"Vous avez pourtant des enfants M. le Président. Est-ce que vous aimeriez qu'on sépare vos enfants?"

Selon les chiffres officiels, 2.342 enfants ont été séparés de leurs parents à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique entre le 5 mai et le 9 juin. ©AFP

La décision américaine de la tolérance zéro pour les passages illégaux de frontières fait couler beaucoup d'encre. Les photos d'enfants derrière des grillages ou des enregistrements de pleurs d'enfants appelant leurs parents foisonnent. Le monde s'indigne et même les républicains sont (très) mal à l'aise.

Donald Trump n'en démord pas: les États-Unis ne doivent pas devenir un "camp de migrants". C'est que l'immigration est la pièce maîtresse de sa présidence. Mais il fait actuellement face au tollé populaire avec la décision de son administration de séparer les familles aux frontières avec le Mexique. Séparation des familles qui,  selon lui, est l'unique faute des démocrates pour leur opposition à légaliser sur la politique migratoire.

Le président US a ainsi déclaré qu'en échange de la fin de cette situation, il fallait une loi d'ensemble sur l'immigration. Il dit qu'il soutiendra l'une ou l'autre des deux propositions de loi républicaines:

  • Le financement du mur frontalier
  • La réduction de l'immigration légale via le refus des visas à certains proches de ressortissants américains.
2.300
enfants
Plus de 2.300 enfants ont été séparés de leurs parents sans-papiers

Le président a incité les représentants du camp républicain à la Chambre à faire quelque chose sur l'immigration "tout de suite", selon le récit du député Mark Meadows. Ils travaillent donc à la révision de la proposition qui empêcherait ces séparations dans certains cas (par exemple pour ceux qui tentent une traversée illégale de la frontière pour la première fois).

©REUTERS

Selon les derniers chiffres des Douanes et la Protection des frontières, 2.342 enfants ont été séparés de leurs parents à la frontière entre les États-Unis et le Mexique entre le 5 mai et le 9 juin. En cause, l'appel à une politique de tolérance zéro lancé en avril par le ministre de la Justice Jeff Sessions. Selon lui, tous les migrants interpellés pour avoir tenté de franchir la frontière américano-mexicaine de façon illégale seront poursuivis au pénal.

Les migrants ainsi interceptés sont envoyés devant les tribunaux. Les enfants restent sous la garde des agents des frontières ou sont transférés sur des sites gérés par l'Office de relogement des réfugiés, une agence du ministère de la Santé.

Vous avez pourtant des enfants M. le président. Est-ce que vous aimeriez qu'on sépare vos enfants?
Un élu émocrate
s'adressant à Trump

Des larmes 

Les sondages d'opinion montrent que la politique de Trump est impopulaire auprès de la plupart des Américains. Même l'épouse du Président, Melania Trump a affirmé "détester voir les enfants séparés de leur famille". Elle a fait appel au Congrès pour une solution rapide. Le Pape a embrayé et a critiqué dans un interview la politique de l'administration américaine en la matière.

Les images de jeunes derrière des murs grillagés font la une de la presse internationale.

Suite à l'appel de la tolérance zéro du ministre de la Justice Jeff Sessions, les parents appréhendés sont envoyés devant les tribunaux. Leurs enfants restent sous la garde des agents des frontières ou sont envoyés dans des camps de transit. ©EPA

À la lecture d'une dépêche annonçant l'existence d'un "camp de transit" pour enfants de réfugiés en bas âge, une journaliste de MSNBC a fondu en larmes en direct.

Le média d'investigation en ligne, ProPublica, a lui publié un enregistrement audio. On y entend près de 8 minutes durant des enfants en pleurs dans un service des douanes. La voix d'un homme se fait entendre. Il ironise: "Nous avons tout un orchestre, mais pas de chef d'orchestre. Arrête de pleurer."

Selon le média, les enfants auraient entre 4 et 10 ans. On entend aussi une fillette de 6 ans du Salvador demandant désespérée d'appeler sa tante pour pouvoir "rentrer à la maison".

Document sonore de ProPublica

La schizophrénie républicaine

Les démocrates soulignent que Donald Trump peut s'il le veut changer sa politique d'immigration d'un trait de plume. Dans le camp des républicains, la position est plus difficile.

De nombreux élus républicains prennent leurs distances sur ce thème pour sauver leur siège aux élections parlementaires de mi-mandat. En même temps, il leur est difficile d'être trop éloignés de la personnalité du Président, compte tenu de sa popularité auprès de sa base conservatrice.

"Si vous êtes un républicain au Congrès, c'est un cauchemar," déclare Joe Brettell, stratège républicain à Houston. "Attendez que les publicités commencent à paraître, montrant que le parlementaire républicain X a soutenu la séparation des familles et c'est à ce moment-là qu'on verra à quel point la résolution républicaine est forte sur cette question."

Laura Bush et Melania Trump se disent opposées à la séparation des familles. ©EPA

Les républicains centristes ont en effet prévu de diffuser une publicité. Elle sera publiée en ligne par le groupe New Way ce mercredi. Elle montre un enfant regardant à travers une clôture grillagée tandis qu'une voix de femme critique la pratique de la séparation familiale. "C'est immoral, c'est cruel et ça doit s'arrêter", dit la publicité.

Pour prendre le contrôle de la Chambre, les démocrates doivent obtenir 23 sièges de plus.

Qui est le pays de l'OCDE qui reçoit le plus de demandes d'asile? 

Les Etats-Unis sont redevenus l'an dernier le premier pays de demande d'asile dans l'OCDE, devant l'Allemagne qui était en tête depuis 2013, souligne un rapport de l'organisation, qui exhorte les Etats à ne pas "ignorer l'inquiétude du public" sur le sujet sensible de l'immigration.

Les demandes d'asile ont augmenté de 26% aux Etats-Unis l'an dernier, à 330.000 au total. Dans le même temps, l'Allemagne a enregistré une chute de 73% des demandes d'asile par rapport au record de 2016, à 198.000 au total, note le rapport. Viennent ensuite l'Italie (127.000 demandes), la Turquie (124.000) et la France (91.000).

En Belgique, après avoir enregistré une forte baisse entre 2015 et 2016 (de 45.000 à un peu plus de 18.000), le nombre de premières demandes d'asile est reparti à la hausse en Belgique en 2017, progressant de 5% pour s'établir à un peu plus de 19.000. Un tiers de l'ensemble des demandeurs d'asile en Belgique viennent de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak.

Au total, les pays de l'OCDE ont reçu 1,64 million de demandes en 2017, une "baisse sensible" par rapport à l'année précédente (1,23 million). Il faut ajouter à ces chiffres les 550.000 Syriens installés en Turquie sans avoir à demander l'asile.
 

> Lire également Le nombre de demandes d'asile en Europe a baissé de 44%

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content