analyse

AB InBev se résout à réduire son dividende de 50%

©BLOOMBERG NEWS

L’action du premier groupe brassicole a effacé 40% de sa valeur en un an. Peut-on entrevoir le bout du tunnel? La décision du groupe de réduire le montant du dividende permet de l’imaginer.

Souvenons-nous-en. C’était au lendemain de la publication des résultats pour son troisième trimestre de 2017. Il y a tout juste un an, donc. L’action AB InBev  entamait une descente aux enfers qui n’a, globalement parlant, pas cessé jusqu’à aujourd’hui. En douze mois, près de 40% de sa valeur se sont évaporés. Rien que depuis le début de cette année, elle accuse une perte qui approche les 30%. À 64,85 euros, l’action est aujourd’hui à son plus bas depuis la mi-2013. AB InBev venait alors de distribuer un dividende d’un montant brut de 1,70 euro par action.

Peut-on imaginer à ce stade que l’action intègre enfin tous les soucis qui émaillent depuis quelque temps déjà la vie des affaires du premier groupe brassicole au monde? La volatilité des devises émergentes dans lesquelles il traite, des clients qui consomment moins de bière sur certains de ses grands marchés, la hausse des prix de certaines matières premières, et surtout, sa lourde dette de 109 milliards de dollars, ont rendu méfiants les investisseurs envers son action. Et cela, d’autant plus que depuis au moins deux ans, le groupe distribuait à ses actionnaires bien plus qu’il ne faisait de profits. Résultat des courses, la valeur d’AB InBev à la Bourse de Bruxelles a fondu au fil des mois. Un temps dans le top 10 mondial des plus grosses sociétés en termes de capitalisation boursière, AB InBev a rétrogradé à la 52e place avec une valeur de 134,4 milliards d’euros, entre la banque britannique HSBC   et le groupe de luxe français LVMH  .

Des milliards de dollars épargnés

Mais avec une nouvelle chute de 9% jeudi, le groupe pourrait bien cette fois avoir purgé en Bourse une bonne part de ses problèmes. Ses dirigeants se sont enfin résolus à prendre une décision difficile. Celle de réduire le montant brut du dividende. De 50% à 0,80 euro par action pour l’acompte qui sera attribué le 27 novembre prochain. De 50% également, à 1 euro, pour le solde qui sera payé à la fin du mois d’avril 2019.

Faites le compte si l’on sait que le capital de la société est constitué de 1,975 milliard d’actions (moyenne pondérée au 3e trimestre). Cela permettra une économie de 1,58 milliard d’euros dès cette année, et de 3,555 milliards d’euros (4 milliards de dollars) l’an prochain.

Cela permettra à AB InBev de ne plus devoir emprunter pour payer des dividendes. Mieux, de s’attaquer de façon plus dynamique au travail de la diminution de sa dette. Les investisseurs sur le marché des obligations d’entreprise paraissent l’avoir compris. Ils ont acquis ce jeudi trois fois plus d’obligations du brasseur qu’ils n’en ont vendu. Il est bon aussi de savoir que lorsqu’une entreprise s’attelle à abaisser son niveau d’endettement, cela a souvent un impact favorable sur le cours d’une action. Surtout à l’heure où les taux d’intérêt sont plutôt orientés à la hausse aux Etats-Unis.

Pour d’autres raisons encore, on peut penser que le bout du tunnel n’est plus très éloigné pour AB InBev en Bourse. Le groupe, qui se traite à 16,9 fois les bénéfices attendus pour l’ensemble de l’exercice 2018, affiche désormais la valorisation la plus attractive dans son secteur Europe. Ce ratio est de 19,4 pour Heineken  à Amsterdam et de 21 pour Carlsberg   à Stockholm, selon des données fournies par Bloomberg.

Côté analystes enfin, AB InBev jouit toujours d’une grande popularité auprès d’eux. Sur les 15 analystes qui ont réagi aux annonces du brasseur et pris en relais par Bloomberg, 12 suggèrent d’"acheter"son action et 4 de la "conserver".

Moins bien qu’Heineken et Carlsberg

Les performances réalisées par AB InBev au troisième trimestre contrastent avec celles enregistrées par Heineken et Carlsberg, les n°2 et 3 mondiaux de la bière derrière le groupe belgo-brésilien. Alors que ces deux derniers ont progresséAB InBev a plutôt accusé le coup. Paradoxal, alors que son empreinte géographique ressemble beaucoup plus qu’avant le rachat de SABMiller à celle du néerlandais Heineken et que celui-ci a progressé un peu partout dans le monde…

Les volumes d’AB InBev ont atteint 146,1 millions d’hectolitres au 3e trimestre contre 161 millions hl un an plus tôt. Ses revenus se sont établis à 13,82 milliards de dollars contre 14,74 milliards. Son excédent brut d’exploitation (ebitda) normalisé s’est fixé à 5,35 milliards contre 5,73 milliards et son bénéfice normalisé attribuable à 1,61 milliard (2,58 milliards).

Le groupe a vu ses ventes stagner aux Etats-Unis et se contracter au Brésil, ses deux principaux marchés. Aux States, il a subi l’impact de la hausse des prix de plusieurs matières premières, dont l’aluminium (canettes). Suite à l’augmentation de la TVA, ses profits ont baissé en Afrique du Sud, devenu un de ses gros marchés suite à l’acquisition de SABMiller. En Argentine, le groupe a souffert des conséquences de l’hyperinflation. D’une manière générale, la faiblesse des devises d’Amérique latine face au dollar lui a aussi coûté cher.

A contrario, ses trois marques mondiales ont continué de réaliser des prouesses: ensemble, Budweiser, Stella Artois et Corona ont encore vu leurs ventes croître de 7,7% au niveau mondial. Et le brasseur a engrangé de bons résultats sur d’autres marchés importants, comme le Mexique, la Chine, où sa part de marché a crû, et l’Europe de l’Ouest. Il a également continué à récolter le fruit des synergies et des économies de coûts initiées suite à la fusion avec SABMiller. N’empêche, depuis deux ans, soit depuis SAB, le groupe ne parvient plus à épater le marché

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