Faciliter le financement de la créativité

Voici des pistes à explorer pour faciliter le financement de la créativité. Il faut sortir des sentiers battus et se libérer des innombrables clichés qui circulent dans un marché balbutiant...

Elargir l'horizon des investisseurs privés

Souvent chez les business angels prédomine la perception trompeuse qu'en dehors des technologies de pointe, il n'y a point de pactole! Avec cette idée sous-jacente: les start-ups "non tech" ont implicitement un potentiel moindre de retour sur investissement et sont de ce fait moins attractives pour les capitaux-risqueurs individuels.

On a ainsi tendance à penser que le fait de détenir une technologie propriétaire, dont on peut breveter plusieurs composantes et applications innovantes, constitue le meilleur moyen d'établir à terme un avantage concurrentiel et une barrière à l'entrée dans le marché visé pour dissuader la concurrence.

Ces atouts semblent offrir aux yeux des investisseurs de bien meilleures chances d'obtenir à terme de hauts retours sur investissement.

Pourtant bien des start-ups "non tech" méritent un minimum de bienveillance de la part des investisseurs individuels les plus avisés. Car nombre d'entre elles offrent la perspective de dégager des marges suffisamment élevées pour alimenter d'excellents cash-flows et ROI (return on investment).

Un exemple pour illustrer ceci.

D'un côté, une entreprise de nettoyage de surfaces commerciales, de l'autre, un laboratoire fabriquant des compléments alimentaires vitaminés élaborés à partir de formules moléculaires "high tech".

Lors d'un forume de présentation de projets, l'entreprise de nettoyage n'a pas réussi à susciter l'intérêt des investisseurs présents. Pourtant, avec relativement peu de fonds, elle aurait pu se développer rapidement. D'autant qu'elle opérait sur un marché bénéficiant d'un taux de croissance élevé et que son plan d'affaires était bien rodé.

Son équipe de gestion était très soudée et compétente (expérience du terrain, savoir-faire en gestion, connaissance des circuits d'approvisionnement et de distribution des produits de nettoyage et même une certaine expertise financière) . Mais surtout à même de fournir un service de haute qualité à des coûts (main-d'?uvre, matières premières) bien maîtrisés et relativement bas.

En d'autres termes, les marges semblaient particulièrement confortables.

Mais, évidemment, il n'y avait rien de neuf ni de sexy à proposer un énième service de nettoyage de bureaux. Les business angels n'ont donc pas bronché?.

L'entreprise en question n'a cependant jamais cessé de gagner de l'argent même sans l'aide du capital-risque.

La société élaborant des compléments alimentaires vitaminés, des nutriments et autres alicaments "high tech" suscita par contre un énorme enthousiasme dans l'assistance et obtint aisément le concours financier nécessaire à son expansion. Elle parvint même à attirer dans son conseil d'administration des noms prestigieux.

Cependant, assez promptement et à leur grand désarroi, entrepreneurs et investisseurs constatèrent que, même protégés par des formules novatrices brevetées, cela coûte une fortune en marketing de convaincre la population d'un vaste marché potentiel qu'il est possible de devenir splendide et immortel.

La société a ainsi prestement flambé tout son capital avant de tomber en faillite.

Les enseignements de cet exemple sont multiples:

-Se débarrasser de la saleté sera toujours un marché en croissance quels que soient le lieu et le moment;

-Les investisseurs individuels ne devraient pas mimer le comportement des sociétés de capital-risque à la recherche de la dernière technologie en vogue, mais plutôt faire preuve d'ouverture d'esprit en s'intéressant à une plus grande palette d'opportunités d'investissement;

-Une start-up proposant une technologie avancée, unique, propriétaire et brevetable n'est pas la seule voie menant au pactole.

-La véritable barrière à l'entrée et/ou l'avantage concurrentiel est surtout de savoir fournir un service de qualité en arborant des marges élevées (en maîtrisant ses coûts notamment).

Un projet simple, quel que soit le secteur d'activité, et une bonne équipe peuvent suffire à enrichir un investisseur.

Le corollaire à ce principe est qu'il faut également trouver les moyens d'aider les jeunes pousses "non tech" à émerger et à gagner en visibilité auprès des investisseurs informels.

Développer les formations sur les investissements dans les jeunes pousses

Pour aider bon nombre de candidats investisseurs à franchir le pas et à se lancer à l'eau, il est nécessaire de disposer de bien plus de programmes de formation sur les tenants et aboutissants des financements de start-ups.

Les informations sur les procédures d'élaboration d'un plan d'affaires, de due diligence, de pacte d'actionnaires, sur les techniques de co-investissement, co-financement public-privé, sur la syndication sont éminemment utiles pour rassurer les indécis.

Plusieurs universités, grandes écoles de commerce et d'autres organismes proposent un florilège de programmes de formation à la création d'entreprise. Certaines universités disposent même de cellules de valorisation des recherches nées dans leurs laboratoires, d'interfaces avec le monde industriel. Mais il est étonnant de constater que du côté des investisseurs il n'y a pratiquement rien. C'est le désert, à part la formation prodiguée par la récente, et unique en Belgique, Business Angels Academy.

Or combien d'idées pourtant prometteuses ne fleuriront jamais si on ne parvient pas à impliquer davantage de business angels dans le financement de jeunes pousses?

Et puis, les conférenciers sur la problématique et les enjeux du capital-risque informel se comptent sur les doigts d'une main.

Il faudrait un nombre beaucoup plus élevé de personnes expérimentées en matière de capitalrisque informel pour relever le défi d'informer le grand public, de former les aspirants business angels et pour multiplier les réseaux et les cercles d'investisseurs individuels.

Il est également surprenant de constater combien les conseillers de fortune et les gestionnaires de patrimoine, travaillant pour de grandes institutions ou pour leur propre compte ont peu, voire pas du tout, de connaissance des opportunités d'investissement dans des start-ups. Ou même tout simplement dans des sociétés non cotées en Bourse. Ils ne sont ainsi pas en mesure de répondre aux questions les plus élémentaires qui pourraient leur être posées par leurs clients sur le sujet.

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