Avec le Covid, un goût de trop peu pour l'agroalimentaire

La fermeture de l'horeca ainsi que l'annulation d'une longue série d'événements ont fait perdre à certaines entreprises alimentaires plus de 50% de leur chiffre d'affaires. ©Tim Dirven

L'industrie alimentaire belge a pu limiter la casse causée par le Covid. Mais un gros quart des entreprises se disent en grosse difficulté financière.

On ne dira pas que l'euphorie de 2019 est oubliée, mais comme attendu, le cru 2020 de l'industrie alimentaire est moins gouleyant. Le Covid est passé par là. Globalement, le secteur s'en sort plutôt bien, avec un chiffre d'affaires de 54,4 milliards d'euros (-1,7%). Mais ce recul limité par rapport à une année 2019 record cache des disparités qui donnent à l'année 2020 des allures de montagnes russes.

Les chiffres-clés

54,4 milliards € - La baisse du chiffre d'affaires de l'industrie alimentaire, limitée à 1,7%, cache des évolutions contrastées, avec un bond de 6,7% au 1er trimestre et une chute de 9,3% au 2e.

-18,4% - La fermeture de l’horeca et l’annulation de la plupart des grands événements ont fait plonger la production de boissons de plus de 18%.

4,3 milliards € - Les exportations ont baissé de 1,9% à 26,7 milliards d'euros, alors que les importations progressaient de 1,4%. De quoi faire reculer la balance commerciale de 800 millions d’euros par rapport à 2019.

27% - Fin janvier, 27% des entreprises alimentaires se disaient en grande difficulté financière. Elles n'étaient que 18% début septembre 2020.

Celle-ci avait démarré sur les chapeaux de roues, avec des ventes en hausse spectaculaire au premier trimestre (+6,7%). La suite s'apparente plutôt à la soupe à la grimace, avec un plongeon de 9,3% du chiffre d'affaires au 2e trimestre et une baisse de 4,3% sur les trois derniers trimestres de 2020. Du jamais vu depuis la crise financière de 2008.

"L'industrie alimentaire n'est pas le secteur le plus fortement touché par la crise du coronavirus, mais ce recul modéré cache parfois des réalités tragiques", explique Carole Dembour, conseillère économique à la Fevia.

L'impact du tourisme et de l'horeca

Ceux qui souffrent le plus du contexte sanitaire actuel sont les producteurs de boissons. La fermeture de l’horeca et l’annulation de la plupart des grands événements ont fait plonger la production de plus de 18%. Logique: selon des chiffres publiés fin 2020 par la Fevia, l'horeca représente à lui seul une perte de revenus de 320 millions d'euros par mois. "Et les entreprises qui travaillent principalement avec le secteur du tourisme ont subi une perte de chiffre d'affaires pouvant aller au-delà de 50%", dit Carole Dembour.

"Les coûts de production ont augmenté à cause des investissements en mesures de protection, de l'absentéisme et des prix des matières premières."
Bart Buysse
CEO de la Fevia

S'ajoute à cela l'augmentation des coûts de production. "Ceux-ci ont augmenté à cause des investissements en mesures et en matériel de protection, de la hausse de l'absentéisme causée par la pandémie et du relèvement des prix des matières premières", explique Bart Buysse, CEO de la Fevia.

Résultat: malgré les mesures de soutien des pouvoirs publics, le marasme financier gagne du terrain. Fin janvier, 27% des entreprises alimentaires se disaient en grande difficulté financière. Elles n'étaient que 18% début septembre 2020.

Achats transfrontaliers en recul

Si le marché intérieur boit la tasse, les exportations ne permettent pas de rattraper la sauce. Celles-ci ont baissé de 1,9% à 26,7 milliards d'euros, avec une évolution en dents de scie dans les différents pays en fonction des périodes de l'année, alors que les importations progressaient de 1,4%. De quoi faire reculer la balance commerciale de 800 millions d’euros par rapport à 2019.

"L'État a pu encaisser 40 millions d'euros supplémentaires en accises et TVA sur les produits que les Belges n'ont pas achetés à l'étranger."
Carole Dembour
Conseillère économique à la Fevia

À toute chose malheur est bon: la fermeture des frontières entraînée par la crise du Covid pendant une partie de l'année a fait baisser de 30% les achats alimentaires transfrontaliers des Belges. L'effet de cette mesure est particulièrement visible dans les supermarchés installés en zone frontalière: leurs ventes ont progressé plus nettement que dans le reste du pays.

"La fermeture des frontières a eu un impact positif non seulement pour nous et pour le commerce de détail, mais aussi pour l'État. Celui-ci a pu encaisser 40 millions d'euros supplémentaires en fiscalité indirecte (accises et TVA) sur les produits que les Belges n'ont pas achetés à l'étranger", souligne Carole Dembour.

"Pas aux soins intensifs"

Le moratoire sur les faillites et le chômage temporaire ont permis au secteur de maintenir l'emploi à un niveau stable de 95.670 postes (+1,1%). Un chiffre positif qui cache une baisse de 9,5% du nombre d'équivalents temps plein entraînée par la mise au chômage temporaire d'une partie des effectifs.

En ces temps difficiles, le CEO de la Fevia reste néanmoins positif. "Grâce aux mesures de soutien du gouvernement et à notre plan de relance #ReverseTheCurve, le secteur n'a pas fini aux soins intensifs", dit-il. De quoi permettre à l'agroalimentaire de maintenir un certain niveau d'activité.

Il n'empêche: si l'industrie alimentaire reste le premier investisseur manufacturier du pays, les entreprises se sont montrées plus regardantes quant à leurs dépenses. Leurs investissements ont baissé de 3,7%.

Pour 2021, le redémarrage passera immanquablement par la vaccination et par les tests rapides, mais aussi par la réouverture de l'horeca et du secteur événementiel. "L'objectif doit rester l'ouverture de l'horeca le 1er mai, sans marche arrière. Il est important de pouvoir planifier pour évoluer vers un redressement économique", souligne Jan Vander Stichele, le président de la Fevia.

Sans oublier un effort des autorités sur les handicaps salarial, fiscal et énergétique qui pèsent sur les entreprises belges face à leurs concurrentes des pays voisins.

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