Zoom sur huit démocrates qui rêvent de décrocher la Maison-Blanche

Les démocrates visent le bureau ovale. ©Corbis via Getty Images

Les premiers candidats à l’élection présidentielle de 2020 devraient bientôt se déclarer. Ils seront nombreux dans les rangs démocrates où la mobilisation contre le Président en place est historique.

La saison de la présidentielle américaine est ouverte. C’est la tradition politique aux Etats-Unis: une fois les élections de mi-mandat terminées, on se met à scruter les faits et gestes des candidats potentiels à la Maison-Blanche dont on sait bien qu’ils vont commencer à sortir du bois.

Ce cycle présidentiel ne fait pas exception à la règle. Au contraire. Les enjeux ont rarement été aussi critiques pour le Parti démocrate qui vient de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, mais reste minoritaire au Sénat. Il lui faudra trouver le ou la candidat(e) qui sera en mesure de bouter Donald Trump hors du bureau ovale. Mais il lui faudra aussi rassembler ses troupes autour d’un programme fédérateur. Ce ne sera pas chose simple. On l’a vu pendant les élections de mi-mandat, le parti est devenu un véritable patchwork générationnel, racial, culturel et idéologique.

Deux grands courants se distinguent pour l’instant. Il y a ceux qui estiment qu’il faut forcer le trait progressiste du Parti démocrate histoire de se démarquer un maximum des politiques du président Trump. Dans ce camp, on est même prêt à lui emprunter ses méthodes de campagne directes et agressives en capitalisant sur la colère que ressent une grande partie de l’électorat. 

Puis, il y a ceux qui estiment que la présidentielle de 2020 ne pourra être gagnée qu’en se plaçant au-dessus de la mêlée. Pour eux, il faut avant tout se poser en rassembleur, convaincre des électeurs dont le seul dénominateur commun serait de vouloir tourner la page Donald Trump que cela ne se fera qu’à condition d’abandonner les rhétoriques clivantes qui pourrissent le climat de la politique américaine depuis des années.

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Nous avons sélectionné huit personnalités démocrates de premier rang dont les agissements des derniers mois laissent peu de doute quant à leurs ambitions présidentielles. Mais la liste est loin d’être exhaustive alors que de nombreux commentateurs politiques américains estiment que le nombre de candidats à l’investiture démocrate pourrait battre des records.

Bernie Sanders, sénateur

Bernie Sanders ©AFP
L’ancien rival d’Hillary Clinton aux primaires de 2016 vient de remporter un  nouveau mandat de sénateur du Vermont. Son âge (77 ans) pourrait jouer contre lui. Le parti ayant pivoté à gauche depuis 2016 (grâce à un afflux de sang neuf et au virage opéré par certains élus démocrates), Sanders fait moins office de champion de la cause progressiste. Les démocrates pourraient également hésiter à placer leur sort dans les mains d’un  socialiste autoproclamé. À l’inverse, son populisme et ses  tirades anti-establishment pourraient parler à une partie des électeurs non-républicains qui avaient voté Trump en 2016 et qui sont déçus des politiques qu’il a menées en faveur des entreprises et des grosses fortunes une fois arrivé à la Maison-Blanche.

Kamala Harris, sénatrice

Kamala Harris ©REUTERS
Son nom est souvent cité pour figurer sur un ticket démocrate aux côtés de Joe Biden, mais elle vise sans doute la tête d’affiche. Elle s’est fait un nom en menant une lutte acharnée, et juridiquement pointilleuse (c’est une ancienne procureur),  contre la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. De père jamaïcain et de mère indienne tamoule, c’est la  deuxième femme de couleur à avoir été élue au Sénat. Même si elle est centriste, elle pourrait donc jouir du soutien des nombreuses jeunes femmes de couleur qui font partie de l’aile progressiste du parti. Elle pourrait représenter l’alternative parfaite à Elizabeth Warren jugée par certains trop marquée à gauche pour séduire un  électorat indépendant qui sera crucial en 2020.

Elizabeth Warren, sénatrice

Elizabeth Warren ©AFP
Réélue à son poste de sénatrice, elle n’a certainement pas enterré ses ambitions présidentielles depuis 2016. Ce n’est pas un hasard si Trump continue de se moquer de celle qu’il qualifie de "Pocahontas". Ni si Warren a récemment publié les résultats d’analyses ADN prouvant qu’elle a bien des ancêtres indiens.  Porte-drapeau de la lutte des classes et, plus récemment, de la contestation menée contre les  politiques d’immigration de Trump, elle représente, avec Bernie Sanders, l’ aile populiste du parti démocrate. Le président Obama avait voulu faire de cette experte des lois sur les faillites la première directrice de sa nouvelle agence de protection des consommateurs de produits financiers. Les républicains l’en ont empêché.

Beto O’Rourke, député

Beto O'Rourke ©AFP
Il vient de perdre de peu l’élection pour le poste de sénateur du Texas face au républicain Ted Cruz. Mais il a gagné une  reconnaissance nationale au cours de cette campagne, s’illustrant par ses discours positifs et rassembleurs. Il maîtrise l’espagnol… Et l a langue des jeunes. Il a en effet focalisé sa campagne sur les réseaux sociaux en y postant de nombreuses vidéos dont certaines sont devenues virales. S’il est presque parvenu à décrocher un siège de sénateur du Texas, l’un des Etats les plus conservateurs du pays, il est capable de  s’imposer presque partout, estiment certains stratèges démocrates. Bien que poussé dans le dos par ses nombreux partisans, il a jusqu’à présent  nié qu’il comptait se présenter dès 2020.

Joe Biden, ancien Vice-président

Joe Biden ©AFP
Deux fois candidat malheureux à l’investiture du parti (en 1988 et 2008), Biden va sur ses 76 ans et son âge ne plaide pas en sa faveur. De même que le fait qu’il fasse partie de la  vieille garde du parti.

Mais l’électorat démocrate reste très attaché à ce gaffeur au franc-parler qui le rappelle aux bons souvenirs d’une ère dorée où il était le vice-président de Barack Obama. Plusieurs observateurs estiment par ailleurs que c’est le seul démocrate capable de clouer le bec à Trump. Son fils Beau, mort d’un cancer en 2015, lui avait fait promettre de se représenter à la présidentielle. Biden, qui se tâtait pour 2016, avait finalement renoncé, estimant que son deuil ne lui permettrait pas de se consacrer pleinement à une campagne présidentielle.

Cory Booker, sénateur

Cory Booker ©EPA
Ce sénateur du New Jersey s’est fait connaître du grand public en menant la  fronde démocrate contre la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême lors des auditions qui étaient menées par la commission des Affaires judiciaires du Sénat. Célibataire endurci, même s’il dit vouloir fonder une famille, il a sillonné le pays sans relâche pendant la campagne des "midterms" alors que son siège n’était pas en jeu. Mardi soir, alors qu’il célébrait sa  réélection, l’autre sénateur du New Jersey, Bob Menendez, a lancé que Booker " pourrait très bientôt être occupé". Pour s’imposer, Booker devra continuer à travailler son image de sénateur  progressiste après avoir été longtemps catalogué proche des milieux financiers et du pharmaceutiques.

Eric Holder, ex-ministre de la Justice

Eric Holder ©AFP
Cela ne fait longtemps qu’on parle de lui comme candidat potentiel à la Maison-Blanche, mais Holder a multiplié ses déplacements à travers le pays ce qui est un signe qui ne trompe pas. Ces dernières années, il s’est intéressé de près à la manière de  combattre les derniers redécoupages de circonscriptions électorales qui datent du début de la décennie et favorisent les candidats républicains dans de nombreuses parties du pays. Certains y voient également un signe de ses ambitions. Cet ex-ministre de la Justice du président Obama (dont il était considéré très proche) qui s’était battu pour les droits de la population noire, fait office d’ épouvantail pour de nombreux républicains. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il rassemblera les démocrates.

Michael Bloomberg, ancien maire de New York

Michael Bloomberg ©AFP
Il a été démocrate, républicain, indépendant au fil de ses ambitions politiques avant de redevenir démocrate cette année et de faire campagne pour plusieurs des candidats du parti aux élections de mi-mandat. Rien que cela suffit à indiquer que l’ancien maire de New York a les yeux rivés sur la présidentielle de 2020. Son champ de bataille, c’est  le milieu de l’échiquier politique, ce qui risque de ne pas passionner les jeunes démocrates. Et son  pedigree de milliardaire proche des milieux financiers pourrait également sérieusement  jouer contre lui aux yeux de la faction progressiste du parti. Dans le groupe des candidats démocrates potentiels, seul Bernie Sanders est plus âgé que lui, ce qui ne joue pas non plus en sa faveur.

Mais encore…

De nombreuses autres personnalités démocrates, ou proches du parti, sont encore citées comme intéressées par la présidence des Etats-Unis. Du côté des options "sérieuses", on peut notamment citer le gouverneur du  Maryland Martin O’Malley (il avait mené une belle campagne pour l’investiture démocrate en 2016), l’ancien ministre au Logement de Barack Obama  Julian Castro (il pourrait mobiliser l’électorat hispanique), et la sénatrice de New York  Kirsten Gillibrand (fort appréciée par l’aile progressiste du parti). Dans le clan des milliardaires engagés, le fondateur de Starbucks  Howard Schultz, ainsi que le financier et activiste environnemental  Tom Steyer, seraient en train de monter une campagne.  Michael Avenatti, l’avocat de l’actrice de films X Stormy Daniels, ne fait pas non plus mystère de ses ambitions, ni de son intention d’affronter Trump avec ses propres armes. Enfin, les plus populaires des candidats improbables sont sans conteste l’ex-Première dame  Michelle Obama et l’animatrice et productrice  Oprah Winfrey.

 

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