Trump s'attaque au suprémacisme, mais épargne les ventes d'armes

©REUTERS

Le président des Etats-Unis Donald Trump a répliqué aux accusations de l’opposition démocrate liant les tueries de ce week-end, qui ont fait 30 morts, à son laxisme sur les ventes d’armes et à ses propos haineux contre les Mexicains.

Samedi 3 août, 10h30. El Paso. Texas. Patrick Crusius, 21 ans, fait irruption dans un hypermarché Walmart après avoir roulé neuf heures depuis son domicile en banlieue de Dallas. Le casque antibruit vissé sur les oreilles, il fait feu de son AK-47, abat 21 personnes, dont 6 Mexicains, et en blesse 26 autres. Après le massacre, il se rend aux officiers de police hors du magasin.

Quelques minutes avant de passer aux actes, Patrick Crusius a posté sur Facebook un manifeste de 4 pages, "Une vérité qui dérange", dans lequel il fait les louanges de l’attentat de Christchurch où 51 personnes ont perdu la vie en mars. Il y dénonce "une invasion" d’hispaniques aux Etats-Unis, en s’appuyant sur la théorie du grand remplacement du propagandiste d’extrême droite français Renaud Camus. "Il ne retire rien à ce qu’il a fait et dit", indique Greg Allen, le chef de la police d’El Paso. Il encourt la peine de mort.

Un loup solitaire

8chan, le porte-voix des tueurs blancs

Le massacre de 50 personnes dans deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, la fusillade de Poway, en Californie, faisant un mort dans une synagogue en avril et la tuerie d’El Paso de samedi.

Ces trois tragédies partagent, au-delà de la révulsion qu’elles suscitent, plusieurs sinistres points communs. Tout d’abord, leurs motivations, apparemment racistes, mais aussi les profils des tueurs: jeunes, isolés, blancs. Ensuite, partie immergée de l’iceberg, un forum de discussions en ligne, 8chan, par l’intermédiaire duquel les trois tueurs ont exprimé leurs "idées" et leurs intentions meurtrières.

Dans le cas d’El Paso, l’auteur présumé du massacre avait publié un "manifeste" de quatre pages quelques minutes avant les premiers coups de feu, y détaillant, entre autres, sa haine pour la communauté hispanique, et indiquant, en toutes lettres: "Je vais probablement mourir aujourd’hui."

"Utopie libertarienne"

8chan - lire, selon ses créateurs, "infinitechan", le "8" étant supposé représenter le ruban symbolique de l’infini plutôt que le chiffre et sa prononciation anglophone proche du mot "haine" (eight ou hate) - est un forum basé sur la liberté d’expression. 

Excroissance d’une plateforme au principe similaire, 4chan, le forum libertarien est né des frustrations de certains membres de la communauté de son plus restrictif prédécesseur, déçus de ne pouvoir exprimer leurs idées, même les plus extrêmes, sans risquer de voir des chaînes de discussions ("threads") bloquées par les administrateurs du site.

Son fondateur, l’américain Fredrick Brennan, a déclaré, dans un entretien avec le New York Times, avoir lancé 8chan en 2013 dans le but de créer une utopie de la liberté d’expression, composante essentielle du sacro-saint premier amendement de la Constitution. Aujourd’hui écarté du site, il plaide pour son démantèlement, regrettant sa propension à la prolifération d’idéaux suprémacistes et néonazis.

Le fournisseur de services en cybersécurité Cloudware, en charge de celle du forum, a déclaré suspendre sa protection peu de temps après l’annonce du massacre. Le site est désormais inaccessible.

Le profil de Patrick Crusius révèle un terroriste du type "loup solitaire", suprémaciste blanc et militant pro-Trump. Sur son compte Twitter, on trouve une photo d’armes formant le nom du Président des Etats-Unis.

Dimanche 4 août. Une heure du matin. Dayton. Ohio. Connor Betts, 24 ans, ouvre le feu dans un quartier animé. Il est équipé d’un gilet pare-balles et d’un fusil-mitrailleur doté de deux chargeurs achetés légalement sur internet. Il fait neuf morts et 27 blessés. Une minute après le premier coup de feu, il est abattu par la police. Parmi les victimes, sa propre sœur Megan Betts.

La police ignore, à cette heure, quelles sont les motivations de Connor Betts. On sait toutefois qu’il présente un profil de déséquilibré, "dépressif et sombre", selon ses proches. Sur les réseaux sociaux, il se disait sataniste et militant de gauche et opposé aux armes à feu. Quelques heures avant de mener son attaque, il avait commenté la tuerie d’El Paso sur les réseaux sociaux.

Loi sur le port d’armes

Après les deux attaques, les critiques ont fusé contre le président des Etats-Unis, Donald Trump, pour sa politique laxiste sur les ventes et le port d’armes et ses attaques contre les immigrés Mexicains. Son rival, Bernie Sanders, l’a accusé sur Twitter d’user d’une "rhétorique raciste, haineuse et anti-immigrés" qui encourage le passage aux actes violents.

L’opposition démocrate réclame l’adoption par le Sénat d’un projet de loi allant vers une meilleure régulation du port d’armes. Le texte, adopté par la Chambre des représentants il y a plus de cinq mois, est bloqué par les Républicains.

"Combien de personnes doivent encore mourir avant que le leader de la majorité républicaine du Sénat Mitch McConnel mette de côté les intérêts de la NRA et programme un vote sur ce projet de loi?", demande la démocrate Elizabeth Warren.

Trump se défend

Lundi, le président des Etats-Unis s’est défendu lors d’une allocution à nation depuis la Maison-Blanche. "Notre nation doit condamner d’une seule voix le racisme, le sectarisme, et le suprémacisme blanc (…) Ces idéologies sinistres doivent être défaites", a-t-il dit lors de son intervention soutenue par un téléprompteur, considérant que les deux attaques sont "des attaques du démon" et "un crime contre l’humanité".

Le Président américain a également critiqué "l’idéalisation de la violence" aux Etats-Unis et l’internet qui "radicalise les esprits perturbés".

"C’est la maladie mentale et la haine qui appuient sur la détente, pas l’arme."
donald trump
président des Etats-Unis

Sur le plan politique, Donald Trump a choisi d’appeler au rassemblement des Etats-Unis en "un seule peuple", plutôt que de "chercher des solutions bipartisanes". Quelques heures auparavant, il proposait de lier le sort de la loi d’encadrement des armes – qui prévoit de contrôler en amont les détenteurs d’armes – avec la réforme de la migration.

À propos du tueur d’El Paso, Donald Trump a estimé qu’il était "consumé par la haine raciale". Il a également fait le lien entre les jeux vidéos violents, la maladie mentale et le passage à l’acte, plutôt que de faire porter la responsabilité sur les marchants d’armes. "C’est la maladie mentale et la haine qui appuient sur la détente, pas l’arme", a-t-il dit. Sur Twitter, il s’en est pris aux médias, qui seraient responsables de "la colère et la rage qui s’accumulent depuis de nombreuses années".

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