Publicité
Publicité
interview

Christian Prudhomme et Alain Courtois: "Le vélo n'est plus le vilain petit canard"

©Antonin Weber

L'échevin des sports à la ville de Bruxelles Alain Courtois ne veut faire aucun secret sur le coût de l'accueil du grand départ du Tour de France à Bruxelles en 2019. "5 millions d’euros, c’est très transparent." Pour lui, le jeu en vaut la chandelle. "Les retombées, c’est énorme rien qu’en termes d’image, vous pouvez faire cinq ans de campagne et de promotion, vous n’y arriverez pas."

Cinquième étage de la tour ASO, à Paris, ce mardi soir, Alain Courtois, échevin des sports à la ville de Bruxelles, tombe dans les bras de Christian Prudhomme, le directeur général du Tour de France. Ecrire que ces deux-là s’entendent comme larrons en foire relève de l’euphémisme: c’est en travaillant sur le dossier du grand départ du Tour depuis Bruxelles en 2019 que le député échevin bruxellois (MR) et Prudhomme – "L’un des hommes les plus puissants de France", dixit Courtois – ont appris à s’apprécier. 

 Quelle a été la genèse du grand départ du Tour de France à Bruxelles en 2019?

Alain Courtois: L’idée est venue alors que j’assistais à un match d’Anderlecht en compagnie d’Eddy Merckx, je lui ai demandé ce qu’on pourrait bien organiser pour les 50 ans de la victoire de son premier Tour. C’était en 1969. À la mi-temps, je vais le trouver et je lui dis: on va essayer d’avoir le grand départ en 2019. Et il me répond: si je vis encore à ce moment-là. Mais les choses étaient lancées, on est entré en contact avec Christian Prudhomme et on est venu avec Eddy déjeuner une première fois avec ses équipes.

Christian Prudhomme: J’annonce directement la couleur à Alain et à Eddy: ça va être très difficile, le Tour a promis son départ au département de la Vendée et c’est difficile de revenir en arrière. Et à la fin du repas, Alain me dit: vous aurez une lettre de candidature officielle dès demain et je vais entrer en contact avec la Vendée.

AC: On n’a pas lâché l’affaire malgré qu’on ne partait pas gagnant. J’ajoute que la Ville d’Anvers était également candidate pour le grand départ en 2020…

CP: Pour célébrer le centenaire des Jeux Olympiques de 1920.

"L'ombre d'Eddy plane toujours sur le Tour..."
Christian Prudhomme
ASO

Et donc, Bruxelles a battu Anvers et la Vendée…

AC: Je dis que ce n’était pas facile. Le Tour de France, c’est une organisation qui tire parfois plus vite que son ombre et aligne les contraintes. On doit quand même saluer le fait que les choses se sont bien décantées avec la Vendée…

CP: ça s’est décanté parce qu’il y a eu des élections régionales en France et que les responsables ont changé. Le nouveau patron du département est arrivé et a directement dit que si c’était pour Eddy Merckx, alors il n’y avait aucun problème. Tout le monde se courbe devant Eddy Merckx. L’ombre d’Eddy plane toujours sur le Tour…

Combien ça coûte d’accueillir le Tour à Bruxelles durant plusieurs jours?

AC: Aucun secret, 5 millions d’euros. C’est très transparent. Un événement comme celui-là, on l’a une seule fois. La dernière fois qu’on l’a eu, c’était en 1958. On va avoir le Tour en juillet 2019 pour plusieurs jours. C’est la Ville et c’est la Région bruxelloise qui accueillent le Tour: d’ailleurs, le contre-la-montre se fait dans plusieurs communes bruxelloises.

"On dit toujours que je suis contre le vélo, c’est faux."
Alain Courtois

Le tracé bruxellois a-t-il été difficile à mettre en place?

AC: Cela s’est fait en quatre jours entre nous et les équipes du Tour. Un seul exemple: pour l’arrivée, il faut une ligne droite de 350 mètres sans obstacle. Il n’y en a pas beaucoup à Bruxelles. Ce sera donc devant le palais royal à Laeken, endroit merveilleux. Le Roi aura à ses pieds le roi du vélo Eddy Merckx, quelle symbolique merveilleuse. D’autant plus que cette étape débutera sur les pavés du palais royal à Bruxelles. On va de palais à palais. On a donc dû beaucoup mijoter tout ça. Et toutes les communes qui seront traverses sont enchantées.

Quelles seront les retombées du Tour de France à Bruxelles?

AC: C’est énorme rien qu’en termes d’image, vous pouvez faire cinq ans de campagne et de promotion, vous n’y arriverez pas. L’image de Bruxelles et de la Belgique, on sort d’une période difficile, c’est important de se remettre sur la mappemonde de manière positive. À côté de ça, il y a évidemment la dimension de s’inscrire dans une démarche durable des personnes qui veulent rouler à vélo dans la ville. On s’inscrit dans cette démarche de pistes cyclables sécurisées. On dit toujours que je suis contre le vélo, c’est faux. Je veux simplement que les pistes soient sécurisées. C’est clair qu’on s’inscrit dans un parcours de promotion du vélo qui va durer un an et demi. Enfin, il y a les retombées économiques…

Quel est l’impact?

CP: Le Tour, d’un point de vue image, c’est 190 pays qui reprennent les images, c’est 100 pays qui diffusent en direct. Nous réservons tous les soirs 1.650 lits rien que pour l’organisation, ensuite, il y a les 2.000 journalistes, les dizaines de milliers de fans. Ensuite, il y a la dimension sociale du Tour.

C’est-à-dire?

CP: Le Tour, c’est 3.500 kilomètres de sourire. Il n’y a pas une autre épreuve au monde où au bord de la route vous n’avez que des sourires durant trois semaines, ça n’existe pas. Ce sera à Bruxelles en 2019. C’est le centenaire du maillot jaune et on va partir de la ville de celui qui symbolise le mieux ce maillot. Quand on part de l’étranger, il y a toujours des critiques, mais ici, avec Eddy et Bruxelles, on n’a pas eu la moindre critique. C’est la ville où est né le plus grand champion de l’Histoire. Que des bravos. Nul ne conteste ce choix même celui qui est le plus grand champion cycliste après Eddy: Bernard Hinault.

©Antonin Weber

Mais le Tour de France est-il en train de s’européaniser?

CP: Non, mais c’est la plus grande course au monde donc il y a aussi une logique à aller à l’étranger. Quand on part de l’étranger, on veut savoir s’il y a une histoire; s’il y a des champions, avec Bruxelles, l’histoire, la légende, les champions, c’est la Belgique. La Belgique, c’est le cœur du cyclisme. La Belgique serait à 10.000 km de Paris on devrait trouver le moyen technique et logistique d’y aller pour le Tour….

Le cyclisme, c’est le dernier vrai grand sport populaire parce qu’il est gratuit?

CP: Oui. Nous faisons tous les quatre ans un séminaire sur le "Tour de mes rêves". Et la réponse qui m’a le plus frappé, c’est celle d’un gamin qui m’a dit: "Le Tour de mes rêves, c’est celui qui passe devant chez moi." C’est-à-dire que c’est la seule épreuve sportive mondiale qui peut passer devant chez vous que vous soyez habitant d’une grande ville ou d’un petit village. Quand vous voyez des élus locaux qui pleurent avec émotion parce que le Tour passe dans leur commune, vous vous dites que vous faites un chouette métier. Et ce qu’Alain évoque sur le lien entre le vélo des champions et la bicyclette du quotidien est absolument essentiel.

AC: Il faut savoir que les patrons du Tour de France figurent parmi les personnes les plus sollicitées de France, voire d’Europe…

Comment hiérarchisez-vous toutes ces demandes de communes qui veulent que vous passiez chez elle?

CP: Je regarde ce qui me manque comme bouteilles dans ma cave à vin. (Il rit). On a entre 250 et 300 demandes de municipalités chaque année mais avec la proximité des élections, ça explose. Je n’ai jamais autant rencontré d’élus locaux que pour le moment. À tour de bras. Tout le monde, absolument tout le monde, veut le Tour de France.

"L’injection financière du passage du Tour dans une région, ça peut aller de 25 à 125 millions d’euros."
Christian Prudhomme
ASO

AC: La marque Tour de France c’est un impact énorme.

CP: Sur les retombées économiques au sens large, selon les études, l’injection financière du passage du Tour dans une région ça peut aller de 25 à 125 millions d’euros. Le record est détenu par Londres et la région du Yorkshire: 1.236 millions de livres sterling sont revenues dans la collectivité sur la période du Tour.

Vous annoncez mercredi le Bruxelles Tour avec le Tour de France…

AC: Oui, l’année dernière, on avait lancé une première édition avec l’ancien bourgmestre Yvan Mayeur. Cette année, on a décidé de rouler sur le parcours qu’empruntera le contre-la-montre de 2019. On veut que ce Bruxelles Tour devienne une habitude pour les Bruxellois, un peu comme les 20 km de Bruxelles. Et le Tour de France met ses voitures officielles à disposition pour lancer ce Bruxelles Tour 2018.

Avec tous les travaux dans Bruxelles, vous êtes certain d’y arriver?

AC: On va devoir faire quelques aménagements mais on va y parvenir.

CP: Nous, on s’associe parce que tout ce qui fait le lien avec le vélo du quotidien, ça nous intéresse. On veut que la bicyclette reconquière sa place au XXIe siècle comme il y a 100 ans. Le vélo ne pollue pas, il est bon pour la santé. Les rares pays où le Tour fait plus d’audience qu’en France, ce sont les pays où les gens prennent la bicyclette au quotidien, comme le Danemark, les Pays-Bas ou la Belgique.

©Antonin Weber

Mais le fossé entre les cyclistes du quotidien et les champions, il s’est quand même creusé ces dernières années à cause du dopage…

CP: ça dépend des pays. En France, oui. Pas en Belgique ni aux Pa-Bas.

Comment gérez-vous le dopage?

CP: Le vélo n’est pas un monde parfait. Le monde parfait n’existe ni dans le sport ni dans la politique ni dans le journalisme. Le vélo, ce n’est plus le vilain petit canard. Il faut arrêter de pointer du doigt cette discipline-là qui est magnifique et dans laquelle beaucoup d’efforts sont faits.

AC: Mais ce qu’on oublie souvent, c’est que le pire problème du dopage, c’est l’amateur qui est en salle ou qui court et qui se dope pour participer à de petites compétitions. C’est très répandu et c’est un vrai danger. Avec les contrôles à haut niveau, ça devient difficile de se doper pour les champions.

Reste le cas de Chris Froome. Il prendra part au prochain Tour de France?

CP: On a besoin d’une réponse de l’Union cycliste internationale à ce sujet. J’ai confiance dans le nouveau président pour nous donner une réponse rapide. Il a toujours voulu lutter sévèrement contre la triche sous toutes ses formes et on aura une réponse avant le Tour.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés