Les PME cotées courtisées par les banques

Ce «statut» permet à des PME dont les dossiers étaient initialement rejetés de bénéficier d'un certain «crédit» auprès des banques.

Un banquier, c'est quelqu'un qui vous prête un parapluie lorsqu'il fait soleil et qui vous le retire quand il commence à pleuvoir - Photo Belga

Avant l'éclatement de la bulle technologique, au tournant du siècle, un chef d'entreprise n'avait guère de mal à obtenir crédits et autres facilités de financement auprès d'un banquier qu'il considérait souvent comme un véritable partenaire pour l'expansion de sa société.

Mais avec la crise, les institutions financières ont drastiquement changé leur fusil d'épaule, resserrant parfois les robinets - ou, selon les cas, enchérissant le coût du crédit - d'une manière que de nombreux entrepreneurs ne sont pas prêts à leur pardonner. Dans leur esprit, le partenaire de jadis est souvent devenu un ennemi.

Nombre de formules imagées résument leur acrimonie. «Un banquier, c'est quelqu'un qui vous prête un parapluie lorsqu'il fait soleil et qui vous le retire quand il commence à pleuvoir», «On ne prête qu'aux riches: c'est toujours quand on n'a pas besoin d'argent qu'on vient vous en proposer.» Ou encore: «aux yeux du banquier, les garanties comptent bien plus que le plan d'affaires», «le banquier veut la ceinture et les bretelles ?»

De fait, bien des faillites - de PME notamment - ont été provoquées, par sa décision de restreindre le crédit ou le rendre plus cher - en vue précisément de les éviter.

Du point de vue du banquier, il s'agit d'une méfiance «tout à fait compréhensible, dans la mesure où le patron de PME a tendance à gérer son entreprise au jour le jour. Mieux vaut donc prévenir qu'attendre l'extrême limite pour sévir», se défend le responsable des relations avec les PME auprès d'une grande banque du pays.

Retour en grâce

Toutefois, avec l'avènement d'une Bourse réservée aux petites entreprises, on assiste à un phénomène curieux. Certaines d'entre elles qui étaient à couteaux tirés avec leurs banquiers les voient revenir tout sourire. Dans la plupart des cas, elles font même l'objet de tentatives de séduction de la part d'établissements financiers concurrents. Et le patron, qui tient enfin sa revanche, de jubiler?

Le témoignage de Jean-François Rossignol (Sodiplan) à ce sujet est évocateur.

«Pendant les quinze premières années d'existence de Sodiplan, j'ai veillé à entretenir les meilleures relations avec une seule banque, en pensant naïvement que la fidélité pourrait constituer un avantage substantiel au cas où nous devrions la solliciter pour assurer le passage de moments plus difficiles. Je sais aujourd'hui que la fidélité n'a absolument aucune valeur dans le raisonnement d'un banquier: au moment où d'importants problèmes de trésorerie se sont posés, je n'ai pas obtenu le coup de pouce supplémentaire dont j'avais besoin. Seuls les chiffres comptent, et si les limites du faible risque qu'une banque accepte sont atteintes, le blocage des négociations est instantané», déplore J-F Rossignol.

Lorsque les difficultés se manifestent, il est souvent trop tard pour se tourner vers la concurrence. En l'espèce, Sodiplan doit son salut aux invests régionaux (InvestSud et Namur-Invest).

Les banquiers, eux, sont revenus au premier rayon de soleil. «Aussitôt après avoir fait connaître notre intention d'entamer les démarches pour l'introduction de Sodiplan sur le Marché libre d'Euronext, de nouveaux contacts ont été entamés. Il est assez amusant de savoir que la banque la plus active a été l'une de celles qui avaieit rejeté notre dossier quelques semaines auparavant, sous prétexte que Sodiplan était trop petit pour l'intéresser! Nous avons alors obtenu en l'espace de quelques jours deux crédits d'investissement auprès d'organismes où nous n'avions pas encore ouvert de compte? La magie de l'effet d'annonce!» , poursuit Rossignol.

Beaucoup moins de risques

Aujourd'hui, les relations de Sodiplan avec ses banquiers sont au beau fixe. « Beaucoup moins de risque pour le banquier, donc plus de facilités pour négocier. Il est acquis que nous devons gérer nos relations avec les banques comme nous le faisons avec nos autres fournisseurs : les relations personnelles restent essentielles, la relation de confiance doit être cultivée, mais la banque est un fournisseur comme un autre, et doit à ce titre être objectivement mise en concurrence», conclut le dirigeant.

Fabian Lacasse

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