Après un grand cru 2019, la cuvée 2020 sera plus ordinaire pour Fevia Wallonie

Président de Fevia Wallonie, Guy Parternoster a pris la direction de la Raffinerie Tirlemontoise en mars dernier. Juste avant le confinement. ©Dieter Telemans

La Fevia Wallonie table sur un recul de 5 à 10% cette année et invite le futur gouvernement à répondre aux handicaps structurels du secteur alimentaire wallon.

"Si 2018 fut mitigée, 2019 a été un grand cru pour le secteur alimentaire wallon", assure Guy Paternoster, président de Fevia Wallonie, en commentant le rapport économique 2019 de la branche wallonne de la Fédération de l’industrie alimentaire publié ce jeudi. Le chiffre d’affaires a ainsi augmenté de 1,1% à 8,7 milliards d’euros, ce qui lui permet de représenter 20% de l’industrie wallonne.

Mais celui qui est aussi directeur exécutif de la Raffinerie Tirlemontoise précise que si les exportations se portent bien - près de 7% de hausse à 4,5 milliards - , le marché intérieur recule de 4%. "La hausse des achats transfrontaliers en Allemagne en France et au Luxembourg affecte le marché intérieur", glisse-t-il. "Les prix pour les alcools, les eaux et les sodas y sont bien moins élevés." En cause, une main d’œuvre 20% plus chère, les coûts de l’énergie et les taxes levées ces dernières années. « Evidemment, politiquement c’est compliqué d’y toucher», reconnaît Guy Paternoster.

"Les achats transfrontaliers coûtent 640 millions d'euros au secteur alimentaire wallon."
Guy Paternoster
Président de Fevia Wallonie

La problématique des achats transfrontaliers n’est pourtant pas neuve. Comeos tape sur le clou depuis des années.  "Cela ne fait qu’augmenter, le prochain gouvernement devra y être attentif", confirme Guy Paternoster qui estime le dommage pour le secteur à 640 millions d’euros.

Cette parenthèse fermée, ce dernier se félicite aussi de la hausse de plus de 8% des investissements (495 milliards), soit un bond de 64% en 5 ans, qui représentent 31% des investissements industriels wallons. Tout comme celle de l’emploi (+2,1 %) : "Avec 20% du total, on est devenu le premier secteur industriel en Wallonie", se réjouit-il, constatant que presque tous le secteurs se sont développés l’an passé.

En revanche, même si la crise a remis au goût du jour l’agriculture locale, le boom du bio aurait tendance à ralentir, "car le budget des ménages commence à être impacté alors que le bio reste plus cher".

L'horeca plombe le secteur

On pourrait d’ailleurs penser que la crise serait profitable au secteur, comme on l’a vu dans la grande distribution. Il n’en est rien. "On passe du grand cru au vin ordinaire", ironise Guy Paternoster. "La grande distribution ne représente qu’un tiers de nos marchés, poursuit-t-il, en revanche beaucoup de nos clients sont dans l’horeca, l’événementiel, etc. Ces secteurs ont été totalement mis l’arrêt." Au plus fort de la crise (avril et mai), Fevia Wallonie a ainsi enregistré une chute de la production en volume (-25% par rapport à 2019), du chiffre d’affaires (-14%) et des exportations (-23%).

5 à 10%
Pour 2020, Fefvia Wallonie table sur une baisse du chiffre d’affaires de 5 à 10%.

D’ici la fin 2020, Fevia Wallonie s’attend à une baisse de l’emploi, malgré la soupape du chômage économique; à des problèmes de liquidités, qui touchent une entreprise du secteur sur cinq; et au report d’investissements. "On a senti un petit rebond lors de la réouverture de l’horeca, mais la deuxième vague qui se profile nous incite à la prudence pour la fin de l’année, indique son président, nous tablons sur une baisse du chiffre d’affaires de 5 à 10%.»

S’il estime que les mesures de soutien aux entreprises vont dans la bonne direction, Guy Paternoster déplore un retard important dans leur exécution, mais "il faut les maintenir tant que le besoin existe".

Fevia Wallonie a dès lors synthétisé priorités et revendications dans un plan, #ReverseTheCurve, où il est question de soutien à la compétitivité des entreprises, de développement d’une stratégie d’économie circulaire, de système alimentaire plus durable - comme le suggère le "green deal européen" - d’investissements dans le numérique afin d’améliorer la traçabilité des produits et l’information au consommateur, etc.

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