AB InBev change de numéro 2 et chouchoute son numéro 3

Carlos Brito et Felipe Dutra (à dr.) ont formé 15 ans durant un duo d'enfer. ©Thierry du Bois

Le brasseur belgo-brésilien annonce le remplacement de son directeur financier trois semaines avant de dévoiler ses résultats 2019. Un timing qui interpelle. Certains analystes s'interrogent dès lors sur la solidité de la position du CEO.

Le premier brasseur mondial va hériter d'un nouveau numéro 2 dès sa prochaine assemblée générale, le 29 avril. Ce jour-là, Fernando Tennenbaum succédera à Felipe Dutra comme directeur financier d'AB InBev. L'événement scellera la fin d'une collaboration de plus de 15 ans avec le CEO Carlos Brito: les deux Brésiliens dirigeaient en effet le groupe depuis 2005. Ils incarnaient tous deux la fantastique réussite de cette fusion entre un brasseur belge (Interbrew) et des banquiers d'affaires brésiliens qui s'étaient improvisés brasseurs en reprenant Brahma (Ambev). Durant ces quinze ans, sous la direction du duo, AB InBev a tour à tour absorbé l'américain Anheuser-Busch, le mexicain Modelo et l'anglo-sud-africain SABMiller. Il est devenu le premier brasseur mondial et un des premiers producteurs de biens de consommation courante. Difficile de rêver mieux.

Le départ annoncé du CFO n'a donc rien d'anodin. En même temps, AB InBev a dévoilé ce jeudi deux autres modifications dans son équipe de direction: David Almeida, qui était jusqu'ici directeur des ressources humaines et de la stratégie, devient responsable de la stratégie et de la technologie, tandis que Nelson Jamel, qui vient du management de la Zone Amérique du Nord, reprend les ressources humaines. La garde rapprochée de Carlos Brito se résume désormais à trois hommes: le nouveau CFO Fernando Tennenbaum, David Almeida et John Blood, le chef Legal & Corporate Affairs. Les autres dirigeants se situent un étage en dessous, formant ce que le groupe appelle dans son jargon le "Senior Leadership Team".

15 ans
Durée du mandat du CFO d'AB InBev
Felipe Dutra aura été CFO d'InBev, puis d'AB InBev durant 15 ans. Auparavant, il avait dirigé les finances du brasseur brésilien Ambev pendant 6 ans, de 1999 à 2005.


Sacrifié?

Officiellement, Felipe Dutra s'en va de son propre chef"Felipe estime que le moment est venu d'entreprendre de nouveaux projets et nous respectons sa décision", souligne Brito dans le communiqué. Officieusement, analystes et experts s'interrogent: le CFO ne paie-t-il pas le prix pour avoir laissé la dette du groupe s'emballer? Et pour l'avoir contraint à diviser son dividende par deux, le genre de mesure que les actionnaires n'apprécient jamais? C'est l'acquisition de SABMiller en 2016 qui a pesé lourd dans le bilan. Elle a été réalisée alors qu'AB InBev n'avait pas fini de ramener à un niveau raisonnable la dette qu'il avait héritée du rachat d'Anheuser et Modelo. Du coup, le groupe s'est retrouvé endetté à hauteur de près de 100 milliards d'euros, deux fois plus qu'au lendemain de l'acquisition du brasseur américain.

"Felipe estime que le moment est venu d'entreprendre de nouveaux projets et nous respectons sa décision."
Carlos Brito
CEO, AB InBev


Après la cession de ses activités en Australie et l'introduction en Bourse de ses opérations en Asie en 2019, sa dette a été ramenée à quelque 87 milliards d'euros, ce qui reste énorme. Suite à cela, elle campe toujours aux environs de 4 fois l'Ebitda du brasseur, alors que celui-ci a pour objectif de ne pas dépasser un ratio de 2.

Mais si cette analyse est la bonne, est-il logique que Felipe Dutra soit le seul à être sacrifié? Le CEO ne devrait-il pas partager son sort? Jusqu'ici, le destin professionnel des deux hommes semblait intimement lié. "Le timing (de l'annonce) est étrange car AB InBev publiera ses chiffres le 27 février, commente Reginald Watson, analyste chez ING. Le départ est prévu pour le 29 avril. En raison du fort tandem formé par Brito et Dutra, il n’est pas illogique pour les investisseurs de se demander si Brito sera la prochaine personne à prendre la porte."

"En raison du fort tandem formé par Brito et Dutra, il n’est pas illogique pour les investisseurs de se demander si Brito sera la prochaine personne à prendre la porte."
Reginald Watson
analyste, ING


Quid de Brito?

Les analystes de la banque Jefferies n'hésitent pas à aller un pas plus loin. Ils se demandent si David Almeida ne sera pas le prochain CEO du groupe. Parce que contrairement à la plupart de ses rivaux au sein du management, le nouveau numéro 3 d'AB InBev a déjà assumé des responsabilités très variées: finances, direction de zone géographique, stratégie, ressources humaines, technologie... Et dans son nouveau rôle, il pourra contribuer à digitaliser le groupe. "Je suis impatient de diriger les opérations (...) pour transformer notre entreprise grâce à la technologie et à l'analyse", dit-il dans le communiqué. Il réunirait donc les qualités requises pour reprendre les commandes du groupe.

D'autres estiment au contraire que Carlos Brito va continuer, à 59 ans, de diriger AB InBev comme il l'a fait ces 15 dernières années. "Nous n’attendons pas de changements majeurs en raison du départ (du CFO), soulignent ainsi Alan Vandenberghe et Wim Hoste, analystes chez KBC Securities. Nous rappelons que le groupe continue de se concentrer fortement sur la réduction de sa dette."

Qui a raison? Les paris sont ouverts. 

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