Apprendre une autre langue n'est plus une contrainte, mais une plus-value

L'usage du néerlandais monte en puissance dans les entreprises wallonnes, mais le chemin est encore long.

(l'écho) Les méthodes et les écoles foisonnent: cours privés, de promotion sociale, offres "langues" du Forem, cours de l'IFAPME (Institut wallon de formation en alternance et des indépendants et PME), immersion dans une filiale de l'autre côté de la frontière linguistique, outre-Rhin ou outre-Manche, séjour à l'étranger, formation à distance ?

La maîtrise d'au moins une langue dite "étrangère" devient un lieu commun. Un passage obligé souvent.

Difficulté de recrutement

En octobre 2005, la société Elsewhere Entertainment entre dans le giron du groupe allemand 10tacle. Spécialisée dans le développement et le design de jeux vidéo destinés aux PC et consoles, la PME de Charleroi, qui occupe une trentaine de personnes, élargit dès lors ses relations commerciales. Elle s'ouvre à l'est européen notamment. Rapidement, elle se trouve aussi confrontée à la difficulté de trouver des collaborateurs pratiquant, au moins, l'anglais.

Inversement, elle recrute du personnel étranger en Russie, en Pologne, au Danemark, en Espagne ? lequel a besoin d'apprendre le français pour s'intégrer au mieux dans l'entreprise. Une formation linguistique s'impose. Celle-ci se déroule actuellement en interne mais, explique la responsable des ressources humaines, dès 2007, elle sera organisée en extérieur.

En effet, "dans l'entreprise, la vie continue, les personnes en formation sont dérangées et il est difficile de se concentrer". Le temps consacré à cet apprentissage est de deux heures par semaine, en fin de journée. Et, poursuit Laurence Godderis, le retour sur investissement est réellement intéressant.

Le néerlandais pour les clients bruxellois

La société de consultance et de conseil en informatique Promotic occupe 70 personnes à Naninne, près de Namur. Elle possède deux autres sites, à Luxembourg et à Strasbourg.

A priori pas de problèmes de langues. Pourtant, indique le responsable financier de Promotic, "nous avons besoin du néerlandais pour nos clients bruxellois et de l'anglais en dehors de la capitale. Apprendre ces deux langues est une nécessité pour les relations téléphoniques et pour les contacts avec les chefs de projets. A la difficulté de recruter du personnel technique, s'ajoute celle d'engager des personnes bi ou trilingues".

Comme Elsewhere Entertainment, le PME namuroise engage des collaborateurs du nord du pays ou provenant de Russie et d'Inde notamment.

Ici, les formateurs se rendent dans l'entreprise et les temps de formation se déroulent "sur le temps de midi" et en extra-time, ce qui évite de désorganiser la vie de l'entreprise.

Cette organisation est-elle vécue conne une contrainte? Apparemment pas puisque la demande de formations, linguistiques et autres, vient des membres du personnel eux-mêmes.

Recherche ouvriers bilingues

Chez Fusiref, société active dans le domaine industriel du réfractaire, la pratique du néerlandais est plus importante sur les chantiers que dans les bureaux. Le personnel ouvrier est en effet appelé à travailler sur des chantiers en Flandre et aux Pays-Bas. C'est d'ailleurs, souligne-t-on à Harchies près de Mons, une exigence des donneurs d'ordre flamands. Les cours de néerlandais se donnent dans la PME montoise, par groupes de 5 ou 6 personnes, de manière intensive.

Comme les autres entreprises, Fusiref utilise les chèques-formation langues. Mélanie Morel, la responsable administrative de la société, apprécie d'ailleurs la simplification opérée dans le cadre de l'utilisation de ces titres, accessibles de manière virtuelle depuis le début de cette année.

Même constat chez Pulsar, à Wavre. Si l'usage de la langue de Shakespeare est "normale" pour cette entreprise spécialisée dans la création de software sur mesure et la consultance informatique sur des marchés nationaux et internationaux, celle de Vondel est de plus en plus nécessaire.

La cofondatrice de Pulsar, également responsable des ressources humaines et de la formation, Anca Ivanov, ne lésine donc pas sur les modes de formation à appliquer et les moyens à y mettre. Qu'il s'agisse des chèques-formation langues ou du financement de cours privés.

En plus du jeudi, au cours duquel le personnel est invité à s'exprimer uniquement en anglais, le PME vient d'engager un collaborateur anglophone qui encourage cette pratique.

"Depuis deux ou trois ans, poursuit Anca Ivanov, nous voyons croître les besoins de formation en néerlandais. Mais ce qui est inquiétant, c'est de ne trouver que très difficilement du personnel qui soit au moins bilingue. Souvent, nous rencontrons des candidats qui pratiquent un peu l'anglais mais ne sont pas formés à l'anglais international. C'est-à-dire cette langue, mais parlée par un Turc, un Chinois ou un Espagnol. Finalement, c'est dès l'école maternelle qu'il faut permettre aux enfants de communiquer dans une langue différente de la leur." r

Patricia del Marmol

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