Le réveil de la biscuiterie Delacre ne se fait pas sans mal

©Photo News

Depuis qu’elle a quitté le groupe turc Yildiz pour intégrer la structure belge CTH, la biscuiterie Delacre a subi quelques pertes. Le nouveau propriétaire a fait l’effort pour la renflouer et croit en son redéploiement.

Pas toujours aisé, de réveiller une "belle endormie"... L’appellation sied à la biscuiterie Delacre. Cette entreprise belge plus que centenaire (fondée en 1872) est réputée aux quatre coins de l’Europe pour ses produits haut de gamme comme Biarritz, Marquisette ou Delichoc.

Après être passée en plusieurs mains, dont celles de l’Américain Campbell Soup et du Britannique United Biscuits, elle avait fini, comme ce dernier, dans celles du groupe turc Yildiz. Elle avait ainsi été logée dans le holding britannique Yildiz. Puis, à l’hiver 2016, Giovanni Ferrero, le patron du géant agroalimentaire Ferrero (Nutella, Kinder...), l’avait rachetée à Pladis via CTH Invest, sa société d’investissement établie à Bruxelles.

L’homme d’affaires italien, qui réside lui-même en Belgique, s’est donné pour ambition de redonner ses lettres de noblesse à cette belle endormie tout en lui rendant son caractère belgo-belge.

Transition délicate

Seulement voilà, pareil réveil ne se fait pas en un claquement de doigts. Preuves à l'appui: les résultats de la société Biscuits Delacre à l’issue de son premier exercice complet sous la houlette de CTH Invest et de ses fondateurs, Giovanni Ferrero et son épouse Paola Rossi. L’entreprise a quasiment réussi à maintenir son chiffre d’affaires (132 millions d’euros contre 133 millions en 2017), mais a vu ses coûts augmenter de 8,8 millions à 147 millions en raison du changement des structures de vente sur le marché français et les marchés d’exportations, ainsi qu’on peut le lire dans ses comptes annuels 2017.

©Lieven Van Assche

Sortie du périmètre de Pladis, Delacre a dû réorganiser sa distribution. Elle a notamment souffert d’un autre mode d’imputation des coûts de publicité et de promotion, ainsi que des coûts logistiques à la grande exportation. Sa restructuration a aussi entraîné une augmentation de près d’un million d’euros de ses coûts de personnel. Ces dépenses supplémentaires ont percolé dans le résultat d’exploitation, qui est passé d’un an à l’autre d’un profit de 1,9 million à une perte de 13,4 millions. Le résultat net se solde par une perte de 13,9 millions, à comparer avec la perte nette de 1,2 million à fin 2016.

Coup d’accordéon

Reportées, ces pertes élevées ont eu pour conséquence de faire glisser l’actif net de la société à moins du quart du capital social, à 3,3 millions d’euros pour un capital de 27,4 millions, ce qui a déclenché la procédure de la sonnette d’alarme (continuité, article 633 du Code des sociétés).

Giovanni Ferrero ©AFP

Le conseil d’administration a dû se fendre d’un rapport spécial justifiant la poursuite des activités. Il a argué que Biscuits Delacre fait partie d’un groupe de sociétés aux assises financières solides (CTH Invest). Il a aussi annoncé des actions spécifiques pour renforcer ses fonds propres. Et à fin juillet dernier, ses actionnaires réunis en assemblée extraordinaire ont approuvé une série de mesures allant dans ce sens: ils ont augmenté le capital et la prime d’émission de l’entreprise de 7 millions d’euros, avant d’apurer les pertes reportées du même montant en réduisant son capital. Un "coup d’accordéon" qui a permis de remonter l’actif net au-dessus de la moitié du capital social. De quoi repartir sur de meilleures bases.

"On restructure l’entreprise, ce qui est normal," nous dit une source familière de la société. "Quand on veut réveiller une belle endormie, cela ne se fait pas tout seul, mais en fournissant des efforts de réorganisation et de repositionnement."

Les nouveaux propriétaires ont investi dans l’équipe de direction, le personnel, la gamme des produits, le marketing et la publicité. Ils ont aussi acquis des terrains supplémentaires près de l’usine phare de la biscuiterie à Lambermont (Verviers). "Cela reste une très chouette entreprise, avec de très bons produits", poursuit la source. "On peut se réjouir qu’il y ait encore des gens qui se permettent d’investir à long terme en déployant une stratégie familiale, dont les règles ne sont pas de viser un rendement de 15% à court terme, mais de développer une vision à long terme en misant sur la qualité." Autrement dit, 2017 ne devrait être qu’un exercice de transition, avant qu’on assiste au renouveau de la marque Delacre. On pourra le vérifier l’an prochain.

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