Trump s'apprête-t-il à faire baisser le dollar?

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Tout en louant la force du dollar -"cette très belle chose"-- Donald Trump a aussi souligné que cela rendait les entreprises américaines moins compétitives et n'a pas exclu d'intervenir pour faire baisser le billet vert.

Le dollar est très fort. Le pays est très fort. Le dollar est une très belle chose dans un sens mais il rend la concurrence plus difficile.
Donald Trump

En usant de ces mots vendredi lors d'une longue tirade dans le Bureau ovale, Donald Trump a rompu une nouvelle fois avec la tradition bien établie qui veut que seul le secrétaire américain au Trésor s'exprime --et avec parcimonie-- sur la première monnaie de réserve du monde. 

Quand un journaliste l'a interrogé sur l'éventualité d'une intervention pour faire baisser le billet vert, M. Trump a répliqué: "Je pourrais le faire en deux secondes. Je n'ai pas dit que je n'allais rien faire". En disant cela, Donald Trump a démenti son principal conseiller économique Larry Kudlow qui, quelques heures plus tôt, avait dit exactement le contraire.

"Faire baisser le dollar, ce n'est pas la question", avait affirmé ce dernier, presque indigné que l'on puisse imaginer ce scénario. "Nous avons eu (mardi Ndlr) une réunion avec le président et ses principaux conseillers en matière d'économie et nous avons exclu toute intervention sur la devise", avait affirmé M. Kudlow. "Un dollar stable, fiable et sûr" attire l'argent des investisseurs aux Etats-Unis "par tombereaux", avait-il ajouté. Il reprenait ainsi l'esprit de ce qui pour des générations de secrétaires américains au Trésor était devenu un mantra: "Un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis".

Doutes 

Les soupçons que l'administration Trump pourrait rompre avec la tradition ont été éveillés par Politico. Le média américain a rapporté que Peter Navarro, un proche conseiller du président sur les affaires commerciales, avait suggéré à M. Trump une intervention pour faire baisser le dollar et redonner de la compétitivité aux entreprises américaines sur les marchés internationaux, lors de cette fameuse réunion des principaux conseillers économiques.

Le dollar est vraiment devenu encore bien plus qu'avant la monnaie de référence.
Donald Trump

De fait, l'un des effets mécaniques d'une monnaie plus faible est de rendre les produits à l'exportation moins chers. Une suggestion d'autant plus attrayante que le locataire de la Maison Blanche a accusé à de nombreuses reprises les partenaires commerciaux des Etats-Unis de manipuler leur devise pour l'affaiblir face au dollar et donner ainsi un avantage compétitif à leurs propres produits. Il a nommément visé la Chine, mais aussi la zone euro en s'en prenant au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Selon le Washington Post de vendredi, le président a rejeté l'idée d'une intervention craignant que cela ne heurte l'économie américaine et ne soit difficile à contrôler. "Nous avons un dollar très puissant. C'est une bonne nouvelle et en dépit de ça, nous nous portons vraiment bien. (...) C'est vraiment devenu encore bien plus qu'avant la monnaie de référence", a encore ajouté le président, soulignant que l'euro "ne se porte pas si bien. L'Europe n'est pas très en forme. La Chine n'est pas très en forme (...). Nous sommes l'économie la plus attrayante du monde".

Mais sa sortie dans le Bureau ovale sème le doute sur les véritables intentions de l'administration au risque de créer des turbulences sur le marché des changes. Un moyen de faire baisser le cours du dollar serait de baisser les taux d'intérêt et donc de rendre certains investissements en dollars moins attrayants. C'est l'une des raisons des attaques incessantes --et elles aussi peu orthodoxes-- du président contre la Banque centrale américaine, qu'il accuse de freiner la croissance de la première économie du monde en ayant augmenté ses taux trop vite et trop souvent.

En attendant la Fed

Commentant la croissance au deuxième trimestre -- qui à 2,1% s'est nettement ralentie, mais reste solide par comparaison avec d'autres pays industrialisés--, M. Trump a accusé: "Nous aurions pu avoir plus si ce n'était pour la Fed". Et de paraphraser Marlon Brando dans "Sur les quais": "Nous aurions pu être quelqu'un"

Le président pourra peut-être féliciter la Banque centrale américaine mercredi, qui a laissé entendre qu'elle devrait modestement baisser les taux, à l'issue d'une réunion de son comité monétaire de deux jours.

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