Et de souligner que les lynchages furent un chapitre "répugnant" de l'histoire américaine.

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