Nouvelle crise dans un abattoir wallon

©Bloomberg

Delhaize et Colruyt, deux clients de l’ex-Derwa, spécialisée dans la transformation de la viande, lui ont tourné le dos. L’Afsca menace de lui retirer son agrément.

Mauvais temps pour Viande de Liège qui gère une salle de découpe de viande de bœuf à Liège. Selon nos informations, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a désavoué vendredi l’organisme de certification en charge du système d’autocontrôle de la salle de découpe de l’ex-Derwa qui travaille avec l’intercommunale des abattoirs publics de Liège.

Le gendarme de la sécurité alimentaire aurait pris cette décision après avoir constaté des défaillances dans la procédure de contrôle, notamment en matière d’hygiène, après des audits annuels. L’Afsca a donc repris à son compte le système d’autocontrôle de l’ex-Derwa, spécialisée dans la transformation de la viande et reprise, il y a quelques semaines par Belgian Meat Partners, un consortium d’investisseurs belges.

"Viande de Liège a 15 jours pour se mettre en ordre s’il veut garder son agrément."
Jean-Sébastien Walhin
Afsca

Contactés par nos soins, ses dirigeants confirment l’information, mais se veulent rassurants. "Nous n’avons pas du tout perdu notre agrément et la production sur le site de Liège n’est pas du tout à l’arrêt. Il y a eu un problème entre l’Afsca et l’opérateur de certification. La certification est liée à un cahier des charges qui diffère selon les enseignes de grande surface. Manifestement, l’Afsca n’est pas satisfaite du travail de l’organisme certificateur, mais la suspension du travail de la salle de découpe est une question de quelques jours. C’est juste une question de cadence", nous a rétorqué Pascal François, porte-parole de Belgian Meat Partners.

15 jours pour se conformer

Pascal François assure encore que les autres membres du consortium ont pris les dispositions nécessaires pour répondre aux demandes des clients. "Ils sont contents d’avoir des partenaires qui prennent leurs responsabilités. Nous sommes en train de réaliser un plan d’investissement de 4 millions d’euros pour moderniser nos outils et, une fois que ce sera fait, nous rattraperons rapidement les choses", précise-t-il.

Delhaize et Colruyt, deux clients de Viande de Liège, affichent leur mécontentement. Ils ont déjà pris leurs distances vis-à-vis de la firme liégeoise. Le ton rassurant du porte-parole de la firme Derwa dénote avec l’analyse de Delhaize. "En reprenant à son compte le système d’autocontrôle de la salle de découpe de Belgian Meat Partners à Liège, elle perd son label Belbeef. Cela nous pose un problème. On ne peut plus travailler avec eux. Nous avons décidé de faire appel à un nouveau partenaire pour réaliser le travail afin de ne pas pénaliser nos magasins à Liège. Il n’y a aucun souci pour nos clients et la sécurité alimentaire n’est pas menacée", nous a confié Roel Dekelver. D’après lui, il s’agit d’une mesure de précaution pour éviter tout problème. La chaîne va demander des comptes à Viande de Liège.

"On suit la situation de très près et on attend des nouvelles, nous a confié Hanne Poppe, responsable presse du groupe Colruyt. Avec la perte de son autorisation, le fournisseur ne répond plus à notre cahier de charges (Belbeef) et nous avons suspendu la collaboration. Nous cherchons des solutions pour le volume traité par eux un volume limité. La plupart de la viande dans nos magasins (98%) vient de notre propre salle de découpage."

Mais les acteurs du secteur ne voient pas comment l’Agence pourrait ne pas retirer l’agrément de la salle de découpe, car les installations des abattoirs ne sont pas concernées. "La balle est dans le camp des dirigeants de la salle de découpe. On leur a donné un dernier délai de 15 jours par courrier recommandé pour se mettre en ordre. À défaut, nous allons retirer les agréments", nous a répondu Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l’Afsca. Il refuse d’entrer dans les détails d’un dossier jugé compliqué. Mais selon des sources proches, la salle de découpe de Belgian Meat Partners traîne d’innombrables infractions. Ce sont les derniers contrôles des 29 et 30 mai qui ont décidé l’Agence à envoyer le courrier de sommation aux dirigeants.

Une renommée qui se dégrade

La crise qui secoue l’ex-Derwa n’est pas la première et risque de porter un sérieux coup à la renommée de la firme liégeoise de transformation de viande. Suite à plusieurs contrôles négatifs, La Vieille Abbaye, un de ses ateliers, avait perdu son agrément à l’automne dernier. La firme l’avait récupéré après un recours au Conseil d’État gagné en raison de "failles dans les procédures". Auparavant, elle avait vendu des charcuteries dont la conformité ne pouvait être garantie. Elle était soupçonnée d’intégrer des restes de jambon congelés dans du saucisson en dépit du dépassement de leur date de péremption.

En mars dernier, à la surprise des acteurs du secteur, un consortium de 5 partenaires belges reprend l’ex-Derwa, malgré ses pertes de quelques millions d’euros. Il s’agit de Groep De Brauwer, Euro Meat Group, Q-Group, Piron-Gotta et Sobemax, des sociétés spécialisées dans la transformation de viande, regroupées au sein de "Belgian Meat Partners". Ils la rebaptisent "Viande de Liège" et décident d’y injecter 4 millions pour moderniser les outils.

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