Entreprendre : une chance et un besoin !

Notre société stigmatise encore trop la réussite entrepreuneuriale et la considère comme suspecte. L'école peut faire bouger les choses en expliquant le rôle de l'entrepreneur et comment il contribue au développementr de la société.

(l'écho) - La création d'entreprise, c'est l'innovation, le progrès, celui qui nous touche, dans notre confort ou dans notre santé, celui qui rencontre nos désirs, répond à des besoins fondamentaux ou superflus. L'entrepreneuriat c'est aussi l'initiative individuelle d'une personne qui crée tout simplement sont propre emploi.

 

L'entrepreneur n'est pas valorisé par la société

L'entrepreneur reste dans le meilleur des cas pour le commun des mortels un original ou un déviant. L'aversion sociétale vis-à-vis du risque le rend difficile à comprendre. Est-il envié ? Pas quand il réussit : notre société stigmatise encore trop la réussite entrepreneuriale, la considère comme suspecte, négligeant la création de valeur qu'elle engendre pour la société. Et quid de l'échec ? Il est tout aussi stigmatisé que la réussite ! En dépit des évolutions législatives incontournables en matière de faillites, si l'entrepreneur qui a honorablement raté peut théoriquement rebondir, les mécanismes formels et informels qu'il doit activer pour se réinscrire dans la vie professionnelle sont affectés par cet échec, sans même parler de l'accès au financement ou du regard des autres.

Une étude récente indique que seulement 30 % seulement des gens opteraient pour un statut d'indépendant s'ils avaient le choix. Ce pourcentage nous classe bon dernier en Europe. La moyenne de l'Union européenne tournant autour des 45 %, les USA à 61 %.

 

La société évolue de façon limitée

La simplification administrative est une réalité. Les outils de développement économiques contribuent de mieux en mieux à répondre aux besoins des créateurs d'entreprises, mais le travail à faire est encore énorme pour diminuer l'effet d'aubaine et allouer des moyens à ceux qui ont vraiment un potentiel de croissance. Mais le problème reste cette culture d'entreprendre qui fait défaut.

 

L'école peut faire bouger les choses

L'école méconnaît trop l'entrepreneur dont le modèle social en est absent, à l'exception de certaines professions techniques conduisant au statut indépendant. On entend encore des réflexions sur le besoin de protéger l'école du capitalisme, sur le fait que l'entreprise n'est pas la bienvenue à l'école.

On ne peut que défendre bien sûr l'indépendance de l'école vis-à-vis de l'entreprise. Mais directeurs d'écoles et professeurs ont un rôle formidable à jouer pour expliquer ce qu'est un entrepreneur, comment il contribue au développement de la société. Certains élèves peu attentifs au cursus scolaire s'éveillent en entendant ce genre de propos. Le but n'est pas de générer des milliers d'initiatives entrepreneuriales inconsidérées, mais de montrer des modèles sociaux d'entrepreneurs, d'en expliquer la réalité quotidienne pour que les jeunes puissent mieux se représenter l'opportunité entrepreneuriale.

En 2001, dans une étude réalisée sur les nouveaux entrepreneurs bruxellois, près de 55 % des entrepreneurs avaient un ou deux parents indépendants. Aujourd'hui ce chiffre se rapprocherait des 35 %. Pourquoi faudrait-il avoir des parents indépendants pour considérer l'aventure entrepreneuriale et s'y préparer convenablement ? Au nom d'une certaine forme de justice sociale, ne serait-ce pas le rôle de l'école ? Ne pourrions-nous pas comme le Québec, la Norvège, l'Irlande généraliser des activités comme les mini-entreprises encore trop peu répandues, stimuler la gestion de projet, valoriser la prise d'initiative ? Les études récentes sur les aspirations démontrent qu'au fur et à mesure que l'élève progresse du primaire à l'école supérieure ou l'université, sa volonté entrepreneuriale décline. Plus les études sont d'un niveau élevé, moins l'étudiant considère l'aventure entrepreneuriale, la majorité d'entre eux exprimant leur préférence pour un travail… dans la fonction publique !

 

L'université éveille à l'esprit d'innovation

Les créations d'entreprises réussissent mieux quand elles sont basées sur un avantage comparatif. Cet avantage naît le plus souvent d'une innovation, d'un contenu innovant et donc d'une propriété intellectuelle qu'on trouve chez les gens les mieux éduqués. L'université devrait donc être le ferment des entreprises innovantes de demain. Étudiants, doctorants, chercheurs devraient être des entrepreneurs en puissance faisant mentir l'objectif universitaire « Publish or perish ». Ce n'est pas encore assez le cas et l'université doit se transformer pour générer les entrepreneurs de demain. Les étudiants du MIT, à Boston, créeraient en moyenne 2 inventions par jour. Le bureau de la propriété intellectuelle du MIT dépose en moyenne 4 brevets par semaine, concède plusieurs centaines de licences par an à l'industrie. Ces inventions permettent de créer directement de dix à vingt start-up par an. Depuis 1985, 200 entreprises ont été créées sur base de ces inventions qui représentent des milliers d'emploi et une valeur boursière de plus de 20 milliards de dollars. Nos universités sont encore loin du compte en dépit d'initiatives pertinentes comme l'Entrepreneurship Center de l'ULB. On doit changer la mentalité dans les labos, décloisonner les institutions à l'intérieur des universités, confronter des chercheurs avec des étudiants de MBA comme le fait le MIT.

Les parents inculquent l'aversion du risque

Les parents ont un rôle déterminant à jouer. Nous avons tous tendance à éduquer nos enfants dans l'aversion du risque, mais aussi de l'échec. C'est comme si nous préférions que nos enfants ne tentent rien, plutôt qu'ils puissent être confrontés à un échec. Cette aversion nous fait naturellement préférer pour nos enfants la sécurité d'un travail salarié.

 

Les médias peuvent faire évoluer la société

Oui, sans les médias, on ne peut plus faire évoluer rapidement une société. Qu'ils soient radiophoniques, télévisuels ou écrits, les entrepreneurs y brillent par leur absence. Sauf bien sûr lorsqu'il s'agit de statistiques sur les faillites ou de délocalisations. Lorsqu'une rédaction souhaite couvrir de manière régulière l'activité économique, le réflexe naturel est de s'adresser à de grandes entreprises ou à du non-marchand, comme s'il était honteux ou inintéressant de parler de ceux qui entreprennent. Mais comment leur en vouloir puisque les médias sont censés refléter la société ?

Si l'on veut que notre société s'insère de manière volontariste dans la société de la connaissance, si nous voulons en retirer les fruits pour nous et nos enfants, nous devons faire évoluer notre culture. Cela ne peut pas se faire uniquement par un saupoudrage d'activités entrepreuriales ou de projets pilotes marginaux au sein de l'école. Faire évoluer la culture d'entreprendre, d'innover, de faire des projets, de réaliser ses rêves, passe par des changements profonds. Sans l'école et les médias c'est tout simplement impossible.

 

Informations : www.abe.be, www.bwatte.be 

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