La Wallonie cherche un repreneur pour sauver les abattoirs de Bastogne

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Le gouvernement wallon va se porter partie civile suite au scandale Veviba. Il entend récupérer une partie des 8,5 millions accordés sous forme de primes et d’aides au groupe Verbist. L’avenir du modèle économique de l’abattoir reste incertain. Alors que le ministre Collin plaide pour des coopératives, son collègue Jeholet s’interroge sur la viabilité de ce type de modèle.

Quel avenir pour les abattoirs de Veviba? Après la Chambre lundi, le scandale alimentaire dans les abattoirs de Veviba à Bastogne s’est invité au Parlement wallon mardi. Comme à Bruxelles, les députés se sont inquiétés des conséquences pour l’ensemble du secteur de la viande bovine dans le sud du pays.

La Wallonie partie civile

Avant de se plonger dans les débats sur l’avenir du modèle agricole pour la Wallonie, le ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet (MR) a fait le point sur toutes les aides publiques reçues par le groupe Verbist et les liens qui existent entre l’abattoir de Bastogne et la Région wallonne.

5,5
millions d’euros
D’après le ministre Jeholet, le groupe Verbist a reçu depuis 2013 de la Sogepa 5,5 millions d’euros de prêts dont il doit encore rembourser 3,7 millions d’euros.

D’après le ministre Jeholet, le groupe Verbist a reçu depuis 2013 de la Sogepa, l’un des bras financiers de la Région wallonne, 5,5 millions d’euros de prêts dont il doit encore rembourser 3,7 millions d’euros. La Région a aussi accordé aux entités de l’entreprise Verbist 2,8 millions de primes à l’investissement (non remboursables). "Tout sera mis en œuvre pour récupérer ces sommes", prévient le ministre Jeholet.

Son collègue de l’Agriculture René Collin (cdH), également auditionné par les députés ce mardi, a de son côté indiqué que le gouvernement wallon allait se porter partie civile dans le dossier. "Nous allons demander réparation pour les dommages financiers et l’image de la marque Wallonie ternie à l’étranger."

Des prêts d’urgence pour les éleveurs

D’ici la fin de l’enquête judiciaire et d’éventuelles réparations financières, le gouvernement veut parer au plus pressé et sauver l’outil. "La confiance à l’égard du groupe Verbist est rompue. Je ne vois pas comment on va pouvoir retrouver la confiance dans ce groupe. Dans l’immédiat, il n’y a qu’un objectif, c’est l’outil. Il faudra retrouver un repreneur pour préserver l’ancrage local et wallon. L’objectif est que cet outil puisse récupérer ses agréments le plus vite possible pour maintenir l’activité et l’emploi. Il faut envisager une nouvelle structure. C’est tout le travail des managers de crise envoyés par la Sogepa", explique Pierre-Yves Jeholet, tout en reconnaissant qu’il ne voyait pas comment l’Afsca et la justice pourraient accepter de rendre les agréments à l’entreprise sans de véritables changements.

"Il faudra retrouver un repreneur pour préserver l’ancrage local et wallon."
Pierre-Yves Jeholet
Ministre de l’Economie

Concernant l’impact sur le monde bovin et les éleveurs suite à la fermeture de l’abattoir de Bastogne, le gouvernement a validé l’utilisation des prêts d’urgence de la Sowalfin. Le ministre a également demandé une note stratégique à l’Agence wallonne à l’exportation (Awex) afin de "limiter la casse" de cette crise sur l’image du secteur et l’exportation.

En attendant la fin de la crise et le sauvetage des abattoirs de Veviba, l’avenir du modèle agricole fait déjà débat entre les partenaires de la majorité au sein du gouvernement wallon. Au cdH, on estime indispensable d’impliquer des éleveurs et des producteurs dans la gestion des abattoirs et salles de découpe ou de transformation tels que Veviba en créant des coopératives.

Sans complètement fermer la porte au modèle de la coopérative, Pierre-Yves Jeholet s’interroge sur sa viabilité.

Ecolo cible le "système cdH"

La députée Ecolo Hélène Ryckmans a dénoncé mardi dans les colonnes de L’Avenir l’existence d’un "système cdH" passant par Bastogne et l’administration wallonne de l’Agriculture, en lien avec l’entreprise Verbist impliquée dans la vaste fraude.

La députée vise en particulier le bourgmestre de Bastogne et président du cdH Benoît Lutgen. Dans un courrier daté du 4 mai 2017, divulgué par Hélène Ryckmans, le président du cdH a demandé au ministre de l’Agriculture René Collin (cdH), à l’issue d’une rencontre avec Verbist, qu’il envisage "la possibilité de financer" une "étude de préfaisabilité d’un Centre d’interprétation de la viande et d’un Centre d’engraissement permettant la formation et la recherche expérimentation", pour un montant de 50.000 euros.

Dans la foulée, le 9 juin, le chef de cabinet aurait averti le directeur général de la DGO3 (Administration wallonne), étiqueté cdH, que le ministre "marque son accord de principe" à la réalisation de cette étude. "Ces demandes de subsides entre copains, c’est juste hallucinant, surtout quand on sait que le cdH, quelques jours plus tard, allait faire tomber le gouvernement sur des questions de gouvernance", épingle la députée Ryckmans.

Attaqué frontalement, le cdH a fustigé les propos d’Ecolo parlant "de sordides jeux politiques" et de "populisme". Dans un communiqué, les humanistes ont fait savoir que "si Ecolo s’était un peu renseigné, il aurait su que la demande de subside formulée pour le projet de Centre d’interprétation et valorisation de la viande a été formulée pour répondre au manque d’attractivité et aux pénuries d’emploi dans ce secteur. Cette demande était légitime mais ce projet a été abandonné et aucun euro public n’a jamais été versé", estime le parti.

De son côté, le ministre René Collin a été jusqu’à parler "de malhonnêteté intellectuelle" de la part d’Ecolo.


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