interview

Annick van Overstraeten: "Je rêvais de travailler pour le Pain Quotidien"

Alain Coumont, le fondateur du Pain Quotidien, poursuit l'aventure. À la barre, on retrouve Annick van Overstraeten, l'ex-CEO de Lunch Garden. ©jonas lampens

Après s'être restructuré, le Pain Quotidien se relance. Pour mener la barque, les actionnaires ont désigné Annick van Overstraeten, l'ex CEO de Lunch Garden.

Il y a quelques semaines, Annick van Overstraeten, l'ancienne CEO de Lunch Garden, a pris la route de la France. Direction Clermont-l'Hérault où vit Alain Coumont, le fondateur du Pain Quotidien. Pour les deux, qui ne se connaissaient pas, il s'agissait de faire connaissance avant qu'Annick van Overstraeten ne reprenne la barre du Pain Quotidien tout juste sorti de réorganisation judiciaire. "Alain m'a cuisiné un magnifique tian de légumes avec des tomates, des pastèques, du fenouil et des betteraves rouges", nous a expliqué l'ex-CEO de Lunch Garden, pas peu fière de démarrer cette nouvelle aventure.

Ces dernières semaines, le Pain Quotidien – qui fêtera bientôt ses trente ans – a surtout fait la une de l'actualité judiciaire. Le groupe, plombé par les marchés britannique et surtout américain, a dû passer par la case réorganisation judiciaire (PRJ) pour se mettre à l'abri de ses créanciers. En cours de procédure, c'est le jeune fonds M80 qui est venu à la rescousse de la société. Le "nouveau" Pain Quotidien, plus petit qu'avant, mais solide financièrement, comprend les marchés belge et français, une quinzaine de magasins en Grande-Bretagne, l'Atelier du pain (l'atelier de production) et les droits sur la marque et sur les contrats de master franchise.

Flexibles et opportunistes

Les nouveaux actionnaires sont le fonds M80, Cobepa (l'ancien actonnaire majoritraire) et le management de la chaîne. "Il s'agit d'un nouveau départ pour M80 et pour le Pain Quotidien", nous a expliqué Peter Maenhout, le CEO de M80. "Nous avons mis en place une nouvelle structure financière qui va nous permettre de nous développer", a-t-il précisé, entouré d'Annick van Overstraeten et d'Alain Coumont, tous les trois attablés au Pain Quotidien de l'Avenue Louise. Pour le patron du fonds, pas question de mettre la charrue avant les boeufs, mais il assure qu'ils seront flexibles et opportunistes. Lisez: si un bel endroit se libère, le Pain Quotidien tentera de lui mettre le grappin dessus.

"Le Pain Quotidien est une marque forte avec un caractère extraordinaire. C'est également une des seules marques qui a réussi à se faire un nom à l'étranger", précise Annick van Overstraeten qui profite de l'occasion pour confesser qu'elle rêvait de travailler pour le Pain Quotidien. Licenciée par Lunch Garden à la fin du mois de mai après dix ans de bons et loyaux services, Annick van Overstraeten a fait le nécessaire pour entrer en contact avec Cobepa et leur glisser son CV. En Belgique, Annick van Overstraeten est loin d'être une inconnue. Sa carrière a démarré dans le textile chez Dujardin, avant de prendre une dimension plus food avec Leonidas, Quick et enfin Lunch Garden dont elle a accompagné la transformation – un fait d'arme qui lui a valu une nomination au poste de manager de l'année.

"Le Pain Quotidien est une marque forte avec un caractère extraordinaire. C'est également une des seules marques qui a réussi à se faire un nom à l'étranger".
Annick van Ovestraeten
CEO du Pain Quotidien

Trop centré sur les États-Unis

À la droite d'Annick van Ovestraeten: Alain Coumont, le fondateur de la chaîne, chipote dans une salade de fruits frais. "Il était important qu'Alain Coumont fasse partie de l'équipe et que l'on puisse repartir avec lui", précise Annick van Overstraeten. "Il y a bientôt trente ans, le 26 octobre 1990, à 7h00 du matin, je vendais mon premier pain", entame Alain Coumont. Avant qu'il n'égrenne ses souvenirs – et même s'il n'était plus vraiment actif dans la gestion quotidienne – on lui demande ce qui a poussé son "bébé" à devoir se restructurer. "Une accumulation de choses", entame-t-il. "Comme lors d'une catastrophe aérienne. Une mauvaise météo, un moteur qui déconne et le co-pilote qui discute à l'arrière de l'avion avec une hôtesse". Il ne dira pas que le rêve américain a provoqué la perte du Pain Quotidien, mais il reconnaît que la chaîne a sans doute été trop centrée sur les États-Unis.

"Lorsque j'ai ouvert ma première boutique à New-York en 1997, je suis parti seul avec ma valise et je suis parti de zéro. Quand on a ouvert aux États-Unis, pour un loyer, il fallait compter entre 7 et 8% du chiffre d'affaires. Aujourd'hui, c'est plutôt entre 15 et 25%. Il y a une surenchère pour les bons emplacements", glisse encore le fondateur.

"Lorsque j'ai ouvert ma première boutique à New-York en 1997, je suis parti seul avec ma valise et je suis parti de zéro".
Alain Coumont
Fondateur du Pain Quotidien

En dix ans de temps, aux États-Unis, le nombre de sièges de restaurants par habitant a augmenté de 10%, explique encore Alain Coumont qui se souvient avoir été approché par Goldman Sachs il y a quelques années. "Ils voulaient injecter 100 millions de dollars et ouvrir 50 magasins. Mais eux, le produit, ils s'en fichent. Ils voulaient faire une entrée en bourse et faire du bénéfice", explique le fondateur qui ne l'entendait pas de cette oreille. Sur ce, Peter Maenhout, le boss de M80, saisit la balle au bond. "On a besoin d'investment bakers plutôt que d'investment bankers", cette saillie déclenchant l'hilarité générale.

Back to basics

La nouvelle CEO ne l'entend pas non plus de cette oreille. Avec elle, ce sera back to basics, retour aux sources. "On va mettre l'accent sur la nourriture, sur les clients et sur les franchises", explique Annick van Overstraeten. "On doit trouver un équilibre, je crois beaucoup en la franchise", précise-t-elle. Le nouveau management va donc se recentrer sur les marchés-clés principaux que sont la Belgique (25 magasins en exploitation propre et 8 franchises), la France (13 en propre et 4 en franchise) et la Grande-Bretagne (la nouvelle direction y négocie avec les propriétaires des murs la reprise des 15 meilleurs points de vente).

"On veut s'améliorer tout en revenant à ce qu'Alain a fait dans le passé. Ce sera un retour aux sources dans l'esprit actuel. On va consolider ce qui existe avant d'aller vers une croissance prudente et équilibrée", explique encore la nouvelle CEO. Et à part l'une ou l'autre boutique encore fermée (Uccle, Tour et Taxis et Anvers), la plupart des magasins ont rouvert et tournent avec un chiffre d'affaires de 70% par rapport à la même période l'année passée. Quand tout sera revenu à la normale, la nouvelle direction et les actionnaires du Pain Quotidien visent un chiffre d'affaires annuel de 115 millions d'euros (65 millions en "propre", 90 millions en franchise).

La nouvelle CEO ne cache pas son enthousiasme à l'aube de la nouvelle mission qui l'attend. "Avec M80, je retrouve des gens concernés qui vont travailler avec nous. On a un sparring partner. C'est important que les actionnaires aident la société", explique-t-elle encore. Et pour achever de planter le décor, le sparring partner confirme son soutien. "Si des opportunités se présentent, nous les étudierions, mais de façon contrôlée. On a les moyens, la société a été capitalisée pour cela", conclut Peter Maenhout.

Bio Express

1987: Licenciée en sciences économiques (KUL)

1987-1991: Project Manager chez Philips

1991-1999: Dujardin et Mayerline

1999-2004: Directrice commerciale et marketing Leonidas

2004-2009: Directrice générale Quick Belux

2010-2020: CEO Lunch Garden

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