interview

"L'accumulation des taxes multiplie les risques de fraude"

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A la veille d’un scrutin régional et national, le président de la Fédération de l'Industrie des Eaux et Boissons rafraîchissantes (FIEB), Etienne Gossart, en appel au dialogue entre politiques et industriels. Il pointe essentiellement l'excès de taxation, qui risque de dissuader certains acteurs de continuer à investir.

Depuis septembre dernier, il préside la Fédération de l’industrie des eaux et boissons rafraîchissantes (FIEB). "Au civil", Etienne Gossart est le directeur de Coca-Cola European Partners Belgique et Luxembourg. 

La perspective toute proche d'un scrutin qui doit amener la mise en place de nouveaux gouvernements à tous les étages lui donne l'occasion d'enfoncer le clou: gare à l'excès de taxation, qui risque de dissuader certains de continuer à investir. Et prière de se concerter avec le secteur sur une politique d'emballage pour laquelle les industriels ont déjà consenti leur part d’efforts.

Comment le secteur des boissons se porte-t-il aujourd’hui?
La croissance tourne autour de 1 ou 2 % par an, en valeur, mais pas nécessairement en volumes. La fédération représente 22 membres qui emploient 3.500 personnes en Belgique. Et qui investissent. Depuis 2016, plus de 100 millions d’euros ont été investis par les différents acteurs dans le renouvellement des capacités de production, dans les processus industriels, pour faire en sorte de maintenir une activité sur le territoire belge.

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Tout va bien donc...
Pas vraiment. Quand on regarde les prix pratiqués en Belgique par rapport aux pays voisins, le différentiel de taxes se traduit par un écart important au niveau des prix de vente. Des produits équivalents peuvent être vendus 30 % moins chers dans les pays voisins. Les achats transfrontaliers sont donc en croissance régulière. Sur les dernières années, ils ont augmenté de 6 % par an. Et l’année où les accises ont été augmentées – elles sont passées de 4 centimes le litre à environ 12 centimes -, les achats hors frontières ont progressé de 12 %.

Le secteur continue pourtant de croître…
Le dynamisme de l’industrie n’est pas sans fin. Si le niveau de taxation devient trop important et que l’industrie commence à souffrir d’une baisse de la consommation, les possibilités d’investir dans le futur vont s’amenuiser. Il faut éviter d’en arriver à la situation que l’on a connue avec la taxe sur les alcools, où l’on s’est rendu compte que l’augmentation des accises a simplement fait en sorte que l’Etat a gagné moins d’argent, tout en pénalisant le commerce local.

La dernière taxe entrée en vigueur est la soi-disant taxe santé de 2016, qui s’applique à toutes les boissons rafraîchissantes, qu’elles contiennent du sucre ou non. C’est donc devenu une simple mesure fiscale.

Que demandez-vous concrètement?
La dernière taxe entrée en vigueur est la soi-disant taxe santé de 2016, qui s’applique à toutes les boissons rafraîchissantes, qu’elles contiennent du sucre ou non. C’est donc devenu une simple mesure fiscale. Ce que nous voulons, c’est que l’on puisse retirer de ces accises au moins les produits qui ne contiennent pas de sucre. Cela donnerait au secteur un peu d’oxygène pour continuer à investir dans l’innovation.

L’accumulation des taxes multiplie aussi les risques de fraude. Plus vous taxez, plus la tentation est grande, pour certains, d’importer des produits sans payer les taxes afférentes. On se retrouve alors dans une situation de concurrence déloyale.

Quelles conséquences cela pourrait-il avoir?
Là où j’ai des craintes, c’est que les entraves à l’innovation et à l’investissement deviennent trop importantes. C’est facile, pour un groupe international, quel que soit le type d’industrie, de faire le choix d’investir dans d’autres pays.

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De délocaliser…
Si le climat est favorable ou à tout le moins prévisible et permet des plans à 5 ou 10 ans, cela permet d’élaborer un plan d’investissement. Mais si les taxes s’accumulent parce qu’il faut combler en dernière minute un trou budgétaire, cela remet en question la dynamique. Et investir, cela fait sens aussi du point de vue du développement durable. Eviter de produire à 2.000 kilomètres ce que l’on peut produire ici permet d’éviter un coût écologique.

Vous lancez un avertissement?
Ce n’est pas un avertissement. Nous voulons nous inscrire dans une logique de dynamique économique. Nous demandons simplement à être consultés et que les autorités prennent en considération l’intérêt général, donc l’intérêt économique que nous représentons.

Par rapport aux emballages, j’ai une frustration: le secteur paie aujourd’hui 350 millions d’euros, notamment au travers des taxes sur les emballages.

Investir, c’est aussi, de nos jours, réduire les nuisances des emballages.
Par rapport aux emballages, j’ai une frustration: le secteur paie aujourd’hui 350 millions d’euros, notamment au travers des taxes sur les emballages. Nous estimons que ces 350 millions devraient couvrir largement les frais liés à la récolte à 100 % des emballages. Mais ce montant a été alloué à d’autres dépenses de l’Etat. Le problème, c’est que cette taxe est prélevée au niveau fédéral mais que les compétences en matière d’emballages et de recyclage se situent au niveau régional. L’Etat fédéral perçoit donc ces 350 millions d’euros, mais les dépenses se font au niveau des régions. 

Que faut-il faire selon vous?
Il faut s’assurer que les produits mis sur le marché soient 100 % recyclables, 100 % collectés et fabriqués à partir de matières 100 % recyclables. En Belgique, nous avons un système de collecte qui est un des meilleurs en Europe. Aujourd’hui, environ 80 % des emballages sont récoltés avec le système des sacs bleus, des centres de tri et de Fost Plus. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant. La décision d’étendre la collecte dans les sacs bleus à tous les plastiques va dans le bon sens.

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Comment faire pour en arriver à récolter 100 % des emballages?
En général, les emballages que l’on retrouve en rue sont liés à la vente à emporter. Tout ce qui est consommé à la maison va automatiquement dans un sac bleu. Il faut donc encourager les gens qui sont en route à ne pas avoir le réflexe d’abandonner les déchets dans la nature. L’industrie doit visiblement faire un peu plus pour promouvoir ce geste.

Comment faire?
En nous associant à des initiatives telles que les grands nettoyages de printemps. L’industrie investit 18 millions d’euros pour soutenir des campagnes de sensibilisation de Mooie Makers et Bewap. Nous nouons aussi de plus en plus d’accords de collaboration avec les clients (secteur pétrolier, organisateurs d’événements) pour offrir des solutions de récolte des déchets. Enfin, la communication marketing des industriels inclut de plus en plus le recyclage. L’idée, c’est d’induire un changement de comportement du consommateur. 

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