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40% des entreprises perdent des contrats par manque de bilingues

«Cherche vendeur, bilingue FR/NL»: l'annonce s'applique à presque toutes les offres d'emploi à Bruxelles. L'employé administratif comme le magasinier doivent connaître les deux langues nationales (FR,Nl). Mais les entreprises bruxelloises trouvent difficilement un candidat idéal bilingue.

(l'écho) Partant de ce constat récurrent, le ministre bruxellois de l'Emploi, Benoît Cerexhe, a commandé une étude à l'association TIBEM (Tweetaaligheid In Beweging Bilinguisme en Mouvement). L'étude menée en collaboration avec les facultés universitaires de Namur (FUNDP) et la VUB révèle que le manque de bilingues a un coût important en termes d'opportunités.

Coût élevé

Le manque à gagner est important. Ainsi 40% des entreprises pensent avoir perdu des contrats par manque de compétences linguistiques. Et ce sont les plus petites entreprises qui sont les plus touchées. «En effet, le personnel est trop peu nombreux pour remédier au manque de bilingues dans une petite équipe. Les PME consacrent aussi moins de moyens en formation linguistique», explique Laurence Mettewie, professeure au FUNDP. Le coût pour remédier au manque de bilingues est plus difficile à estimer. Il y a les formations de personnel et les traductions. Ainsi 40% des entreprises dépensent en moyenne entre 300 et 2.000 euros par an par personne pour les formations linguistiques. Mais il faut aussi tenir compte de la perte de temps, la baisse de productivité et de qualité. Et ceci ne touche pas que les services de vente ou de marketing. Mais pourquoi les bilingues sont-ils incountournables?

L'étude montre que 80% des entreprises bruxelloises utilisent au moins trois langues dans leur communication externe. La maîtrise de plusieurs langues est donc indispensable pour les emplois en relation avec l'extérieur. Ce multilinguisme s'explique par la position nationale et internationale de Bruxelles. Cependant, l'anglais ne se substitue pas au français et au néerlandais à Bruxelles. Chose étonnante, s'il y a une pénurie de bilingues (Fr/Nl), les candidats multilingues sont suffisamment nombreux pour répondre aux offres d'emploi. «C'est le premier pas le plus difficile. Les personnes qui ont fait l'effort d'apprendre la seconde langue officielle vont plus facilement se mettre à l'anglais. Ce qui n'est pas vrai si la personne apprend d'abord l'anglais», précise Laurence Mettewie. Il y a trois types de métiers en pénurie de bilingues. Lors de l'embauche, les entreprises vont favoriser la connaissance des langues plutôt que le diplôme pour les métiers de contact avec la clientèle (vendeurs, call center, accueil...). Pour les emplois très spécialisés, les employeurs vont favoriser le diplôme et les compétences. Les employeurs se contentent aussi d'unilingues pour les métiers de bas niveau administratif. «Mais pourquoi les entreprises s'obstinent-elles à exiger des parfaits bilingues pour des métiers de faible qualification», s'interroge le ministre bruxellois de l'emploi. Pierre Thonon, directeur général de la Chambre de commerce et de l'industrie (CCIB), nuance : «Le niveau de bilinguisme nécessaire varie d'un emploi à l'autre. Bien souvent l'entretien d'embauche permet de voir si le candidat a suffisamment de connaissance de la seconde langue pour assurer le travail.» Dans ses conclusions, l'association TIBEM suggère de préciser sur l'offre d'emploi le niveau de bilinguisme réellement nécessaire en se basant sur les références de l'Europass ou du CECR.

Enfin, tous les acteurs s'accordent à dire que l'apprentissage des langues doit commencer le plus tôt possible. «Bruxelles devrait être un laboratoire pour l'enseignement bilingue», plaide Pierre Thonon. Le récent décret pour l'enseignement en immersion en Communauté française relance les espoirs. «Les écoles bruxelloises attendent beaucoup de l'accord de participation entre les deux communautés en termes de simplification», explique Anne-Marie Claeys, présidente du Tibem.

Stéphanie Dechamps

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