reportage

Ariqua Denis, la référence wallonne des douceurs au cacao

©Anthony Dehez

Ariqua Denis est un chocolatier heureux. Depuis octobre, il est considéré comme le meilleur de Wallonie dans son domaine. Le tout à seulement 32 ans et une grosse année après avoir ouvert sa boutique.

Lundi 23 décembre, 10h30. La petite ville d’Andenne est déjà en effervescence. À l’approche du réveillon de Noël, ça s’agite dans la rue principale. Le sprint final pour les derniers achats a débuté.

Bien placée sur l’artère, à quelques pas de la place principale, la chocolaterie d’Ariqua Denis est l’une des seules boutiques fermées, malgré les passants qui salivent devant la vitrine. Il ne s’agit d’une erreur commerciale. "J’ai d’abord pensé ouvrir mais j’ai dû renoncer car je n’ai quasi plus rien à vendre", sourit Ariqua Denis devant son étal où les pralines se font effectivement assez rares. "On a donc préféré fermer pour se focaliser sur la production et rouvrir le 24."

"J’aime ce principe où l’on peut directement voir ce que l’on fait. Nous n’avons rien à cacher. Quand je vais chez le boucher, j’adore voir comment il travaille sa viande."
ariqua Denis
meilleur chocolatier wallon

Ce genre de mésaventure n’est pas une première pour Ariqua. Surtout depuis trois mois. Début octobre, sa chocolaterie a été nommée par le célèbre guide Gault&Millau la meilleure de Wallonie, une grosse année à peine après son ouverture. "L’effet a été énorme. On a triplé le chiffre d’affaires sur cette période", explique Ariqua.

L’exploit est à souligner. Une chocolaterie directement élue la meilleure de sa région dès son entrée dans le guide, c’est plutôt rare. À 32 ans, le patron fait en plus partie des benjamins du classement. Diplômé en boulangerie, pâtissier, avec une spécialisation en chocolaterie de l’ITCA de Namur, Ariqua a été à très bonne école avant de se lancer à son compte. Outre plusieurs années à épauler un artisan bruxellois, il a fait ses armes à la sortie de l’école chez un certain Pierre Marcolini.

Succès ingérable

Le boom amené par la reconnaissance est forcément appréciable. Mais il a pris un peu de court le jeune entrepreneur, seul aux commandes au moment de recevoir la distinction. L’affluence est rapidement devenue ingérable pour le chocolatier. "Peu après avoir reçu le prix, j’ai dû fermer plusieurs jours. Je faisais des journées interminables mais je ne parvenais pas à suivre", explique le jeune patron. "J’ai dû engager rapidement pour répondre à la demande. J’étudiais déjà la possibilité de prendre un employé. J’en ai engagé trois d’un coup", explique Ariqua qui s’amuse des autres conséquences du prix. "Cela m’arrive d’être reconnu dans la rue et félicité par des passants. J’ai déjà aussi reçu plusieurs courriers du bourgmestre et il y a également l’intérêt de la presse", sourit-il.

Malgré qu’on soit en plein dans la période la plus chargée de l’année, le patron est accueillant. D’ailleurs, s’il ne propose pas un siège et une table pour discuter, c’est simplement qu’il n’en a pas. Sa boutique et l’atelier où il prépare ses gourmandises tiennent dans 50 mètres carrés. Les deux pièces sont directement connectées par une porte vitrée. On peut admirer au travers ses trois récentes recrues s’affairer à refaire les stocks de pralines, le tout sur les mélodies des musiques de Noël crachées par la radio. "J’aime ce principe où l’on peut directement voir ce que l’on fait. Nous n’avons rien à cacher. Quand je vais chez le boucher, j’adore voir comment il travaille sa viande", sourit le patron.

L’interview a débuté depuis une vingtaine de minutes et le jeune homme s’est déjà interrompu trois fois pour répondre au téléphone, le plus souvent pour justifier la fermeture de son magasin. Le chocolatier fait encore tout dans sa boutique. Créer ses gourmandises forcément, mais aussi les vendre, les emballer, assurer la gestion des commandes et répondre aux coups de fil incessants. "Je commence aussi la journée par nettoyer toute la boutique. Il a fallu aussi trouver un rythme bien spécifique. Hier, j’ai terminé à minuit trente et la chocolatière a recommencé ce matin à 4h. L’atelier est trop petit mais on y fait tout dedans. Une fois la production finie, l’espace sert pour la préparation des ballotins et autres emballages. Mes employés sont donc plutôt flexibles", explique le patron. Cela tombe bien car, d’ici quelques mois, ils devront sans doute déjà changer de lieu de travail. La petite boutique andennaise a atteint ses limites. Après 14 mois d’activité, il faut donc déjà penser plus grand.

Le charme des petites villes

Ariqua Denis compte prochainement ouvrir un deuxième magasin à Jambes. "Il sera plus grand avec surtout un atelier avec plus d’espace. On passera de 25 à 125 mètres carrés", sourit l’entrepreneur. "Toute la production se fera là-bas mais le principe sera le même qu’ici, avec la possibilité de voir tout ce qui se passe dedans", assure le jeune patron. Le projet était prévu initialement à moyen terme mais le Gault&Millau a accéléré les choses. "Ce sera sans doute pour l’année prochaine."

Comme pour son premier magasin, Ariqua a choisi délibérément une petite ville. Les raisons sont multiples, dont une concurrence moins forte et un cadre de vie plus agréable. "On me demande souvent pourquoi. Je suis simplement tombé sous le charme d’Andenne. Puis, les petites villes sont encore accessibles et il est possible de se garer facilement. J’ai des clients qui viennent de Namur et qui prennent 20 minutes pour venir jusqu’ici. Cela correspond au temps qu’ils mettraient pour traverser la ville. Des petites villes comme Hannut, Andenne, Éghezée sont parfaites pour s’installer."

Le début de l’expansion est donc annoncé. La fin aussi. Ariqua l’assure, il ne souhaite pas plus de deux boutiques. "On veut rester artisanal. On ne peut pas le revendiquer avec 50 magasins." Le chocolatier tente d’ailleurs de favoriser les collaborations régionales. Le beurre et le miel viennent de la région et le spéculoos est produit dix maisons plus loin, chez un boulanger installé dans sa rue. Sur l’un des murs de la boutique, le chocolatier annonce pourtant travailler avec Barry Callebaut comme fournisseur. "C’est effectivement un géant mais il est difficile de trouver de bons fournisseurs plus petits", justifie-t-il lorsqu’on l’interroge sur les raisons qui l’ont poussé à travailler avec la multinationale. "Ils en proposent 70 différents. Il y a effectivement du chocolat pour les ménagères mais aussi du chocolat d’excellence."

Dans sa feuille de route, il a toutefois prévu d’être moins dépendant à long terme du géant du chocolat. Lorsque le déménagement vers Jambes sera de l’histoire ancienne, son actuel petit atelier devrait être transformé en production de chocolat, directement à partir des fèves de cacao. "Ce n’est pas encore pour tout de suite", tempère le patron, "cela prend énormément de temps à mettre en place un tel projet mais c’est l’objectif, même si la quantité ne sera pas suffisante pour pouvoir servir toute ma gamme."

Ses ambitions iront néanmoins sans doute plus vite que prévu. "Je vais terminer l’année avec environ 1,8 tonne de produits finis. Le chiffre d’affaires devrait être entre 30 et 40% au-dessus de nos attentes. Je sais que nous serons déjà beaucoup moins mis en évidence dès l’annonce du prochain gagnant mais je suis confiant pour la suite car beaucoup de clients me connaissaient déjà avant le prix et grâce à eux, je pourrai continuer à vivre de ma passion même si le prix a donné un sacré coup de boost", sourit le patron. Vraiment rien à redire sur ce prix? Au moment de répondre, Ariqua est une quatrième fois interrompu par un coup de fil. "Le téléphone qui ne s’arrête jamais, peut-être", rigole le jeune patron.

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