Du pétrole un peu plus propre

Comment de l'huile de moteur ou de l'huile de friture pourraient-elles finir par chauffer vos bâtiments? La question semble incongrue. Mais la réponse existe déjà: la transformation est possible grâce à une raffinerie belge assez particulière, celle de WOS (Waste Oil Services).

Unique au Benelux, elle transforme les huiles usagées (plus scientifiquement appelées déchets hydrocarbonés) en produits commercialisables tels que le gasoil de chauffage, l'huile de base, le fuel, le bitume, etc.

La raffinerie de WOS n'utilise pas de pétrole. Elle refait de nouveaux produits seulement avec des déchets. Leur origine est variée: huiles de moteurs, huiles de boîtes de vitesse, huiles et graisses végétales et de fritures, huiles industrielles diverses, déchets pétroliers (carburants, fuels, combustibles pollués) et on en passe.

WOS possède sa propre "flotte de collecte", des camions spécialisés qui collectent les déchets sur toute la Belgique. Ce qui inclut également les huiles usagées venant de France, d'Allemagne ou encore des Pays-Bas et qui sont rapatriées chez nous. "Les camions vont de ville en ville récupérer 2.000 litres d'huiles par-ci, 1.500 litres par là. 50% des huiles usagées proviennent des garages, 20% des PME, 25% de l'industrie et le reste est issu des parcs à containers", précise Eric Trodoux, directeur général de WOS-Hautrage. Cinq étapes seront ensuite nécessaires pour transformer ces déchets en nouveaux produits (voir détails dans l'encadré ci-contre). "Les clients sont principalement la marine pour les bateaux qui fonctionnent au diesel et les traders de gasoil de chauffage", indique Eric Trodoux.

Protectionnisme des pays voisins

WOS, qui compte deux sites l'un à Hautrage, l'autre à Genk, se porte bien. Son chiffre d'affaires augmente de 10% par an en moyenne et il a atteint 17 millions d'euros en 2006. L'entreprise emploie 85 personnes au total et traite 50.000 tonnes d'huiles par an. Ses activités ne se résument pas seulement au recyclage des huiles usagées. Eaux polluées, filtres à huiles, déchets de garage, antigels, boues huileuse sont aussi traités à hauteur de 110.000 tonnes par an. Cette santé déjà bonne pourrait être meilleure si deux obstacles ne se dressaient pas sur le chemin de WOS... L'exportation des déchets belges à l'étranger et la concurrence des entreprises qui recherchent des combustibles alternatifs (donc parfois des huiles usagées) pour faire baisser leur facture énergétique. "Il y a 40.000 tonnes d'huiles usagées par an en Belgique dont 25.000 tonnes qui sont exportées légalement à l'étranger. La Belgique est un marché ultralibéralisé qui applique la directive européenne d'ouverture des frontières. Les autres pays peuvent donc venir se servir chez nous. Or ces pays, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas font tout pour que leurs déchets restent chez eux, dénonce Eric Trodoux. Leurs régions mettent en place 250 procédures, posent mille questions. Tout cela n'a qu'un seul but: que l'on ne devienne pas collecteur chez eux", considère le directeur de WOS. Il avance aussi un autre fait significatif... Si 150 sociétés sont autorisées à collecter en Wallonie, elles sont deux par provinces aux Pays-Bas, entre 2 et 4 par département en France. Autant dire que pour se faire une place dans ces régions, ce n'est pas gagné d'avance! "Cela met les sociétés belges en difficulté car on ne sait pas contre-attaquer", relève Eric Trodoux.

En concurrence pour des déchets

"La deuxième difficulté c'est qu'avec l'augmentation du prix du pétrole, l'intérêt pour les déchets fait un bond. Donc les gens qui utilisent des combustibles essaient de faire baisser leur facture avec des combustibles alternatifs, parfois de l'huile usagée qu'ils brûlent directement. C'est autorisé, mais l'Union européenne préconise notre traitement. Quoi qu'il en soit, cela engendre des pressions sur le marché", résume le directeur.

Si on en vient à se battre pour des déchets, c'est quand même bon signe pour l'environnement... et l'économie! Rien de tel que la concurrence pour faire avancer les choses, à condition bien sûr qu'elle soit loyale...

Cécile Berthaud

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