interview

Daisy et Catherine Pycke : "Nous voulons réveiller la belle endormie en Inex"

©Tim Dirven

Il y a trois ans, Catherine Pycke (56 ans) n’en menait pas large. La CEO du groupe laitier de Flandre-Orientale Inex recherche un manager extérieur pour lui succéder, mais aucun des dix candidats qui lui ont été présentés ne trouve grâce à ses yeux.

L’étincelle vient à l’occasion d’une rencontre fortuite avec Peter Grugeon (44 ans), à l’époque directeur des achats et des opérations chez Vandemoortele. En 2017, il devient ainsi le premier patron non familial du groupe laitier, qui a été dirigé jusque-là par quatre générations de la famille Pycke.

  • Entreprise fondée en 1973. Son siège social est installé à Bavegem.
  • Activités: lait de consommation, beurre, crème, yoghourts et desserts.
  • Travailleurs: 450.
  • Opère: en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.
  • A réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 164 millions et un bénéfice net de 9 millions.
  • A investi, au cours des trois dernières années, 25 millions d’euros dans son expansion.

Un véritable soulagement pour Catherine Pycke qui, en 2000, a succédé précipitamment à son père, décédé prématurément. Vu le manque d’expérience de cette juriste de 37 ans, tout le monde pense alors: "Cette entreprise va s’effondrer comme un pudding." Mais avec son frère et sa sœur à ses côtés, elle réussit à moderniser l’entreprise malgré la volatilité des prix du lait et la maigreur des marges bénéficiaires. Sous sa houlette, Inex passe du statut d’acteur local, surtout présent en Belgique et aux Pays-Bas, à celui de groupe international.

Aujourd’hui, Inex emploie quelque 450 personnes et a réalisé l’an dernier un bénéfice net de 9 millions d’euros. Avec des fonds propres de 45 millions et un endettement très limité, l’entreprise paraît saine financièrement.

Les deux sœurs, l’une présidente et la seconde membre du conseil d’administration, nous reçoivent dans une grande salle qui surplombe un immense parking où une cinquantaine de camions-citernes vient apporter chaque jour le lait collecté auprès de 450 éleveurs de la région pour en faire du lait de consommation, du beurre, de la crème, du yoghourt et des desserts.

"Mon père avait une approche très centralisatrice. Je préfère le management participatif." Catherine Pycke Présidente d’Inex

Transmettre les rênes de l’entreprise à un manager non familial n’a pas dû être facile…
Catherine Pycke: En effet. Il a fallu accorder nos violons pendant une période de transition. Mais tout est bien calé à présent. Je me concentre sur la stratégie du groupe.

Peter Grugeon:Je pense que Catherine savait que nous devions prendre des décisions difficiles.

Votre père gérait plutôt l’entreprise comme un patriarche…
Catherine Pycke:Il avait une approche très centralisatrice. Je préfère le management participatif. Cela a été vécu comme une révolution chez Inex.

Comment gère-t-on une entreprise familiale sans y avoir été préparée?
Catherine Pycke: Heureusement, je connaissais l’entreprise de l’intérieur. Après mes études de droit, à quelques stages à l’étranger près, je me suis directement investie dans l’entreprise. J’ai commencé au département juridique avant de passer aux ventes et au marketing.

Daisy Pycke: Papa estimait que ses enfants devaient être impliqués le plus vite possible dans l’entreprise, sans se soucier de nos aspirations personnelles. Nous en avons tiré une leçon: nous ne forcerons jamais nos enfants à s’occuper de gestion opérationnelle chez Inex.

"Si des managers extérieurs sont meilleurs, il n’y a aucune raison de mêler un membre de la famille au management."

Catherine Pycke: Nous devons être honnêtes à ce sujet. Aujourd’hui, le management d’Inex est d’un tel niveau que les enfants doivent au moins être du même calibre. La barre est mise plus haut. Si des managers extérieurs sont meilleurs, il n’y a aucune raison d’y mêler un membre de la famille.

De nombreux CEO externes quittent l’entreprise parce qu’ils ne s’entendent pas avec les actionnaires familiaux.
Catherine Pycke:C’était tout l’intérêt de prévoir une période pendant laquelle Peter commencerait comme directeur opérationnel. Nous pouvions voir dans quelle mesure nous étions sur la même longueur d’onde.

Peter Grugeon: Durant cette période, nous avons racheté le lait de croissance Olvarit au géant français Danone. Nous avons relancé la marque Bambix qui avait été très populaire en Belgique et aux Pays-Bas pendant des années. Nous avons remis sur le marché les fameux biscuits nounours de Bambix. Nous étions sur une seule ligne.

"Nous voulons mettre en avant Inex pour que les bons candidats connaissent notre entreprise."

Catherine Pycke:Cela illustre bien notre stratégie pour Inex. Quelqu’un m’a dit un jour: ‘Vous devez réveiller la belle endormie en Inex’." (rires)

Inex a toujours été très discrète dans sa communication. Est-ce encore possible aujourd’hui?
Catherine Pycke: Non, les temps ont changé. Mais il ne s’agit pas d’étaler ma vie personnelle. Je m’investis à fond dans notre entreprise familiale sans pour autant tomber dans le culte de la personnalité. Mais il faut se montrer, c’est important, notamment dans sa qualité d’employeur.

Peter Grugeon:Le marché du travail a évolué énormément. Nous voulons mettre en avant Inex pour que les bons candidats connaissent notre entreprise. Nous recrutons en effet de nouveaux collaborateurs pour mettre en œuvre d’importants investissements.

4/4 - En lice pour le family business award

Inex est l’une des quatre entreprises familiales nominées cette année pour le Family Business Award, organisé par EY en partenariat avec L’Echo/De Tijd, FBN Belgium, Guberna et BNP Paribas Fortis, et qui sera décerné le 5 décembre prochain. Les autres entreprises en lice sont Spadel, Nico et Duvel-Moortgat. En 2018, c’est Sipef qui avait décroché le titre d’Entreprise familiale de l’année.

Catherine Pycke: Rien qu’au cours des trois années écoulées, nous avons investi 25 millions d’euros. Aujourd’hui, notre volume annuel s’élève à 240 millions de litres. L’an prochain, il gonflera encore de 15%. C’est beaucoup. Ce n’est pas toujours facile de soutenir cette croissance.

La famille restera-t-elle toujours présente chez Inex?
Catherine Pycke:Si nous n’étions pas restés une entreprise familiale, nombre de nos valeurs, comme notre grande flexibilité, n’auraient pas subsisté longtemps.

"Une entrée en bourse? Never say never. Mais aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour."

Le modèle de croissance d’Inex se prête-t-il à une entrée en bourse?
Catherine Pycke: Nous pouvons parfaitement autofinancer nos investissements. Mais il arrivera un jour où le choix de la voie boursière se posera. Never say never. Mais aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour.

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