Wanted: l'alimentaire recrute en masse

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Si le secteur de l’alimentaire se porte relativement bien, il doit accuser un énorme manque à combler en termes d’emploi. Le problème du recrutement représente un des freins majeurs à sa croissance. Les profils techniques sont les plus recherchés mais on recrute dans plus de 400 postes différents. L’alimentaire doit aussi faire face aux taxes favorisant les achats transfrontaliers.

En voilà une nouvelle appétissante: les voyants de l’alimentaire sont au vert. C’est désormais le premier secteur industriel en termes d’investissements, avec 458 millions d’euros en 2017, une hausse de 20,2%. Le chiffre d’affaires de l’industrie alimentaire wallonne a aussi grimpé de 4% pour atteindre 8,7 milliards d’euros. Quant à l’emploi, le secteur note une amélioration de 4,4%. Les chiffres de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge, font tourner les têtes.

1.500 emplois
C’est le nombre d’emplois vacants au quotidien dans l’industrie alimentaire belge au niveau national.

Mais l’avenir pourrait aussi donner la migraine. En cause: une pénurie de jeunes travailleurs aux profils adaptés. Des qualifiés provenant des filières STEM (sciences, technologies, mathématiques et ingénierie) mais aussi des postes pour la production, la logistique et la transformation de viande. "Au niveau national, on a au quotidien 1.500 emplois vacants", explique Jean Eylenbosch, président de la Fevia et CEO de Coca-Cola Entreprises Belux.

Cette pénurie représente un véritable frein pour la croissance du secteur. Le vieillissement des travailleurs inquiète: alors que l’industrie n’attire plus les jeunes, la part des travailleurs de plus de 50 ans ne fait qu’augmenter… jusqu’à ce qu’ils partent à la retraite dans 10 ans. La solution: un recrutement en masse, dès aujourd’hui. "L’important c’est de redonner plus de goût pour ce secteur qui est très varié. Ça va de l’artisanat presque primaire à la haute technologie. Il y a donc plus de 400 professions différentes dans le métier, il y en a vraiment pour tout le monde, il faut y accéder", déclare le président de la Fevia.

Un secteur dont on ne parle pas assez dans les écoles et les universités. Sachant qu’il s’agit là d’un domaine qui s’invite littéralement chez le consommateur, dans son frigo et sur sa table, l’alimentaire souffre d’un paradoxe à donner une indigestion. "Ça fait tellement partie du quotidien qu’on n’y pense plus", avance Jean Eylenbosch.

Pour resensibiliser à ce secteur, la Fevia vise des actions pour mieux faire connaître ces métiers: des concours à l’innovation organisés chaque an pour l’enseignement secondaire et supérieur ainsi que des "Food At Work Days", des journées de découverte de l’industrie alimentaire. Elle mise aussi sur des formations en alternance pour que l’enseignement s’adapte aux besoins du secteur. Le but est de convaincre les professeurs de l’attrait de cette entreprise… pour qu’ils puissent à leur tour communiquer cet intérêt à leurs élèves.

Une fois n’est pas coutume, la Fevia collabore aussi avec le Forem pour un meilleur "matching" (exactement comme sur Tinder) entre les demandeurs d’emploi et les offres des entreprises. Et s’associe avec le ministre de l’Économie et de l’Emploi Pierre-Yves Jeholet pour son opération coup-de-poing sur les métiers en pénurie. "L’alimentaire affamé de nouveaux travailleurs", nouveau slogan de la Fevia?

Non à la hausse des taxes

Un autre obstacle que doit surmonter l’industrie: les taxes, accises et charges en tous genres qui rongent l’industrie alimentaire. Taxe santé, accises sur les boissons ou l’emballage, le but est le même: "combler le déficit de l’État. Le gouvernement l’admet lui-même, ce sont des taxes budgétaires. Il leur donne simplement des noms pour vendre ça au grand public", confie Jean Eylenbosch. Résultat: les produits sont plus chers, le consommateur va donc voir ailleurs, dans les pays transfrontaliers. Ces achats à l’étranger ont augmenté de 50% depuis 2008. La définition même de la contre-production. Le président de la Fevia se réjouit tout de même que le dernier budget fédéral n’ait pas instauré de nouvelles taxes… Jusqu’au prochain gouvernement?

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