La pandémie a coûté la moitié de son profit à AB InBev

Le CEO d'AB InBev Carlos Brito table sur une croissance des revenus et des bénéfices en 2021 malgré une pression accrue sur les marges. ©Bloomberg

AB InBev a fait de la résistance au quatrième trimestre. Bien que fort impacté par la pandémie en 2020, il s'estime paré pour la relance.

Confronté à l'impact de la crise sur ses marchés lors des deux confinements, le brasseur AB InBev a fait preuve d'une certaine résilience en fin d'année. Il a fait mieux que prévu en volume et en revenus au quatrième trimestre 2020 avec des volumes totaux en hausse de 1,6% et un chiffre d’affaires en progression de 4,5%, contre respectivement 0% et +1,8% attendu par les analystes (consensus).

Il a fait un peu moins bien que le consensus au niveau des résultats trimestriels avec un ebitda de 5,06 milliards de dollars, en repli de 2,4%, contre -1% attendu, et un bénéfice par action normalisé de 1,08 dollar, contre 1,11 dollar prévu.

46,8 milliards de revenus en 2020

Sur l’année entière, on retrouve le même schéma. Le groupe belgo-brésilien a vu ses volumes et ses revenus reculer moins que ce qu’attendaient les analystes: -5,7% pour ses volumes totaux, à 530 millions d'hectolitres, contre -6,1% attendu, et -3,7% pour son chiffre d’affaires, à 46,8 milliards de dollars, contre -4,5% attendu.

3,8 milliards
de dollars
AB InBev a réalisé un bénéfice normalisé de 3,8 milliards en 2020, contre 8 milliards un an plus tôt.

En revanche, AB InBev a manqué de peu les prévisions des analystes en termes de résultats: à 17,3 milliards de dollars, son ebitda a cédé 12,9%, contre 12,8% prévu, et son bénéfice par action s’est fixé à 1,91 dollar, contre 1,93 dollar attendu et 4,08 dollars un an plus tôt.

Le premier brasseur mondial a réalisé un bénéfice normalisé de 2,15 milliards de dollars au quatrième trimestre, en forte hausse par rapport au mauvais 4e trimestre 2019 (962 millions), et de 3,8 milliards de dollars sur l'exercice entier, en baisse de plus de 50% par rapport à 2019 (8 milliards). Sa marge ebitda s'est réduite de 382 points de base à 36,9%.

En pointe dans l'e-commerce

Un peu partout sur les marchés, les consommateurs se sont adaptés à la crise pandémique en s'orientant davantage vers le commerce en ligne et la consommation à domicile. AB InBev a réagi, entre autres, en stimulant l'utilisation de ses plateformes commerciales numériques.

Le chiffre d'affaires du groupe dans les hard seltzers, cocktails et vins a dépassé le milliard de dollars.

Sa plateforme business-to-business BEES a atteint, par exemple, quelque 900.000 utilisateurs dans neuf pays, et le groupe va la déployer sur plusieurs nouveaux marchés cette année. Autre exemple, le groupe a fourni des consommateurs en direct via une vingtaine d'enseignes d'e-commerce dans le monde. En Chine, il revendique le titre de leader sur le marché brassicole en ligne.

Il a poursuivi, par ailleurs, sa stratégie de prémiumisation et sa politique d'innovations. On notera aussi qu'il s'est développé dans d'autres catégories de boissons, dont le hard seltzer, ces eaux aromatisées et alcoolisées, les cocktails prêts à boire, les vins et spiritueux. En 2020, son chiffre d'affaires dans ce segment a dépassé le milliard de dollars.

Niveau d'endettement stagnant

En revanche, le groupe n'a pas réussi à réduire son ratio d'endettement net, qui est resté bloqué à 4,8 fois l'ebitda, en raison, une fois de plus, de l'impact de la pandémie. Il maintient son engagement de ramener ce ratio à 2, sans préciser de timing.

On relèvera, enfin, que, contrairement à son rival Heineken, le groupe belgo-brésilien n'annonce aucune mesure de restructuration post-Covid.

À propos de dettes, AB InBev a pris diverses mesures l'an dernier qui lui ont permis d'étendre la maturité moyenne pondérée de ses obligations à plus de 16 ans, contre 14 ans en 2019. Il a aussi pris des mesures pour améliorer sa position de liquidités "pour faire face aux incertitudes". Fin 2020, celle-ci atteignait 24,3 milliards de dollars, dont 15,3 milliards de trésorerie.

À noter que le produit de la cession d'une participation dans son usine de canettes américaine (3 milliards de dollars) sera utilisé cette année pour rembourser pour autant d'obligations à échéance 2024 et 2025.

Bien positionné pour la relance

Au chapitre des perspectives, AB InBev estime être en position favorable pour une solide reprise. Il prévoit "une amélioration significative de (ses) produits et bénéfices par rapport à 2020", sans donner toutefois d'indications chiffrées et tout en relevant l'incertitude qui demeure sur l'évolution de la pandémie. Il s'attend d'ailleurs à une nouvelle pression sur ses marges bénéficiaires.

0,50
Euro/action
Le conseil d'administration proposera à l'assemblée générale des actionnaires un "solde de dividende" de 0,50 euro par action qui formera, en fait, le dividende entier.

On relèvera, enfin, que, contrairement à son rival Heineken, le groupe belgo-brésilien n'annonce aucune mesure de restructuration post-Covid. Une bonne nouvelle pour ses 164.000 collaborateurs.

Le conseil d'administration du groupe proposera à l'assemblée générale des actionnaires, le 28 avril prochain, un "solde de dividende" de 0,50 euro par action. Mais comme il n'avait pas versé de dividende intérimaire en cours d'année, ce "solde" formera le dividende entier.

"La culture de la bière belge est menacée"

En Europe, AB InBev a réalisé de moins bonnes performances qu'au plan mondial, et ce, en raison de l'importance des ventes de bière dans le circuit horeca. Sur l'année, ses volumes et son chiffre d'affaires y ont reculé entre 5 et 10%, tandis que son ebitda y a enregistré une baisse à deux chiffres.

La Belgique n'a pas échappé à cette tendance, puisque le groupe y est "particulièrement dépendant d'un secteur horeca en bonne santé", selon les mots utilisés par Fabio Sala, le président d'AB InBev pour le Benelux et la France.

La Belgique pire que l'Europe

"Étant donné que les bars, cafés et restaurants ont été obligés de fermer leurs portes pendant plus de la moitié de l'année et en l'absence de grands événements sportifs ou musicaux, nos volumes ainsi que nos produits ont affiché une baisse à deux chiffres", souligne-t-il dans un communiqué dédié au marché belge. Le brasseur a donc fait pire en Belgique qu'au niveau du Vieux continent tout entier.

Le dirigeant ajoute que même la consommation de bière à domicile a accusé une (légère) baisse dans notre pays. Les ventes horeca ont chuté globalement de 50% sur le marché belge toutes brasseries confondues, a déjà indiqué, pour rappel, la fédération Brasseurs Belges.

"La culture de la bière belge, reconnue comme patrimoine par l'Unesco, est menacée", poursuit Fabio Sala. "L'ensemble de la chaîne de valeur de la bière, en particulier nos partenaires horeca, ont besoin de solutions pour être protégés contre l'impact continu de la pandémie." À ses yeux, la meilleure solution serait "une reprise graduelle du secteur de l'horeca, au plus tard le 1er avril".

Appel aux autorités belges

On l'aura compris, le brasseur veut faire passer un message non équivoque à nos gouvernants: l'heure est venue de donner des perspectives claires à l'horeca, avec un calendrier précis. Fabio Sala relève, au passage, un argument intéressant: nombre de lieux publics en Belgique ont été régulièrement investis, ces derniers jours, par une foule de gens de manière rapide et incontrôlée. On en veut pour preuve des scènes vues à la Côte belge ou au Bois de la Cambre le week-end dernier.

En comparaison, dit Fabio Sala, "le secteur de l'horeca peut être un environnement sûr et contrôlé, où les personnes peuvent se rendre tout en respectant les mesures contre le Covid-19".

Le brasseur rappelle, par ailleurs, les différentes mesures qu'il a prises l'an dernier et au début de cette année pour aider ou soutenir le personnel soignant, certaines communautés et le secteur horeca (don de gels et de désinfectants, distribution de repas, reprise des fûts de bière, participations aux loyers d'exploitants horeca...) Au total, AB InBev a investi 20 millions d'euros dans l'horeca en 2020, précise-t-il.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés