Face aux revendeurs, les moines trappistes de Westvleteren passent à l'e-commerce

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Les moines de l’abbaye Saint-Sixte ont choisi de ne plus vendre leur célèbre trappiste qu’en ligne. Objectif: favoriser l’accès au plus grand nombre et parer les achats frauduleux de revendeurs.

Une vie dédiée au recueillement et à la prière n’empêche pas que l’on doive parfois s’adapter aux réalités terrestres, même virtuelles. Les moines de l’abbaye Saint-Sixte, à Westvleteren, l’ont bien compris: dorénavant, les commandes de la célèbre trappiste ne se feront plus qu’en ligne. Fini le fameux "téléphone à bière", passage obligé pour passer commande… pour les chanceux qui pouvaient accéder à un interlocuteur.

L’exposition médiatique n’est pas vraiment dans les habitudes de la petite communauté monastique du Westhoek. Elle a été servie vendredi. La conférence de presse organisée pour présenter sa nouvelle politique de vente a attiré plusieurs dizaines de journalistes belges et étrangers. La télévision allemande, des journalistes britanniques et américains avaient notamment fait le déplacement, de même que deux délégués chinois chargés de la promotion des bières belges dans leur pays.

Si les moines de l’abbaye ouest-flamande optent pour la vente en ligne, c’est avant tout pour garder le contrôle des ventes de leur célèbre trappiste, dont le succès commençait à les dépasser.

Élue en 2005 meilleure bière du monde par le site spécialisé américain ratebeer.com, la Westvleteren XII, fleuron du monastère, s’est taillé une réputation qui a très vite traversé les océans. Au point d’attirer de plus en plus de revendeurs passant outre l’interdiction de revente de la bière. Les ventes sous le manteau se sont alors multipliées dans des bars, des étals de cavistes, où elle était proposée à des prix prohibitifs. Une offre proposant une bouteille (33 cl) à… 300 dollars a même été répertoriée à Dubai.

6.000 hectos maximum

Mais les moines de l’abbaye St-Sixte tiennent à cette interdiction de revente. Pour une raison très simple: le caractère limité de la production. Elle a bien augmenté d’un tiers depuis 2005, mais pour les moines, pas question d’aller au-delà de la production actuelle de 6.000 hectolitres par an.

"Ceux qui ne respectent pas les règles de vente et abusent du système peuvent se voir refuser l’accès à la boutique en ligne."

"Nous ne voulons pas produire plus que ce que permet le rythme de la vie monastique", justifie Manu Van Hecke, le père abbé de l’abbaye. Le déclencheur est sans doute l’action promotionnelle lancée l’an dernier par l’enseigne néerlandaise Jan Linders, qui a réussi à écouler 300 casiers de trappiste Westvleteren moyennant un supplément de prix. Dorénavant, les amateurs désireux de passer commande – toujours deux bacs de 24 bouteilles maximum – devront passer par un site internet (www.trappistwestvleteren.be) créé spécialement pour la distribution de la bière, sur lequel le client doit commencer par s’enregistrer.

"La boutique en ligne n’est accessible qu’aux consommateurs directs et non aux acheteurs professionnels", précise le père Manu. Lors de l’enregistrement, l’acheteur crée un compte avec ses données personnelles (y compris un numéro d’immatriculation de véhicule). Une fois la commande passée, un code QR lui est envoyé par mail. Le client doit montrer ce code lorsqu’il va chercher sa commande à l’abbaye.

Le site internet sera accessible deux mercredis par mois à partir du 26 juin. "Il permettra d’améliorer la traçabilité, de la salle de brassage jusqu’au consommateur, moyennant une double authentification de l’acheteur", précise Jos Vermeulen, laïc bénévole chargé de projets pour l’abbaye. Le nouveau système devrait aussi permettre à la communauté de retrouver une certaine quiétude, tout en facilitant la gestion des stocks. "Il était de plus en plus difficile pour les particuliers de nous joindre parce que des gens étaient parvenus à programmer 5 GSM pour pouvoir lancer un appel par seconde", dit Jos Vermeulen.

Dorénavant, la priorité sera clairement donnée aux particuliers. "Ceux qui ne respectent pas les règles de vente et abusent du système peuvent se voir refuser l’accès à la boutique en ligne", précise l’abbé de l’abbaye Saint-Sixte.

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