Fin des poursuites contre la marque Leffe aux Etats-Unis

©BELGA

La "class action" contre la bière d’abbaye belge s’est terminée en eau de boudin. Un accord à l’amiable entre le plaignant et AB InBev a mis un terme à toute l’affaire.

L’an dernier, AB InBev avait été poursuivi aux Etats-Unis par un citoyen qui s’offusquait que la bière d’abbaye Leffe n’est pas réellement brassée par les chanoines. Henry Vazquez, le consommateur en question, estimait avoir été trompé par l’information imprimée sur les étiquettes de la marque, qui laissait entendre que la bière était produite par l’abbaye depuis l’an 1240 sans discontinuer… Sur cette base, il avait décidé de fédérer d’autres consommateurs pour intenter une "class action" contre le brasseur belgo-brésilien devant un tribunal fédéral de Floride.

Il réclamait 5 millions de dollars de dommages et intérêts au motif qu’il avait payé ses bières Leffe à un prix trop élevé. Son raisonnement était le suivant: AB InBev produisant la Leffe dans sa brasserie de Leuven, où il brasse également la Stella Artois, et non pas de manière artisanale dans une abbaye, il était anormal que le client paie plus cher pour une Leffe que pour une Stella… Seulement voilà, devant le tribunal à Miami, les défenseurs d’AB InBev ont pu démontrer que le groupe tarifait ses Leffe aux Etats-Unis au même prix que ses Stella Artois. Et qui dit pas de surprix, dit pas de dommage financier à subir par les consommateurs.

Cette démonstration faite en août 2016 par le brasseur a porté un rude coup à la stratégie offensive de Henry Vazquez. De retour devant la cour floridienne en septembre, il n’a eu d’autre choix que de renoncer à son action en dommages et intérêts. Il a néanmoins laissé courir un volet annexe de sa plainte: une injonction à cesser d’utiliser certaines mentions sur les étiquettes des bières Leffe.

Et puis… plus rien! On n’a plus entendu parler de ce procès, ni de ce côté de l’Atlantique ni de l’autre. À l’exception d’une phrase sur "Law 360", un site US spécialisé dans les procès, éditée en fin d’année: le plaignant a retiré sa plainte en octobre, pouvait-on y lire, sans plus de détail.

Accord minimaliste

On vient d’apprendre, à bonnes sources, qu’un accord amiable est intervenu entre-temps entre le brasseur et  Henry Vazquez. Le groupe s’est engagé à modifier l’adresse du siège imprimée sur les étiquettes. À l’avenir, on y découvrira l’adresse de son unité louvaniste. Et il a versé une modeste indemnité au plaignant, mais pas beaucoup plus que de quoi payer ses frais de justice. En échange, l’homme a effectivement retiré sa plainte, ce qui a mis un point final à toute la saga. Contacté, AB InBev n’a pas voulu faire de commentaire.

Une bonne nouvelle pour les concurrents d’ABI

Ce relatif "happy end" pour le premier brasseur mondial est également une bonne nouvelle, en réalité, pour ses deux principaux concurrents. Car aussi bien le néerlandais Heineken que le danois Carlsberg, numéros deux et trois mondiaux, jouent la même carte des bières d’abbaye belges à l’international: Heineken pousse sa marque Affligem tandis que Carlsberg utilise Grimbergen, deux bières "monastiques" qui, comme la Leffe, sont brassées dans des unités classiques de leur groupe et non pas entre les murs d’un monastère.

En Belgique, pour rappel, l’utilisation commerciale du label "bière d’abbaye reconnue" est autorisée moyennant le respect de trois conditions:
♦ entretenir un lien avec l’abbaye sous-jacente,
♦ lui verser des royalties
♦ lui donner un droit de regard sur la stratégie publicitaire

Des obligations qu’honore AB InBev vis-à-vis de l’abbaye de Leffe. Ailleurs dans le monde, on ignore le plus souvent cette pratique…

Si Henry Vazquez avait obtenu gain de cause, qui sait si d’autres n’auraient pas suivi son exemple en alignant, dans un pays favorable aux "class actions" comme les States, Heineken ou Carlsberg dans leur viseur?

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