Alejandro Santo Domingo, actionnaire remuant d'AB InBev

Alejandro Santo Domingo, Bevco. ©BLOOMBERG

Deux mois après la fusion entre les n° 1 et 2 de la bière, Bevco ne cesse d’accroître sa part en AB InBev. Quel but poursuit le milliardaire d’origine colombienne?

Alejandro Santo Domingo possède une fortune évaluée par le magazine "Forbes" à 4,6 milliards de dollars. Ce citoyen américain d’origine colombienne pilote Bevco, le holding qui est entré au capital du brasseur belgo-brésilien AB InBev à l’occasion du rachat par ce dernier de SABMiller, son principal rival sur le marché mondial du jus de houblon.

En octobre dernier, Bevco, qui était jusqu’alors le deuxième actionnaire de SABMiller derrière l’américain Altria, a troqué ses parts du brasseur anglo-sud-africain contre des actions AB InBev. Au moment où l’acquisition a été bouclée, Bevco détenait 4,8% du nouvel ensemble constitué par AB InBev et SABMiller tandis qu’Altria, qui avait effectué le même troc, se retrouvait avec 9,17% du brasseur basé à Leuven. Les deux nouveaux actionnaires importants d’AB InBev ont reçu des actions à droit restreint: celles-ci ne sont pas cotées en Bourse et ne pourront être échangées contre des actions normales avant 2021, entre autres. Les droits de vote qui leur sont liés ont en revanche le même poids que ceux des autres titres. Depuis lors, le nouveau "partenaire" "colombien" s’est toutefois montré entreprenant: il a régulièrement acheté des blocs d’actions ordinaires d’AB InBev. Il vient d’effectuer voici quelques jours la septième opération du genre depuis le 1er décembre 2016, en s’emparant d’un nouveau paquet valant 60 millions d’euros. Au total, il a acquis en un mois et demi pour 414 millions d’euros de titres AB InBev, ainsi qu’il ressort des données publiées sur le site de la FSMA, le régulateur belge des marchés financiers.

Bevco et Altria ne devraient jamais avoir plus de trois sièges au conseil d’AB InBev.

Bevco a, du coup, franchi le seuil des 5% du capital du premier brasseur mondial pour porter sa part à 5,01%, avec une petite proportion de ses titres en actions ordinaires (environ deux pour-mille).

Pourquoi Alejandro Santo Domingo, qui a hérité en 2011, à la mort de son père Julio, de la direction de Bevco, applique-t-il cette stratégie d’achats systématiques? Contacté à Luxembourg, le véhicule utilisé pour effectuer ces transactions, Bevco Lux SARL, n’a pas souhaité nous répondre.

©© visual/pictureperfect

Ce franchissement de seuil ne lui ouvre pas de grandes perspectives en termes de gouvernance et de pouvoir. Les règles "inbéviennes" prévoient que Bevco et Altria ont droit à trois administrateurs au conseil dès lors qu’ils détiennent ensemble plus de 13,5% du capital. Ils en possédaient 13,97% en octobre dernier, raison pour laquelle ils ont effectivement pu nommer trois représentants au "board". Un des trois heureux élus n’est autre qu’Alejandro. Mais en montant à 14,17%, comme il vient de le faire grâce à Bevco, le duo Altria-Bevco n’y gagnera pas un siège de plus: le règlement stipule que les deux groupes resteront quoi qu’il arrive à trois sièges. S’ils descendent un jour sous 13,5%, par contre, ils perdront un administrateur; sous 9%, ils n’en auront plus qu’un.

Il faut donc chercher ailleurs les raisons des achats groupés de M. Santo Domingo. Précisons en passant que les règles de déclaration de participation propres à AB InBev prévoient qu’il faut signaler aussi le franchissement du seuil de 7,5%. Si Bevco poursuit ses emplettes et qu’il atteint un jour prochain ce niveau, il devra l’annoncer.

Tel père, tel fils

L’origine de la fortune de la famille Santo Domingo renvoie, selon la légende, à la crise financière de 1929. Mario, le grand-père d’Alejandro, était banquier en Colombie. Il aurait saisi l’occasion pour racheter une série d’entreprises affaiblies par les conséquences du krach de Wall Street.

Lui et son fils Julio ont progressivement bâti un holding régnant, à l’échelle nationale, puis internationale (le nord du continent latino-américain) sur des secteurs aussi divers que l’immobilier, l’énergie, les médias, le tourisme, la pêche et, last but not least, la brasserie. Dans ce dernier domaine, ils ont mis la main sur un champion, Bavaria. En 2005, ce brasseur était le numéro deux du sous-continent américain derrière le brésilien AmBev (InBev). Il avait un quasi-monopole en Colombie, ainsi qu’au Pérou, en Équateur et au Panama. Au point de susciter bien des convoitises: le néerlandais Heineken et SABMiller sont venus aux nouvelles. Le deuxième a convaincu Santo Domingo de lui vendre le bijou. Julio a toutefois troqué une partie de ses titres contre des actions de SABMiller plutôt que pour du cash. Son fils Alejandro vient de faire le même pari avec AB InBev. Avec manifestement de la suite dans les idées…

©REUTERS

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