Le temps de snober la bière bio en Belgique est révolu

©Brasserie du Lion

La Belgique deviendra-t-elle aussi un paradis pour les bières "bio"? Il reste un marché de niche. Et il ne dépend (toujours) pas des grandes multinationales brassicoles, son potentiel de vente étant trop restreint.

À l’exemple des produits "bio" en général, la bière fait sa percée dans cet univers alimentaire dont les ventes présentent un baromètre à la hausse. Alors, parmi les près de 1.500 bières différentes produites en Belgique, on peut estimer à une cinquantaine celles élaborées selon les règles de l’agriculture biologique.

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Une cinquantaine de bières belges sont élaborées selon les règles de l’agriculture biologique.

C’était en 1990, dans une brasserie du Hainaut occidental rachetée, en 1920, par Alfred Dupont. Jeune maître brasseur, issu de la famille Dupont, Olivier Dedeycker a l’idée, cette année-là, de brasser une bière dont les ingrédients proviennent de l’agriculture biologique. Il est le précurseur belge d’un mouvement qui attire aujourd’hui de nombreux brasseurs à entrer dans cette production de bières biologiques, de plus en plus présentes, tant auprès des magasins spécialisés que des supermarchés. Sans oublier l’export.

Des prélèvements inopinés

Aujourd’hui, une vingtaine de brasseries belges proposent une gamme de bières produites avec des ingrédients issus de l’agriculture biologique. Avec les contraintes que cela entraîne. Car chaque transaction commerciale doit être accompagnée d’un certificat bio officiel, permettant le suivi des ingrédients, et ce du producteur au transformateur. Et chaque année, l’organisme certificateur accrédité visite toutes les brasseries, afin de vérifier l’origine des produits mis en œuvre. "Et des prélèvements inopinés peuvent également intervenir à tout moment", précise Olivier Dedeycker. Et justement, ces matières premières (houblon, orge), est-il aisé de s’en procurer dans cette démarche bio? "Lorsque j’ai débuté en décembre 1990, il était difficile d’en trouver. D’abord, ce fut en Autriche et puis en achat direct auprès d’un producteur allemand. Mais avec l’engouement, depuis une dizaine d’années, pour la production de bières bio, les achats sont plus aisés, l’offre s’est étoffée", nous dit le gérant de la brasserie Dupont.

Avec une consommation, celle de la bière en général, qui a tendance à diminuer en Belgique, le créneau des bières bio – s’il reste totalement marginal – progresse ses ventes tous les ans. Il attire aussi une clientèle différente. "Des consommateurs qui font leurs achats dans des magasins dédiés aux produits bio en général. Mais il fut un temps guère lointain où l’on constatait une fixation – négative – sur le bio en général. Aujourd’hui, on constate une ouverture d’esprit même si les consommateurs de bières de type ‘conventionnel’ ne semblent guère adhérer, dans leur majorité, à ce mouvement", précise encore O.Dedeycker.

Et la grande distribution?

Nos grandes enseignes se doivent de suggérer quelques références bio dans leurs rayons.

Si les brasseurs belges de bières biologiques sont majoritairement présents dans des circuits commerciaux dédiés aux produits bio (comme la chaîne "Bio-Planet", appartenant au groupe Colruyt, qui propose une trentaine de bières bio), nos grandes enseignes se doivent à présent de suggérer quelques références dans leurs rayons. C’est le cas de Delhaize qui accueille déjà de très nombreux clients pour ses produits bio en général. Avec quatre références nationales (des marques Ginette et Belgoo Bioloo, toutes deux brassées à "La Binchoise"), l’enseigne au lion va bientôt en introduire une cinquième, la Lupullus Organicus. "Les ventes sont positives. Nos clients sont sensibles, de plus en plus, à l’origine des produits et à la valorisation du travail d’artisans. Les bières biologiques rentrent dans ce créneau et bénéficient de l’engouement actuel des microbrasseries", commente Florence Maniquet, porte-parole de Delhaize. Une des bières vendues par ce distributeur, la Ginette, a été rachetée, voici quelques mois, par le géant AB InBev qui fait ainsi son entrée dans l’univers des bières biologiques. Chez Cora (sept magasins en Belgique), les ventes restent "très confidentielles" pour l’acheteur, Marc-Antoine Bertrand. Une dizaine de références qui vont bientôt déménager du rayon "bières" dans une zone exclusivement réservée aux produits issus de l’agriculture biologique. Quant à Makro, "il n’y a pas de demande", d’après le porte-parole de l’enseigne. Ni bières, ni vins "bio" donc…

♦ La Brasserie du Lion (Waterloo)

En février 2016, deux jeunes entrepreneurs issus de l’UCL, Alexis Brabant et Laurent de Volder, lançaient deux bières suite à un projet de mémoire. En janvier de cette année, ils passèrent en bio pour leurs "Blanche 5" et "Blonde 8": à la demande de l’export et notamment du Japon. Une démarche qui va plus loin que la simple bière: panneaux photovoltaïques, récupération de l’eau de pluie sur leur site de production. Clips des bières en plastique recyclable 100% et une originale bouteille en alu (PMC) également 100% recyclable et plus légère que la classique bouteille en verre. Des bières produites avec des levures à champagne.

♦ Grisette blonde et blanche, brasserie St-Feuillien

Dans le monde des bières blanches, la concurrence est rude. La brasserie du Roeulx en propose donc une bio. Estivale, fraîche, aux notes fromentacées, elle est aussi légère en alcool (5,5°). Tout comme sa sœur, la Grisette blonde, présentée sans gluten. Elles sont toutes deux embouteillées en 25cl et ont été gratifiées d’un "World Beer Awards" en 2016 (la blonde élue même "meilleure bière au monde" dans la catégorie "speciality beer"). Les ventes? "Elles ont progressé de 50% en un an, surtout en Wallonie et en France. Et chaque année, l’organisme certificateur (Certisys) visite la brasserie pour un audit", précise Dominique Friart, administrateur délégué de la brasserie.

♦ "Moinette" biologique

Non, ce nom n’a pas été inspiré par l’épouse d’un moine… Cette bière est devenue un grand classique des bières biologiques belges. Produite par haute fermentation, elle développe des arômes fruités de malt et se termine par une fine amertume amenée par le houblon. Son succès est international puisqu’elle est exportée, notamment, en France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada, Italie…

♦ Cantillon et son lambic bio

©Brasserie Cantillon

Depuis 1999, la famille Van Roy s’est mise au bio pour son célèbre lambic. Une de nos dernières brasseries de gueuze "artisanale" produit ses bières à partir de céréales issues de l’agriculture biologique. Mais pas les bières à fruits: l’offre de framboises et de cerises "bio" reste confidentielle. Gros succès, également, à l’étranger. La brasserie bruxelloise est aussi un "musée vivant" de la gueuze, qu’on visite.

♦ Lupulus "Organicus", brasserie les 3 Fourquets

Pierre Gobron fut l’un des créateurs de la célèbre "Achouffe". Aujourd’hui, la marque a été revendue au groupe Moortgat-Duvel. Et désormais, le brasseur de Bovigny (province de Luxembourg) brasse, depuis dix ans, les bières Lupulus dont cette "organicus" (8°5). Lupulus? C’est le nom latin du houblon. Et cette bière, effectivement, doit son caractère et sa complexité grâce à un apport important de cette matière première légendaire dans le monde brassicole. Non filtrée, non pasteurisée, elle se différencie par une amertume prononcée en fin de bouche.

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