interview

Carlos Brito: "AB InBev sera une compagnie plus forte après la crise"

Le CEO Carlos Brito pointe les effets de change négatif de trois monnaies importantes pour le brasseur face au dollar. "Les pires de la décennie", dit-il. ©Dries Luyten

Le premier brasseur mondial a terminé 2019 par un trimestre difficile, marqué par le recul de 5,5% de son ebitda. Il a du coup bouclé un exercice décevant, et entamé l'année nouvelle par un coup de bambou supplémentaire: il prévoit un premier trimestre 2020 en recul de 10% à cause notamment de l'impact du coronavirus. En réaction, l'action a chuté en bourse. Son CEO Carlos Brito relativise le choc.

AB InBev a annoncé l'impact de l'épidémie de coronavirus sur ses résultats pour les 2 premiers mois, mais quel pourrait être l’effet pour les mois à venir?
L’impact est de 285 millions de dollars en chiffre d’affaires et de 170 millions de dollars en ebitda sur janvier et février. On a précisé aussi qu’il est très difficile d’estimer tout l’impact. Cela dépend du confinement des bars en Chine et de la vitesse à laquelle les clients vont rouvrir leurs établissements pour reprendre une vie normale. La Chine compte plus de 30 provinces, et celles-ci ont pris différentes mesures, outre celles de confinement. Certaines provinces sont plus touchées, d’autres moins et aimeraient reprendre plus vite le business. Nous nous attendons à ce que nos clients commerçants relancent leurs opérations au cours du deuxième trimestre. Et globalement, on attend une croissance de l’ebitda de 2 à 5% en 2020, avec la majorité au 2e semestre. L’an dernier, les deux premiers trimestres avaient été très forts; cette année, la croissance viendra plus, en raison du virus et d’autres éléments, du 3e et du 4e trimestre. C'est basé sur les prévisions actuelles dont nous disposons, et cela reflète notre évaluation actuelle de l’effet du Covid-19 en Chine ainsi que dans d’autres pays. J’ajoute qu’en Chine, on continue de monitorer la situation sur base quotidienne.

"On ne veut pas être alarmiste. On utilise l’information qui est disponible."
Carlos Brito
CEO, AB InBev

Mais vous ne prenez pas en compte, dans l’impact chiffré, le fait que le coronavirus s’est répandu dans d’autres pays et continents, dont l’Europe?
Non, pas encore, parce qu’on ne veut pas être alarmiste. On utilise l’information qui est disponible.

Peut-être devrez-vous adapter vos prévisions dans les mois à venir en fonction du développement du virus?
Non, pas à ce stade. On verra. Certains pays feront un meilleur travail en contenant ce risque, car ils ont appris maintenant de l’expérience chinoise: on sait mieux désormais comment ce virus fonctionne, quelle est la période d’incubation, etc. Il y a beaucoup de leçons apprises là qui vont être utilisées à présent, y compris par les autres pays: Corée, Japon, Italie…

En ce moment, le virus n’impacte que la Chine, dites-vous, en termes de consommation… 
En effet, le seul impact significatif que nous voyons actuellement sur la consommation est en Chine. Nulle part ailleurs.

Le cours de bourse d’AB InBev a touché ce jeudi son plus bas niveau depuis 2012. Votre endettement est toujours très élevé, les résultats 2019 sont décevants et les prévisions pour 2020 sont sombres: pensez-vous que vous soyez toujours la bonne personne au bon endroit en tant que CEO?
C’est au conseil d’administration de décider, mais je pense que j’ai une équipe exceptionnelle, des milliers de personnes qui sont également propriétaires de l’entreprise, et des marques exceptionnelles. Mais regardez nos gens en Chine et les conditions de travail difficiles qu’ils connaissent… Nous ferons en sorte d’être une compagnie plus forte après la crise. Quant aux cours de bourse, en tant que compagnie nous avons toujours considéré que nous devons nous concentrer sur les choses qu’on peut contrôler. Les cours reflètent, normalement, nos opérations d’affaires. Mais nous ne les contrôlons pas. Ceci dit, entre janvier et septembre 2019, le cours d’AB InBev a grimpé de 50%, parce que les affaires avaient bien évolué au premier semestre. Le deuxième semestre s’est avéré plus dur, ce que notre cours de bourse a reflété, puis se sont ajoutés le coronavirus et d’autres choses. Cela change très vite. Nous ne sommes pas obnubilés par les cours, nous sommes concentrés sur nos affaires, notre stratégie, son exécution, le fait que nos marques sont fortes (nous avons 8 marques de bière sur 10 dans le top mondial), nos marques mondiales et notre empreinte géographique, extraordinaires. C’est ce qui importe.

"Nous ne sommes pas obnubilés par les cours, nous sommes concentrés sur nos affaires."
Carlos Brito
CEO, AB InBev

La hausse des prix des matières premières est une des principales causes de vos moins bons résultats, mais elle a également concerné vos concurrents. Or Heineken et Carlsberg ont été moins touchés qu’AB InBev en termes de performances: pourquoi cette différence?
L’an passé, nous avons enregistré le plus gros impact de la décennie en termes de prix des matières premières et d’effets de changes. Et de loin. Cela a à voir avec les pays où l’on opère, surtout pour les changes, qui ont eu le plus gros impact. Nous sommes leaders de marché au Brésil, en Argentine et en Afrique du Sud, or ces pays ont enregistré les pires performances de leur monnaie par rapport au dollar. Cela a eu davantage d’impact pour nous, vu nos positions dans ces trois pays.

Allez-vous prendre des actions cette année pour continuer à réduire votre ratio de dette?
L’an dernier, qui a été une année difficile, on a tout de même réalisé quelques succès aux plans commercial et du capital… Une de nos réussites, en termes de "capital switch", a été le désendettement. On a commencé l’année avec un ratio de dette nette égal à 4,6 fois l’ebitda, et on l’a abaissé, sur base pro forma et en tenant compte des produits de la cession des actifs australiens, à 4 fois. On continue à désendetter, on ne donne pas de prévisions à ce sujet pour 2020, mais notre direction reste de revenir aux environs de 2 fois. On s’y est engagé, on continue à travailler là-dessus.

La cession des actifs australiens doit encore avoir le feu vert des autorités australiennes: êtes-vous sûr que vous aurez leur accord?
Non, on ne peut pas à être sûr de cela, mais on continue de travailler dans ce but et l’on fait tout ce qu’on peut pour parachever le processus. On ne peut pas spéculer sur la date d’approbation, mais on peut dire que c’est ce qu’on pense sur base de notre expérience dans ce pays: on table sur fin mars prochain.

Bonus réduit ou non?

L'agence Bloomberg a annoncé jeudi, en marge des résultats du premier brasseur mondial, que son CEO Carlos Brito verrait son bonus réduit à rien pour le second semestre 2019, en raison de la médiocre performance du groupe. Le dirigeant a en revanche perçu un bonus pour les six premiers mois. Avant, les bonus étaient définis année par année, mais le groupe vient de modifier cette politique.

"Mon bonus est lié à la création de valeur", explique Carlos Brito. "Certaines années, on enregistre de meilleures performances et mon bonus ainsi que ceux de mes collègues sont relevés, et l'inverse est vrai aussi: quand les performances ne sont pas là, les bonus peuvent être réduits à rien."

Ce qui est quelque peu paradoxal, c'est que le bonus reçu par le CEO pour les 6 premiers mois de 2019 est plus élevé que celui qu'il a encaissé pour l'ensemble de l'exercice 2018: 2,6 millions d'euros contre 0,7 million.

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