Trump torpille l'accord nucléaire et rétablit les sanctions contre l'Iran

©AFP

Donald Trump a décidé de retirer les Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Cette annonce risque d'ouvrir une période de vives tensions avec les alliés européens et d'incertitudes quant aux ambitions atomiques de Téhéran. Les Américains annoncent aussi rétablir les sanctions contre la République islamique, mettant ainsi les prix du pétrole sous pression.

Quinze mois après son arrivée au pouvoir, Donald Trump a décidé de torpiller l'accord réglementant le programme nucléaire de l'Iran. Le président américain a remis en cause le texte conclu en 2015 après 21 mois de négociations acharnées. Depuis ses bureaux à la Maison-Blanche, il a annoncé, sans réelle surprise, que les Etats-Unis allaient se retirer de l'accord nucléaire avec l'Iran, "un régime des plus dangereux", a répété encore Donald Trump.

En plus de se retirer de l'accord, les Etats-Unis vont aussi rétablir les sanctions contre l'Iran. Une décision qui est effective immédiatement pour les nouveaux contrats, a affirmé mardi le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, précisant que les entreprises étrangères auront quelques mois pour "sortir" d'Iran. Et le Trésor américain a fait savoir que les sanctions concernant les anciens contrats conclus en Iran entreraient en vigueur après une période de transition de 90 à 180 jours.

France, Allemagne et Royaume-Uni au taquet

Le président français Emmanuel Macron avait prévu de s'entretenir avec la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May. Le rendez-vous téléphonique était programmé avant l'annonce officielle des Américains. Les trois pays européens signataires de l'accord de 2015 ont ainsi préparé une prise de position commune regrettant la décision américaine. Le président Macron dit même vouloir "oeuvrer collectivement à un cadre plus large" avec Londres et Berlin.

Le Premier ministre belge Charles Michel s'est aussi joint au concert de réactions déplorant le retrait américain. Pour le chef du gouvernement fédéral, "l'absence d'accord signifie plus d'instabilité ou la guerre au Moyen-Orient. Je regrette profondément le retrait de Donald Trump de (l'accord). Ses partenaires internationaux doivent rester engagés et l'Iran doit continuer de rencontrer ses obligations".

Du côté des autorités européennes, Federica Mogherini, la haute-représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, a indiqué s'attendre à ce que le reste de la communauté internationale poursuive l'implémentation de l'accord nucléaire avec l'Iran.

L'Iran veut discuter avec Européens, Russes et Chinois

Et qu'envisagent de faire les Iraniens? Pour l'instant, Téhéran, où cohabitent des ultraconservateurs autour du guide suprême Ali Khamenei et des dirigeants plus modérés autour du président Hassan Rohani, ont soufflé le chaud et le froid. La République islamique a menacé de quitter à son tour l'accord de 2015, de relancer et d'accélérer le programme nucléaire, mais a aussi laissé entendre qu'elle pourrait y rester si les Européens pallient l'absence américaine.

Après la décision US, le président iranien Hassan Rohani, qui s'était beaucoup investi dans cet accord, a immédiatement accusé Donald Trump de pratiquer "une guerre psychologique". Assurant vouloir discuter rapidement avec les Européens, les Chinois et les Russes, autres signataires de l'accord, il a averti que son pays pourrait mettre un terme aux restrictions qu'il a consenties sur ses activités d'enrichissement d'uranium.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, son plus ferme soutien sur ce dossier depuis des mois, a immédiatement indiqué qu'il soutenait "totalement" cette décision "courageuse".

Le royaume sunnite d'Arabie saoudite, grand rival régional de l'Iran chiite, a lui aussi affiché son "soutien" à cette décision.

L'ancien président américain Barack Obama a estimé que la décision de son successeur était malavisée et constituait une "grave erreur".


Forte volatilité sur les cours du pétrole 

Les cours du pétrole ont connu une séance des plus volatiles après la journée faste de la veille qui a vu les cours du brut léger américain passer au-dessus des 70 dollars pour la première fois depuis 2014. Ce mardi, ils ont creusé leurs pertes à mesure que l'heure de la prise de parole de Donald Trump approchait, le brut léger américain perdant jusque 4,4% lorsque CNN a évoqué la possibilité d'un délai avant le rétablissement des sanctions américaines contre l'Iran, l'un des principaux producteurs de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Ils sont ensuite revenus quasiment à l'équilibre alors que Donald Trump s'exprimait avant de repartir à la baisse peu après.

Au final, le contrat juin sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a finalement perdu 1,67 dollar, soit 2,36%, à 69,06 dollars le baril. Au moment de la clôture du Nymex, le Brent cédait 1,32 dollar (-1,73%) à 74,85 dollars.

Le pétrole est l'un des marchés les plus exposés aux retombées du dossier iranien, la République islamique étant l'un des principaux exportateurs mondiaux. "Ce que nous constatons, c'est qu'il y a eu une forte prime géopolitique mise sur ce marché en raison de l'accord avec l'Iran", a dit Bill Baruch, président de Blue Line Futures à Chicago. Des intervenants de marché ont aussi souligné que les cours du pétrole étaient pénalisés par la vigueur du dollar, qui a atteint un pic depuis le début de l'année face à un panier de devises de référence.

A Wall Street, les valeurs du secteur énergétique, mal en point avant la décision américaine, ont changé de tendance une fois le retrait US officialisé par Donald Trump.

 

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