analyse

Une destitution de Donald Trump n'est pas (encore) à l'ordre du jour

©AFP

Il y a fort peu de chance qu’une procédure de destitution soit lancée tant que les républicains sont majoritaires au Congrès et que l’enquête de Robert Mueller sur le Russiagate n’est pas terminée.

Les péripéties judiciaires de deux anciens proches collaborateurs du président Trump -son ex-directeur de campagne Paul Manafort et son ex-avocat Michael Cohen- ont fait resurgir le débat quant à son éventuelle destitution par le Congrès américain (seul habilité à le faire). Le principal intéressé a lui-même évoqué le sujet sur Fox News jeudi matin en affirmant que s’il devait être destitué, "les marchés s’effondreraient"

"Si jamais j'étais destitué, je pense que les marchés s'effondreraient et que chacun deviendrait plus pauvre".
Donald Trump
Président des Etats-Unis

Trump a beau continuer à clamer qu’il n’a rien à se reprocher, une certaine nervosité est palpable tant à la Maison blanche que dans les rangs républicains du Congrès. De leur côté, les démocrates semblent avoir choisi de ne pas (encore) utiliser ces nouvelles cartouches contre le président républicain à moins de trois mois des élections de mi-mandat.

Rappel des faits

Manafort a été reconnu coupable de fraudes bancaire et fiscale mardi. Même si les faits n’ont pas de lien direct avec Trump, ce développement pourrait se retourner contre lui si Manafort décidait de coopérer dans l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur le Russiagate afin de négocier un allégement de sa peine. Toujours mardi, Cohen reconnaissait avoir versé en 2016 de grosses sommes à une actrice de films X et à une ancienne playmate pour acheter leur silence au sujet d’une liaison qu’elles auraient eues quelques années plus tôt avec Trump. Sommes versées à la demande de ce dernier, selon Cohen. Trump aurait donc sciemment violé les lois américaines sur le financement des campagnes électorales.

Un Congrès républicain

Une procédure de destitution à l’encontre de Trump, comme celle dont Bill Clinton avait fait les frais dans les années 90 (avant d’être blanchi par le Sénat), n’est cependant pas (encore) à l’ordre du jour. Les démocrates sont minoritaires dans les deux Chambres du Congrès et auraient besoin de l’appui de républicains pour y arriver étant donné qu’il faut une majorité (simple) de députés pour lancer la procédure et une majorité de deux-tiers des sénateurs pour destituer ensuite le président. Or, il n’y a (encore) rien de concret qui puisse être utilisé pour convaincre un nombre suffisant de républicains de se retourner contre leur président. D’après la constitution américaine, une destitution n’est en effet envisageable qu’en cas de trahison, de corruption ou de crimes graves. Et il n’est pour l’instant question de rien de tout cela.

Elizabeth Warren, sénatrice démocrate. ©EPA

Si l’enquête de Mueller démontrait qu’il y a eu collusion entre la Russie et la campagne Trump avant la présidentielle de 2016, la donne serai différente, évidemment. Mais, en attendant que Mueller publie son rapport (on ne sait toujours pas quand), les démocrates restent prudents. Pour "vraiment savoir ce que Donald Trump a fait et quelles sont ses responsabilités", la meilleure chose à faire est d’attendre que "l’enquête aboutisse" a ainsi déclaré la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, pressentie candidate à la présidentielle de 2020.

Des démocrates prudents

C’est clair, les démocrates ne veulent pas mobiliser l’électorat de Trump aux élections de mi-mandat en brandissant la menace d’une destitution, ce qui pourrait ruiner leurs chances de reprendre le contrôle de la Chambre et leur faire perdre des plumes au Sénat. Ils préfèrent se focaliser sur les sujets qui attireront l’électorat démocrate et indépendant dans les isoloirs -les soins de santé, les prêts étudiants, l’immigration, le droit à l’avortement, etc.

"Les républicains ont transformé un Congrès républicain déjà marécageux en cloaque d’enrichissement personnel, d’argent secret et d’aveuglement éthique".
Nancy Pelosi
Cheffe de file des démocrates au Congrès

Cela ne veut pas dire qu’ils n’espèrent pas profiter des ennuis de Trump. Mais, comme l’écrivait Nancy Pelosi, cheffe de file des démocrates à la Chambre, dans une lettre envoyée à ses troupes au début du mois, l’idée serait de dénoncer "le cloaque d’enrichissement personnel, d’argent secret et d’aveuglement éthique" qui sévit à Washington sous la domination républicaine. Pour l’instant, pas question d’attaquer Trump de front. Du moins, pas tant que tous les astres ne sont pas alignés. 

D'autres menaces pour Trump

Restent deux autres scénarios catastrophes pour Trump, peu probables, eux aussi.

  1. Mueller pourrait décider de mettre le président en examen (aucune loi ne l’en empêche). 
  2. Mais, d’après Rudolph Giuliani, l’ancien maire de New York qui défend aujourd’hui les intérêts de Trump sous sa casquette d’avocat, le procureur spécial aurait promis de ne pas le faire. Mueller préférerait laisser au Congrès le soin de décider de son sort sur base du rapport qu’il  leur transmettra.

L’autre possibilité serait que le vice-président Mike Pence et une majorité des membres du gouvernement décident que Trump n’est plus apte à occuper son poste. Pence terminerait alors son mandat. Sauf si Trump saisit le Congrès et qu’au moins un tiers des sénateurs et des députés le soutiennent.  

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