À Louvain-la-Neuve, la ferme de Lauzelle prépare le maraîchage de demain

La ferme de Lauzelle cultive une soixantaine de légumes, 25 plantes aromatiques et 8 fleurs. ©UCL

Transformer un édifice datant du XIIe siècle en un laboratoire de l’agriculture maraîchère de demain: la ferme universitaire de Lauzelle, propriété de l’UCLouvain depuis 1968, entame une nouvelle vie.

L’université de Louvain-la-Neuve a entamé il y a deux ans les travaux de réhabilitation devant rendre la ferme à sa fonction première: la production agricole.

C’est aujourd’hui chose faite: la ferme de Lauzelle est devenue un centre de recherche "in situ" qui doit permettre aux chercheurs de l’université de tester, les pieds dans les bottes, les différentes solutions de production maraîchère, leur impact sur le climat et leur viabilité économique.

"Il s’agit d’une vraie ferme, soumise notamment aux contrôles de l’Afsca et qui recevra le label bio au début du mois prochain. Mais c’est avant tout un lieu de recherche et de service à la société qui permettra de mieux comprendre les performances et les contraintes d’une ferme en maraîchage bio", explique Philippe Baret, doyen de la faculté des bioingénieurs à l’UCLouvain.

Pas question, donc, que la production aille concurrencer les producteurs sur les marchés. Elle est écoulée via la Louvain House, le restaurant du personnel de l’UCLouvain.

L’idée, c’est de nouer des liens de collaboration avec les maraîchers. "Le partenariat ne porte pas sur des transferts de production, mais de connaissance, précise Adrien Dockx, responsable du projet. Une université peut se permettre de prendre des risques, de se tromper et de recommencer jusqu’à développer des techniques qui tiennent la route."

Cultures associées

Des recherches sont ainsi menées en collaboration avec des maraîchers et maraîchères en Wallonie et à Bruxelles. Elles portent notamment sur des associations de légumes. Des tests de cultures associant oignons et carottes sur un même lopin sont actuellement en cours sur 11 exploitations de maraîchers partenaires. "Associer des cultures en maraîchage permet d’accroître le rendement sans devoir recourir aux pesticides. Les oignons, par exemple, permettent d’éloigner les insectes nuisibles pour les carottes", explique Céline Chevalier, une doctorante dont la thèse porte sur les associations de légumes.

"La ferme permettra de mieux comprendre les performances et les contraintes d’une ferme en maraîchage bio."
Philippe Baret
Doyen de la faculté des bioingénieurs à l’UCLouvain

Cette technique simple à première vue n’en est encore qu’à ses prémices. "Nous testons actuellement 16 associations différentes sur la base de la praticabilité spatiale. Mais les problèmes à résoudre sont complexes, et il y a très peu d’informations scientifiques sur les cultures en maraîchage", dit-elle.

Outre les bioingénieurs, qui pourront y réaliser des travaux pratiques, la ferme de Lauzelle permettra aussi d’aborder le champ économique. Des collaborations sont prévues avec la Louvain School of Management sur les ventes en circuit court. Autour de la ferme, les 50 ares cultivés à ce stade – sur trois hectares disponibles – permettent de produire une soixantaine de légumes (laitues, oignons, carottes, épinards, tomates, etc.), 25 plantes aromatiques et… 8 fleurs comestibles (capucines, bleuets, pensées, etc.).

Avec la ferme de Lauzelle, dédiée à la culture maraîchère bio, l’UCLouvain couvre désormais, sur une centaine d’hectares, tout l’écosystème de la production agricole. Le centre de Marbaix, à Corroy-le-Grand (90 hectares), se consacre en effet aux grandes cultures et à l’élevage – l’université vient d’acheter 30 vaches limousines pour assurer la production de fumier bio. L’université néolouvaniste dispose en outre de serres dont la qualité est reconnue partout en Europe.

Cette diversité doit permettre de couvrir tous les aspects de la production agricole. "À la ferme de Lauzelle, nous voulons montrer qu’il y a des différences entre les cultures bio sur des grandes surfaces et les cultures maraîchères diversifiées. Celles-ci sont plus favorables à la biodiversité", souligne Philippe Baret.

À ce stade, la ferme de Lauzelle se passe par contre de serres. "Nous ne voulons pas recourir à des serres en plastique. Mais nous comptons étudier d’autres solutions alternatives, par exemple dans le verre", précise le doyen de la faculté des bioingénieurs.

Ce ne sera pas pour tout de suite. Dans un premier temps, il faudra étendre la surface de production. "L’objectif, c’est de couvrir 3 hectares, dont un hectare de verger", dit Adrien Dockx.

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