"Le nouveau CEO d’AB InBev ? Un mélange entre Elon Musk, Tim Cook et LVMH"

AB InBev devrait chercher le successeur de Carlo Brito à l'extérieur de l'entreprise ©REUTERS

Qui est la perle rare capable de succéder au patron d’AB InBev Carlos Brito ? Pour les chasseurs de têtes, c’est le top du top des missions. "Pour ce type de poste, personne ne dit jamais ‘désolé, je ne suis pas intéressé’."

"Ce ne sera pas simple. Je pense qu’il n’existe dans le monde qu’une vingtaine de candidats capables de diriger AB InBev. Mais c’est un défi très intéressant. AB InBev est une entreprise emblématique. Il n’arrive pas souvent qu’un poste se libère à la tête d’un groupe de ce calibre. Chaque candidat voudra au minimum que son nom soit repris sur la liste. Pour ce type de poste, personne ne dit ‘désolé, je ne suis pas intéressé’. "This is the best search ever ." Je serais prêt à payer pour obtenir cette mission."

Filip Lerno, ancien "executive searcher" chez Heidrick & Struggles, semble presque euphorique quand il parle du mandat qu’AB InBev aurait lancé pour remplacer son CEO Carlos Brito. Au début de la semaine, le Financial Times a annoncé que Brito quitterait son poste dans le courant de l’année prochaine, pour ensuite siéger au conseil d’administration. C’est au chasseur de têtes Spencer Stuart que ce mandat aurait été confié.

Comment remplacer quelqu’un qui a marqué le groupe de son empreinte pendant 16 ans ? Brito a transformé le groupe brassicole – à l’origine louvaniste – en numéro un mondial, avec des marques iconiques comme Stella Artois, Budweiser et Corona, et plus de 500 bières locales.

"Pour ce type de mandat, il faut toujours commencer par analyser le cui bono: à qui profitera ce changement ?", explique Lerno, qui assure pouvoir s’exprimer librement vu qu’il n’est plus actif dans le secteur. "Ce changement s’explique surtout par le mécontentement de certains actionnaires." Il fait ici allusion au géant du tabac Altria et à la famille Santo Domingo, les deux anciens actionnaires de référence du groupe brassicole sud-africain SABMiller au moment de son rachat par AB InBev. Lors de cette transaction, ils ont reçu du cash ainsi que des actions AB InBev, qui ne pourront être vendues qu’à partir de l’automne 2021. A cause de la chute du cours, la valeur de leurs actions s’est effondrée de 19 milliards d’euros.

Un profil à la Frankenstein

"Vous devez donc regarder le dossier du point de vue de l’augmentation rapide de la shareholder value", poursuit Lerno. "C’est la priorité. Ce sera la tâche du nouveau ou de la nouvelle CEO. Quel est le profil idéal ? J’ai toujours essayé de dresser un profil ‘à la Frankenstein’ avec des parties d’autres CEO ayant réussi dans leur domaine. Je pense donc que le candidat idéal aura un certain pourcentage d’Elon Musk, très inspirant avec sa Tesla. Brito a perdu un peu de cette magie, peut-être parce qu’il s’occupait trop des coûts et de l’EBITDA. Prenez le cours de l’action Tesla, qui a atteint la stratosphère ces dernières années. Tout le monde a les yeux rivés sur l’entreprise. Je prendrais aussi une petite partie de Tim Cook. Apple est devenu une icône grâce à Steve Jobs, mais avec Cook à sa tête, l’entreprise est devenue incroyablement rentable. Et alors, je pense: ‘bon sang, il s’agit de bière’. Ne pouvons-nous pas apporter une meilleure ‘expérience’ aux clients ? Comme chez LVMH. "They don’t sell a handbag, they sell the LVMH way of life." C’est ainsi que j’essaie de visualiser le profil idéal."

"Je ne chercherais certainement pas un candidat interne."
Filip Lerno
ancien chasseur de têtes chez Heidrick & Struggles

L’attribution du mandat à Spencer Stuart laisse penser que l’entreprise cherche un candidat externe. Car au sein de l’équipe dirigeante actuelle, seul Michel Doukeris, qui dirige Anheuser-Bush, pourrait être pris en considération pour succéder à Brito. "Je ne chercherais certainement pas un candidat interne", estime Lerno. "That is more of the same." Certains tabous continueraient à exister. L’entreprise a besoin de quelqu’un qui a l’esprit ouvert. Il ne faut pas non plus chercher le classique ‘Procter & Gamble boy’,  des personnes qui pensent toutes de la même manière. Ici, il faudra changer beaucoup de choses pour réussir."

Besoin d'un visionnaire

S’il s’agissait de son entreprise, Lerno chercherait un "Chief Transformation Officer". "AB InBev a suffisamment d’expérience en leviers financiers et en réduction de coûts. Elle a surtout besoin d’un visionnaire."

Il est probable que le successeur de Brito aura un profil davantage axé sur les ventes et le marketing, estime de son côté Wout Van Impe, associé et directeur de l’entreprise de recrutement Mercuri Urval. "Aujourd’hui, AB InBev ne peut pas rêver d’une meilleure place dans les rayons des supermarchés. Le groupe doit maintenant gagner la sympathie des amateurs de bière qui achètent ailleurs. Le nouveau CEO devra à nouveau apprendre aux consommateurs à choisir intentionnellement les produits d’AB InBev."

"Le nouveau CEO devra à nouveau apprendre aux consommateurs à choisir intentionnellement les produits d’AB InBev."
Wout Van Impe
Associé et directeur de Mercuri Urval

Fabiaan Van Vrekhem, associé du bureau de chasseurs de têtes Accord, ne dit pas autre chose. "AB InBev a besoin d’un passionné des produits, capable de jeter des ponts vers un groupe plus large de consommateurs. C’est la perle rare dont nous parlons. Et tout aussi important: comment ce top manager gérera-t-il son pouvoir ? Comment le vivra-t-il ? Il est important de disposer du bon compas moral, ne fût-ce qu’à cause de l’impact du produit. Cet homme ou cette femme devra être taillé pour cela."

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