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Un an après la mort de George Floyd, des conséquences toujours bien visibles

Cela fait un an jour pour jour que George Floyd est décédé, étouffé sous le genou d'un policier blanc à Minneapolis. ©REUTERS

La mort de George Floyd, tué par un policier blanc, a marqué les esprits dans le monde entier. Un an plus tard, quel impact reste-t-il de cet évènement qui a provoqué un mouvement historique contre les violences policières?

C'est un nom que l'on ne présente plus. Cela fait un an jour pour jour que George Floyd est décédé, étouffé sous le genou d'un policier blanc à Minneapolis. Les images de son agonie, l'horreur relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux au travers de ses derniers mots ("I can't breathe", soit "je ne peux pas respirer") et l'impassibilité du policier Derek Chauvin: tous les ingrédients étaient réunis pour former un cocktail explosif.

George Floyd, c'est désormais un visage donné aux violences policières dont sont victimes les Afro-américains. Il y a pourtant eu beaucoup de victimes similaires avant lui. "C'est un peu le lot quotidien des Afro-américains", commente Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste de l'histoire de l’Amérique du Nord. Ce n'était pas la première fois qu'un Noir se faisait tuer par la police, ni même que sa mort était filmée. Pourquoi celle-ci a-t-elle fait l'objet d'une telle indignation internationale?

"Sa mort a marqué l'opinion internationale et américaine et obligé Joe Biden à promettre qu'on allait changer les choses."
Serge Jaumain
Professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles

"Il s'agit d'une conjonction d'éléments à un moment particulier de l'histoire, notamment la campagne électorale qui battait son plein entre Joe Biden et Donald Trump, et l'activisme du mouvement Black Lives Matter", explique Serge Jaumain. "On pourrait même élargir ce phénomène au militantisme contre toutes les formes de violences: le mouvement #MeToo a également contribué à ce changement des mentalités, tout comme le pouvoir du smartphone."

L'ombre de Trump sur les républicains

Face à cet émoi qui a rapidement gagné les États-Unis (et le monde entier), les manifestations se sont multipliées pour appeler au changement. "Sa mort a marqué l'opinion internationale et américaine et obligé Joe Biden, qui s'est montré très proche de la famille de Floyd durant la campagne électorale, à promettre qu'on allait changer les choses", indique Serge Jaumain.

Un changement concrétisé dans un projet de loi portant le nom de George Floyd, afin de réformer la police en profondeur. Forte de sa majorité démocrate, la Chambre des représentants a adopté ce "George Floyd Justice in Policing Act" début mars. Mais le Sénat tire les choses en longueur, butant sur l'égalité de voix entre démocrates et républicains. Élu sur une image d'homme de dialogue, Joe Biden sait qu'il joue une importante partie de son capital politique sur ce dossier.

La proposition de loi prévoit notamment l'interdiction des prises d'étranglement - une méthode impliquée dans plusieurs incidents récemment médiatisés -, la tenue d'un registre national recensant les policiers licenciés pour abus et la limitation des transferts d'équipements militaires aux forces de l'ordre.

Le texte vise également à limiter la large immunité ("immunité qualifiée") dont jouissent les policiers américains. Cette modification est le point dur de la négociation, les républicains se posant en défenseurs des protections légales des forces de l'ordre. "Le calendrier pour le vote de la loi ne sera pas tenu", a reconnu Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche. Or Joe Biden sait qu'il joue une importante partie de son capital politique sur ce dossier, lui qui a été élu sur une image d'homme de dialogue.

"Ce débat au Sénat est symptomatique du poids que continue à avoir l'ancien président sur la politique américaine."
Serge Jaumain
Professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles (ULB)

"Nous continuons à progresser vers un compromis et restons optimistes sur la possibilité d'y parvenir", ont cependant écrit lundi les sénateurs Cory Booker (démocrate), Tim Scott (républicain) et Karen Bass (démocrate).

Cette "immunité qualifiée" sera toutefois très difficile à avaler pour les républicains. Or il s'agit du point essentiel de cette réforme: si l'on ne l'adopte pas, les autres points ne changeront pas fondamentalement les choses. "Il y a une énorme fracture entre les républicains et les démocrates aux États-Unis, dont on n'a pas toujours conscience ici en Europe", explique Serge Jaumain. "L'élection de Trump a donné des ailes à la droite extrémiste, qui brasse toujours dans la direction diamétralement opposée à cette volonté de changement. Ce débat au Sénat est symptomatique du poids que continue à avoir l'ancien président sur la politique américaine."

Le verdict de Derek Chauvin, un tournant

Dans ce marasme politique, le verdict de la culpabilité de Derek Chauvin, reconnu coupable mi-avril de la mort de George Floyd, est un signe d'espoir fort. Déjà renvoyé des forces de l'ordre, l'agent de 45 ans connaîtra sa peine dans huit semaines. Il risque 12 ans et demi de prison, voire jusqu'à 40 ans si le magistrat conclut à l'existence de circonstances aggravantes.

"La condamnation de Derek Chauvin a été un tournant fondamental. Il y a eu de nombreux décès dans des circonstances similaires, mais condamner le policier, c'est du jamais-vu. Ce verdict va contribuer à changer les mentalités pour de nombreuses années, y compris dans la police."

Et si les choses prennent du temps au niveau fédéral, les États, qui sont souverains en de nombreux domaines, vont de l'avant. Certaines localités tentent ainsi des expérimentations pour diminuer le risque de bavure, en désarmant, par exemple les agents chargés de la sécurité routière.

De nombreuses morts depuis George Floyd

Ces avancées seront-elles toutefois suffisantes? On comptabilisait fin décembre la 96ᵉ victime noire d'un policier, Andre Maurice Hill, 47 ans, tué dans son garage alors qu'il n'était pas armé. Et il était loin d'être la dernière, alors que Daunte Wright, un homme noir âgé d’à peine 20 ans, a été abattu par la police mi-avril à Minneapolis, en plein procès sur la mort de George Floyd.

Andre Hill tenait un téléphone portable dans son garage lorsqu'un policier a fait feu. ©Reuters

"Malheureusement, ni le meurtre de George Floyd ni le verdict du procès n'ont changé le quotidien des Afro-américains", indique Serge Jaumain. "D'ailleurs, juste après la condamnation de Derek Chauvin, d'autres Afro-américains ont été tués dans des circonstances similaires."

Mais les conséquences de ce drame marqueront les mentalités pendant de nombreuses années encore, il en est convaincu, tout comme les derniers mots de George Floyd resteront dans la perpétuité comme le slogan contre les violences policières. Aux États-Unis, les morts d'Afro-américains dans des circonstances floues suite à une intervention policière continuent d'ailleurs à faire la une des médias. "Je me demande si les choses feraient autant de bruit actuellement sans la mort de George Floyd", s'interroge le professeur de l'ULB.

Un impact qui se fait même ressentir concrètement jusque chez nous. Quand on annonce, il y a six jours, que les policiers de Liège porteront des bodycams afin de filmer les interventions lorsque les agents font usage de la contrainte, c'est aussi une conséquence indirecte de l'affaire George Floyd.

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