La crise des marchés émergents frappe AB InBev au coeur

Une unité d'embouteillage de la bière Carling Black Label en Afrique du Sud. ©Bloomberg

Le géant de la bière a touché mercredi son plus bas niveau depuis quatre ans en Bourse. Les investisseurs s’inquiètent de l’impact de la chute des devises comme le peso argentin et le rand sud-africain.

L’Argentine qui a dû mendier un prêt d’urgence auprès du Fonds monétaire international (FMI), la Turquie qui voit l’inflation grimper en raison de la chute de sa monnaie et l’Afrique du Sud qui, pour la première fois depuis 2009, est tombée en récession. Un marché émergent après l’autre doit faire face à la glissade de sa devise.

Le fil rouge de tout cela, c’est la Réserve fédérale américaine : elle augmente régulièrement ses taux d’intérêt et rend ainsi sa dette -l’investissement le plus liquide au monde- plus attirante. Du même coup, les pays émergents qui ont vécu ces dernières années au-dessus de leurs moyens ont plus de mal à (re)financer leur dette libellée en dollars.

Bourses européennes touchées

La crise des pays émergents touche les Bourses européennes qui connaissent des jours difficiles. Au sein du Bel 20 et de l’Euro Stoxx 50 –l’indice des valeurs vedettes de la zone euro- AB InBev apparaît parmi les plus grands perdants. Mercredi, l'action du plus important brasseur au monde a baissé de 2% à 78,2 euros, son niveau le plus bas depuis plus de quatre ans.

Les analystes de Kepler Cheuvreux et Deutsche Bank, entre autres, ont pourtant réitéré récemment leur recommandation à l’achat pour l’action. Ils reconnaissent toutefois que, dans le même temps, ils sont bombardés de questions par les investisseurs sur l’impact des devises des marchés émergents. Ce qui est logique. AB InBev est sans doute l’action de la zone euro sur laquelle l’investisseur peut, en un seul clic de souris, s’engager sur les marchés de croissance.

Le dernier rapport annuel du brasseur illustre, en détail, cette situation : l’euro représente seulement 2,7% de l’Ebitda de la multinationale. Des devises comme le réal brésilien (16%), le rand sud-africain (5,7%) et le peso argentin (4,3%) pèsent beaucoup plus lourd.

Johannesbourg

Hélas ce clic qui permet en achetant des actions AB InBev de se positionner sur des marchés émergents peut aussi mener dans une autre direction. Alors qu’AB InBev se trouve confronté à une contraction de ses volumes vendus aux Etats-Unis et à une longue récession au Brésil, surgissent maintenant des crises dans des marchés qui sont censés alimenter la croissance.

©MEDIAFIN

Ce n’est pas un hasard si Carlos Brito, le CEO du groupe, a choisi le mois dernier la ville sud-africaine de Johannesbourg pour organiser le journée annuelle des investisseurs. Depuis le rachat de SABMiller, l’Afrique représente un pôle de croissance important. "En 2050, le continent pèsera pour 50% de la croissance de la population mondiale" peut-on lire dans la présentation de Brito.

A côté de l’impact potentiel d’une économie faible sur les ventes, les mouvements brusques des devises comportent un double risque. Il y a le "risque de translation": le peso argentin affaibli, par exemple, se traduit logiquement en cas de ventes stables par moins de dollars, la devise comptable de référence.

Mais il existe aussi un "risque de transaction". L’analyste de Kepler Cheuvreux estime que la moitié environ des coûts de production dans les marchés émergents sont libellés en dollars alors que les ventes le sont en monnaie locale. AB InBev couvre, bien entendu, le risque de change de telle sorte que son impact est reporté de 12 mois.

Cela donne au groupe l’opportunité d’amoindrir cet impact avec des hausses de prix, mais la crise des marchés émergents se fera encore sentir en 2019 avec des relais différés. Il y a des améliorations: la nouvelle brasserie qu’AB InBev a ouverte au Nigeria achète ses matières premières localement à hauteur de 90%.

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