interview

"A l'heure des circuits courts, boire de l'eau importée n'a plus de sens" (Marc du Bois, Spadel)

©Kristof Vadino

Au cœur de l’hiver, il a fait partie des patrons signataires de la pétition "Sign for my Future" pour une politique climatique forte. Marc du Bois, le CEO de Spadel, entend accélérer la transition du premier producteur belge d’eau minérale (949 millions de litres par an) vers l’économie circulaire et les circuits courts.

Rencontré durant l’été à Spa, Marc du Bois nous a emmené sur les hauteurs de Malchamp, où est extraite la Spa Reine, pour montrer sur le terrain l’importance qu’il attache à la protection des sols pour préserver la qualité des eaux. "Il pleut beaucoup à Spa, raconte-t-il. L’eau rencontre tout d’abord la sphaigne, une véritable éponge qui peut absorber jusqu’à 10 fois son volume. Elle passe ensuite dans la tourbe, puis dans du sable et de l’argile. L’eau de Spa est faiblement minéralisée et descend pendant 30 à 50 ans jusqu’à la nappe phréatique."

Quelle protection assurez-vous à l’eau que vous extrayez du sol?

À Spa, nous disposons d’une zone de protection de 13.000 hectares, soit l’équivalent de 26.000 terrains de football. Aucun concurrent n’a une zone de protection plus grande. Spadel a été jusqu’à racheter des fermes pour pouvoir arrêter toute activité agricole et garantir ainsi que des intrants agricoles ne percolent pas dans les nappes phréatiques.

"Le problème, ce sont surtout les petits emballages."

Ces mesures ont été exportées à Stoumont, où est produite la Bru, en France, dans le parc régional Ballons des Vosges où est produite la Carole et au Pays de Galles.

La préservation de l’environnement passe aussi par la préservation des ressources en eau. Comment pouvez-vous assurer que l’extraction des eaux ne nuit pas aux nappes phréatiques?

La protection des ressources est un élément déterminant dans la politique d’expansion de Spadel. Nous déployons notre activité là où nous recevons une autorisation de pompage. Et nous n’embouteillons que la partie renouvelable de la nappe aquifère. En clair, c’est comme si vous réalisiez un placement de 1.000 euros qui vous rapporte 100 euros d’intérêts et que vous n’utilisez que ces 100 euros sans toucher au capital. J’ajoute que l’eau puisée doit se gérer avec précaution et respect. Nous avons atteint à ce jour un ratio de 1,6 litre d’eau pompée pour un litre d’eau produite, ce qui n’est pas mal.

Spadel se vante aussi d’être déjà neutre en carbone, avec compensation en tout cas. Quelle stratégie appliquez-vous pour y arriver?

Nous avons fait le choix de ne pas exporter nos marques à travers le monde. La stratégie de Spadel, c’est de s’appuyer sur des marques régionales fortes: Spa et Bru au Benelux, Wattwiller et Carola dans l’est de la France, Brecon Carreg au Pays de Galles, Devin en Bulgarie.

À l’ère de l’expansion de la notion de circuits courts, cela n’a pour moi aucun sens de boire de l’eau importée. Il y a, en Belgique, trois grands producteurs d’eau minérale naturelle: Spa-Bru, Chaudfontaine (Coca-Cola) et Valvert (Nestlé), auxquels s’ajoutent deux ou trois petits producteurs en Flandre. La diversité du marché belge est donc bien suffisante.

Vient se greffer sur tout cela la question des emballages…

Les phrases clés

"Nous n’embouteillons que la partie renouvelable de la nappe aquifère. En clair, nous ne touchons pas au capital."

"Nous avons fait le choix de ne pas exporter nos marques à travers le monde. La stratégie de Spadel, c’est de s’appuyer sur des marques régionales fortes."

 

L’erreur qu’a commise l’industrie, c’est de ne pas avoir légitimé l’emballage. Pour protéger l’eau minérale naturelle, il faut un contenant qui assure la pureté originelle pendant un ou deux ans. Le problème, ce sont surtout les petits emballages. L’industrie – et peut-être le consommateur – a créé l’égoïsme de consommation en multipliant les petits conditionnements.

L’avenir, c’est quel type d’emballage

Ce n’est en tout cas pas la canette. Nous n’en proposons pas parce que c’est le pire des emballages sur le plan du développement durable. Par contre, l’empreinte carbone d’une bouteille en PET est meilleure que celle du verre consigné, notamment en raison des doubles trajets des vidanges.

L’enjeu, c’est le taux de recyclage?

Nos bouteilles en plastique sont déjà constituées à 100% de PET recyclable. D’ici 2025, elles seront constituées de 100% de plastique recyclé.

Votre action environnementale va-t-elle plus loin?

Oui. Dans chaque commune où nous sommes présents, nous mettons en place un plan zéro déchet. Dans les pays où nous sommes présents, nous contribuons à des programmes éducatifs. Au niveau planétaire, nous cofinançons la construction d’un bateau qui ira nettoyer les océans.

La meilleure protection de l’environnement ne serait-elle pas finalement l’eau du robinet?

L’eau du robinet a des atouts et des inconvénients. Il y a un respect mutuel, on ne se critique pas. L’eau du robinet est bien sûr moins chère, mais sa production passe notamment par l’utilisation d’eaux de surface. Et il y a une déperdition moyenne de 27% entre la production et la distribution.

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