L'entreprise qui se vante d'être durable applique-t-elle réellement ce précepte?

Le concept est à la mode et cela fait "bien" de se dire partisan du développement durable. Si possible en le criant bien haut et fort. Quelle grande entreprise n'a pas aujourd'hui un onglet "DD" sur son site internet, ne finance pas des actions écologiques, n'associe pas son nom à celui d'une grande ONG? Le "DD", c'est branché, mais l'appliquer au quotidien, ce n'est pas gagné.

(l'écho) Et bizarrement, c'est peut-être les entreprises qui le crient le moins qui font le plus d'efforts au jour le jour... Antalis est leader dans la distribution de papier et de ses dérivés (enveloppes, cartons, etc.). L'entreprise installée à Kobbegem, compte 290 collaborateurs. Dans les années 1990, le secteur du papier a été vivement critiqué par les organisations de défense de l'environnement et les consommateurs. Du coup, l'industrie a adapté ses méthodes de production pour les rendre plus durables et ses efforts sont aujourd'hui reconnus.

Des chariots électriqueset du papier "allégé"

De fil en aiguille, Antalis, partant d'une amélioration de la durabilité de ses produits en est venu à appliquer ces principes dans son fonctionnement quotidien. Tant dans l'atelier de production et dans l'entrepôt que dans les bureaux, des efforts sont faits au profit de l'environnement. Les 50 chariots élévateurs à moteur thermique qui produisaient des gaz d'échappement ont été remplacés par la version électrique et certains sont équipés d'un système de récupération d'énergie. Là où les produits dangereux pour l'environnement sont entreposés, le sol est imperméable et incurvé pour éviter les fuites éventuelles.

Autre modification intéressante qui fait d'une pierre deux coups: les pompes aspirantes utilisant de la graisse ont été remplacées par des pompes refroidies à l'air, ce qui évite d'avoir à rejeter de l'eau chaude. Et l'air chaud produit est utilisé pour chauffer l'atelier de production!

Dans les bureaux, le papier de 70 g a remplacé le papier standard de 80 g pour toutes les communications internes. L'utilisation de 75 g au lieu de 80 g engendre une économie de 31 kg de papier par palette de 500 kg, ce qui équivaut à 1,5 palette sur 20. Bien d'autres initiatives ont cours chez Antalis. Mais l'une des principales reste la politique de gestion des déchets. Ils sont triés selon leur nature et récupérés par des entreprises de traitement reconnues. Et chaque nouveau collaborateur d'Antalis est informé de la politique de l'entreprise concernant les déchets. L'exemple d'Antalis montre que même à petite échelle et sans investissements faramineux, il est possible de réaliser des économies tant au niveau du budget qu'en termes de pollution.

Tout en haut de l'échelle, on trouve Ecover. L'entreprise, qui fabrique des produits respectueux de l'environnement, a construit un bâtiment écologique et pense en permanence durabilité, sans négliger le pilier social. à elle seule, l'usine est un monument (sans mauvais jeu de mots...) d'écologie. Au point qu'on vient des quatre coins du monde pour la visiter. Son toit de 6.000 m2 est fait de... plantes! Le sedum appelé aussi "joubarbe des toits" parce qu'il poussait autrefois sur tous les toits. L'avantage, c'est que cette plante peut supporter de longues périodes de sécheresse ou de forte chaleur. Avec un film d'étanchéité et une couche d'isolation en perlite, ce toit de plantes offre une isolation thermique et acoustique d'excellente qualité. La température ne descend jamais sous 4 °C et ne dépasse jamais 26 °C.

Ecover dispose aussi de sa propre station d'épuration de l'eau, biologique bien sûr. Grâce à elle, le producteur de détergents écologiques assure l'épuration d'une pollution qui correspond à celle que 6.600 personnes produiraient par jour en eaux usées.

Dans les bureaux, le papier utilisé est exclusivement du recyclé et l'encre est, autant que possible, végétale. Les impressions se font recto verso. Et le café, c'est du Max Havelaar. "Mais c'est tellement logique pour nous qu'on ne voit rien de spécial là-dedans", lâche Peter Malaise, directeur conceptuel du groupe.

Pédaler pour venir travailler, ça rapporte

Le personnel est impliqué et incité à poursuivre et à innover dans cette voie. Il est aussi soigné. "Tous les sièges de bureau sont d'une marque très chère mais surtout, ergonomiquement parlant, c'est ce qui se fait de mieux sur le marché. Chaque siège coûte 500 euros. Ils sont adaptables dans tous les sens et même après huit heures de travail on ne souffre pas du dos", ajoute Peter Malaise.

Du côté de la mobilité, les plus sportifs sont récompensés. Car pour inciter ses collaborateurs à venir à vélo, Ecover leur offre 38 cents par kilomètre, soit trois fois plus que le dédommagement de ceux qui viennent en voiture. En 2005, le personnel a ainsi parcouru à vélo une distance totale de 57.004 kilomètres! Pour les voitures de fonction, Ecover a résolument opté pour la Toyota Prius, un véhicule hybride qui consomme deux fois moins qu'une voiture classique.

"Ecover, c'est un amalgame de choses pas très spectaculaires en elles-mêmes, mais relativement rares dans d'autres sociétés", conclut son directeur conceptuel.

Sans ne vendre que des produits labellisés "DD" comme Ecover, Colruyt s'investit énormément dans cette voie-là. La liste (disponible sur leur site internet) de tout ce qui est fait en ce sens chez le distributeur est impressionnante. Cela s'étend jusqu'au travail des enfants et à des projets de scolarisation. "C'est une démarche qu'on a depuis longtemps. Notre charte Green Line [programme pour un meilleur environnement, ndlr] date de 1990. Mais c'est vraiment depuis six ans qu'on agit en ce sens de manière beaucoup plus consciente et qu'on l'intègre dans tous nos processus de réflexion", explique Luc Rogge, directeur de Colruyt.

Colruyt a investi dans une éolienne, met gratuitement des vélos à la disposition du personnel qui vient travailler en train, au départ de la gare de Hal, fait suivre un cours de "conduite préventive" donné par des formateurs de la Police fédérale à tous ses chauffeurs, etc. Ce ne sont là que quelques exemples d'initiatives, la liste est bien trop longue pour être reproduite in extenso.

Les clients sont tenus au courant des efforts du distributeur grâce à quatre mailings par an. Ce qui permettra peut-être de faire remonter l'estime des citoyens envers les entreprises lorsqu'il s'agit de développement durable?

Cécile Berthaud

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