Les produits labellisés équitables se vendent de mieux en mieux

Le Ghana et la Côte d’Ivoire ne vendront plus leur cacao à moins de 2.600 dollars la tonne pour mieux rémunérer leurs producteurs. ©© Godong

La situation dramatique de leurs producteurs de cacao a fini par pousser la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux, à réagir. Ils viennent de prendre une décision historique en annonçant qu’ils ne vendraient plus leur cacao en deçà de 2.600 dollars la tonne – le cours actuel du marché tourne autour de 2.400 dollars la tonne –, afin de mieux rémunérer les agriculteurs.

En attendant la mise en place de ce prix minimum, la vente des récoltes prévue pour 2020-2021 est carrément suspendue. Une telle initiative est un révélateur de la gravité du problème, qui rend d’autant plus nécessaire l’instauration d’un commerce plus équitable, estime en substance Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium.

Cette ONG internationale veille précisément à assurer aux producteurs du Sud une rémunération leur assurant une qualité de vie un tant soit peu correcte.

En Belgique, la notion de commerce équitable n’a plus rien d’abscons aux yeux du grand public. En 2018, les volumes de ventes des trois principaux produits labellisés Fairtrade – la banane, le café et les produits à base de cacao – ont progressé de 26% à 23.800 tonnes.

En chiffre d’affaires, ces trois produits ont rapporté environ 169 millions d’euros (+ 16%). Une croissance due à plusieurs facteurs: la confiance de plus de neuf Belges sur dix au célèbre label noir, bleu et vert de Fairtrade (ex-Max Havelaar), une plus grande variété dans l’offre de produits équitables et l’implication croissante de l’industrie et de la grande distribution, dont l’offre en rayon tend à s’étoffer. Aldi, par exemple, ne vend plus que des roses labellisées Fairtrade.

L’action des pouvoirs publics peut aussi constituer un adjuvant. "La dynamique mise en place grâce à la campagne ‘Beyond Chocolate’ lancée par le ministre (de la Coopération) Alexander De Croo pour rendre le chocolat belge plus durable va dans le bon sens", souligne Nicolas Lambert.

Une prime record

Davantage que le chiffre d’affaires, les responsables de Fairtrade Belgium centrent surtout leur attention sur la prime Fairtrade qui s’ajoute au prix payé aux producteurs. En 2018, la prime versée par l’ONG belge a atteint 2,7 millions d’euros (+ 17 %). Une prime record, trois fois plus élevée qu’en 2008.

Il reste néanmoins de gros efforts à faire. La part de marché des produits équitables est encore trop faible. "Au niveau européen, la Belgique est en milieu de peloton. Les plus en avance sont les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Pays-Bas) et les pays nordiques, alors que les pays du Sud sont plus à la traîne. Mais tout le monde progresse", explique Nicolas Lambert.

"Les prix mondiaux du café sont à moins d’un dollar la livre. Il faudrait que les producteurs reçoivent 2 dollars par livre pour pouvoir vivre décemment."
Nicolas Lambert
directeur de Fairtrade Belgium

Le produit Fairtrade qui se vend le mieux est la banane (18 % de part de marché). Bien, mais peut mieux faire, si l’on regarde le Luxembourg par exemple, où les bananes équitables représentent 50% du marché.

Le chocolat (4,6% de part de marché) et le café (3,9%) font figure de parents pauvres. Le marché des produits équitables est entré dans les mœurs, il doit à l’évidence atterrir plus massivement dans le panier du consommateur.

D’autant que la situation des producteurs de cacao et de café est dramatique. "Les prix mondiaux du café tournent à moins d’un dollar la livre. Il faudrait que les producteurs reçoivent 2 dollars par livre pour pouvoir vivre décemment. Dans la situation actuelle, nombre d’entre eux arrêtent la production parce qu’elle ne leur permet pas de vivre", souligne Nicolas Lambert.

Tout l’enjeu est de trouver un équilibre permettant d’assurer un prix juste aux producteurs sans faire fuir les consommateurs. "Le commerce équitable est un engagement à long terme. Il faut donc une stabilité du marché, et donc veiller à ce que les augmentations de prix restent réalistes." Le nombre des intermédiaires dans la chaîne commerciale n’arrange sans doute pas les choses non plus.


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