Bois Sauvage et Finasucre investissent dans un projet de ferme d'insectes géante

©REUTERS

Le français Ynsect ambitionne de devenir le premier fournisseur de protéines alternatives pour l’alimentation animale. Il vient de lever 110 millions d’euros auprès d’une série de fonds d’investissement français et internationaux dont deux acteurs belges: Bois Sauvage et Finasucre.

Cela faisait une dizaine d’années que le holding Bois Sauvage était sorti du monde des insectes en cédant sa participation dans Biobest, une société spécialisée dans les bourdons pollinisateurs et la lutte contre les nuisibles. Il renoue aujourd’hui avec le secteur en investissant 10 millions d’euros dans Ynsect, une entreprise française qui se propose de devenir le premier fournisseur mondial d’ingrédients "premium" destinés à l’alimentation animale et aux engrais organiques. Un projet original et ambitieux, auquel participe aussi, côté belge, Finasucre, le groupe actif aussi bien dans la production et la commercialisation de sucre que dans l’investissement de diversification.

Ynsect vient de lever la bagatelle de 125 millions de dollars (110 millions d’euros) auprès d’un bel aréopage de fonds d’investissement piloté par Astanor Ventures, un fonds français à impact social. On trouve aussi parmi eux le fonds écologique Ecotechnologies (groupe BpiFrance), la société de capital-risque Talis Capital, l’acteur de private equity IdInvest Partners… À noter que ce n’est pas la première levée de fonds d’Ynsect: celle-ci a déjà récolté au total 175 millions de dollars auprès d’investisseurs.

Il faut avouer que le projet ne manque pas d’attraits. En résumé, Ynsect élève des scarabées Molitor, appelés aussi vers de farine, et les transforme en ingrédients (protéines) pour l’alimentation des crevettes, saumons, truites et bars. Le reliquat de sa production est également commercialisé, une partie sous forme d’huile, une autre sous fome de fertilisants.

110 millions €
Ynsect vient de récolter 110 millions d’euros pour financer l’accélération de sa croissance.

Créée en 2011 par l’ingénieur agronome Antoine Hubert et quelques associés, Ynsect a validé son modèle en construisant une usine pilote à Dole, dans le Jura. La société y a automatisé l’entièreté du processus de production et testé les produits auprès de clients potentiels. De quoi se construire un carnet de commandes, évalué à 70 millions de dollars de chiffre d’affaires pour les quatre prochaines années. Au passage, Ynsect a déposé 25 brevets.

Deux nouvelles usines

Elle entend passer à présent à la vitesse supérieure. Première étape: construire une deuxième usine à Poulainville, près d’Amiens, dans les Hauts-de-France. De quoi augmenter significativement la production pour commencer à alimenter les marchés européens.

Et ce n’est pas tout… La direction d’Ynsect prévoit ensuite de construire une troisième usine aux Etats-Unis. Elle ambitionne en effet de "participer à la création d’une filière agroalimentaire durable" et de "répondre à la demande mondiale croissante de consommation de protéines".

Lutter contre la surpêche

Comme nous l’explique Benoît Deckers, directeur général de Bois Sauvage, l’objectif final est de contribuer à la lutte contre la surpêche en proposant de remplacer la farine de poisson, qui constitue actuellement le gros de l’alimentation des saumons et truites d’élevage, par ces protéines développées au départ d’insectes. "C’est cette démarche de durabilité qui nous a attirés vers ce projet, souligne-t-il. Cela et le professionnalisme des équipes d’Ynsect."

La nouvelle usine de Poulainville devrait entrer en production d’ici deux ans. Elle sera en partie alimentée en vers par l’unité de Dole. Lorsqu’elle aura atteint son plein rendement, elle produira 20.000 tonnes de protéines par an, précise Ynsect dans son communiqué. Cela fera du groupe français le plus grand producteur d‘insectes au monde.

Le marché mondial de la nourriture animale est en croissance rapide, indique la société. Il est estimé à 500 milliards de dollars par an, selon un rapport dressé en 2017. Le marché des fertilisants est évalué, lui, à quelque 200 milliards.

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