Au pays de la soif, les vendeurs de boissons et de ventilateurs tirent les marrons du feu

©Photo News

Les distributeurs dopent leurs volumes de ventes de boissons fraîches. L’enjeu: s’assurer de disposer de stocks en suffisance. En électroménager, les ventilateurs se vendent comme des petits pains.

Le spectre de la grande sécheresse de 1976 plane au-dessus de nos têtes. Comme une bonne partie de l’Europe, la Belgique prend les couleurs d’un pays asséché. Les fortes chaleurs des derniers jours, qui viennent s’ajouter à l’absence de pluie, ont d’ailleurs poussé la Flandre à décréter l’alerte orange.

L’heure est donc aux mesures visant à limiter la consommation d’eau. Plus question, au nord du pays, d’utiliser l’eau courante, les eaux souterraines ou pluviales pour arroser sa pelouse ou laver sa voiture.

Face à ce soleil désespérément radieux, les agriculteurs font grise mine. À l’inverse, certains créneaux de l’activité économique tirent les marrons du feu.

C’est le cas, par exemple, des vendeurs de… ventilateurs. Face à la montée inexorable des températures, les consommateurs se ruent sur les magasins d’électroménager qui vendent ce type d’appareil.

"Nous vendons 20% de ventilateurs en plus que l’année passée", assure Jannick De Saedeleer, la porte-parole de la chaîne Media Markt. Qui table sur une forte augmentation de la vente de ces produits en fin de semaine en raison de la canicule qui s’installe.

5 millions
Depuis un mois, les caisses de Delhaize ont scanné 5 millions de boissons de plus que l’an dernier à la même période.

Dans le secteur alimentaire, ce sont bien sûr les producteurs de boissons, de glaces et glaçons qui se frottent les mains. A commencer par le géant Coca-Cola. Qui refuse de donner des chiffres à la veille de la publication de ses résultats, mais ne fait pas mystère de l’effet très positif de la canicule sur ses ventes.

Tout profit pour le secteur horeca, qui profite à plein de la météo propice au verre en terrasse, dans la foulée, qui plus est, d’un Mondial de foot où les performances des Diables Rouges ont largement contribué à remplir les cafés.

"La météo a un impact sur les comportements des consommateurs. On boit moins de café, mais plus d’eau. Les ventes de spiritueux baissent et les vins de catégories supérieures sont délaissés au profit des rosés ou des vins blancs légers et frais", explique Thierry Neyens, président de la Fédération Horeca Wallonie.

Un petit bémol toutefois: les établissements situés dans les galeries commerçantes, qui attirent moins le chaland quand il fait très beau.

Rayons boissons dévalisés

Cette effervescence se reflète aussi chez les distributeurs. Les trois grands acteurs du pays – Colruyt, Delhaize et Carrefour – sont unanimes à noter une razzia sur leurs rayons boissons. Les clients se ruent surtout sur l’eau, mais aussi sur les boissons sans alcool, les bières, les glaces et les glaçons.

• Chez Delhaize, on s’est livré au petit jeu des comparaisons entre les ventes des quatre dernières semaines et celles de la même période l’an dernier. Elles sont très parlantes. L’escalade des températures a carrément fait exploser les ventes de boissons: 5 millions de produits supplémentaires – eaux, jus, bières et softs – ont été scannés aux caisses par rapport à l’été dernier à la même période.

Durant les deux dernières semaines, pas moins de 500.000 bouteilles de Premium mixers, des tonics déclinés en saveurs diverses, ont été écoulées. À noter aussi la hausse de 55% des ventes de Sangria.

Les glaces sont logées à la même enseigne, avec des ventes en hausse de 50%, et même de 75% pour les produits vendus à la pièce. Les ventes de glaçons ont plus que doublé.

• Même topo chez Colruyt, où l’on souligne que le début de l’été 2017 était déjà une très bonne période. Entre les trois dernières semaines et la même période l’an dernier, les ventes de bières sans alcool ont progressé de 27%, celles de bouteilles d’eau en format familial (1,5 à 2 litres) de 24% et celles de vin rosé de 31%.

"D’ordinaire, quelque 250 camions transitent par notre centre de distribution d’Ollignies (boissons et produits à forte rotation). Et actuellement, nous atteignons un pic de 300 camions par jour", souligne Nathalie Roisin, porte-parole de l’enseigne de Hal.

Cette fièvre acheteuse soudaine requiert une grande attention pour la logistique afin d’éviter les ruptures de stock.

"Les partenaires fournisseurs doivent livrer deux fois par semaine au lieu d’une, il faut s’assurer de disposer de réserves suffisantes, dit Thierry Neyens. Il faut aussi gérer les problèmes de stockage dans les pièces climatisées ou réfrigérées ou la production de machines à glaçons. D’où l’importance d’avoir un très bon service après-vente pour assurer un bon entretien des frigos et des compresseurs qui tournent beaucoup et peuvent tomber en panne."

En matière de stock et de livraisons, Colruyt a pour sa part anticipé la vague de chaleur en lançant ses "scénarios temps chaud" plus tôt que prévu.

"Nous suivons de près les prévisions météorologiques, et lorsqu’une vague de chaleur de cette ampleur est annoncée, différents services au sein de l’entreprise s’activent pour satisfaire la demande", dit Nathalie Roisin. Colruyt contacte également ses fournisseurs pour s’assurer qu’ils disposent eux aussi de stocks en suffisance.

Catastrophe en vue pour les semis tardifs

Il suffit de parler de conditions météo extrêmes pour que les yeux se tournent instantanément vers le monde agricole. La sécheresse qui se prolonge et tend à s’aggraver ne fait pas exception à la règle. La quasi-absence de pluviosité, qui sévit depuis plusieurs semaines après un printemps très arrosé, a notamment entraîné un mûrissement précocedes céréales, contraignant les agriculteurs à anticiper les moissons. Avec des rendements en recul sensible.

La culture de l’escourgeon, utilisé pour l’alimentation animale, a en outre pâti d’un excès d’humidité en début d’année, ce qui a favorisé le développement d’un champignon au niveau des racines, avant que ne survienne la sécheresse au cours du printemps qui a "échaudé" la céréale.

L’alimentation du cheptel pose elle aussi problème. Les prairies desséchées contraignent en effet les éleveurs à puiser dans les réserves de foin pour l’hiver pour nourrir les animaux.

Les blés, qui n’ont pas souffert de l’humidité du début d’année, ont pour leur part mûri trop vite en raison du manque de pluie. Conséquence: des grains plus petits, et donc un rendement en baisse de 20%. Le lin, dont la floraison s’est faite autour du 15 juin, juste après un épisode pluvieux, devrait quant à lui limiter la casse avec un rendement en recul de 10%. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, à ces maigres récoltes attendues viennent s’ajouter des prix des céréales — dictés par les marchés internationaux — qui restent bas.

Pour d’autres cultures par contre, la sécheresse actuelle risque d’avoir de lourdes conséquences. "Ce qui a été planté jusqu’en avril devrait s’en sortir sans trop de casse. Par contre, on peut s’attendre à une catastrophe pour les semis du mois de mai", résume Philippe Duvivier, président de la Fugea (Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs). Qui s’inquiète de l’incertitude dans laquelle se trouvent les agriculteurs de ne pas pouvoir remplir leur contrat pour l’industrie légumière.

C’est particulièrement vrai pour des légumes comme les haricots et les pois, dont le rendement devrait être divisé par trois ou quatre. En cause: un hiver plus long que la normale, un printemps très humide et un été chaud et très sec.

Autant de conditions qui nuisent à la qualité et à la quantité de légumes produits. "S’il n’y a pas de pluies avant le 1er août, les conséquences seront dramatiques pour la production de haricots dans notre pays", souligne Veerle Van der Sypt, conseillère à la Vegebe, l’association belge de l’industrie des légumes surgelés et en conserve. La situation dans le secteur des pommes de terre dépend des variétés. "Les agriculteurs ont tendance à privilégier la variété Fontaine, qui offre un rendement de 70 tonnes à l’hectare, contre 30 à 40 tonnes pour la bintje. Mais elle est très sensible à la sécheresse. On se dirige donc vers une catastrophe. Pour les bintjes, on devrait pouvoir limiter les dégâts, sauf s’il ne pleut pas d’ici 10 jours", dit Philippe Duvivier.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content