reportage

Avec sa moutarde 100% belge, Farm for Good relocalise l'agriculture

Clotilde de Montpellier (à g.) et Noémie Laumont (à d.) entendent permettre aux agriculteurs membres de l’ASBL de s’inscrire dans des filières locales rémunératrices, tout en s’appropriant les pratiques culturales bio-régénératives.

Aux côtés d'industriels, la jeune équipe entend relocaliser des filières alimentaires entières sur sol belge. 60.000 pots de moutarde ont ainsi déjà été produits par Bister.

 "On a démontré que c'était possible". Clotilde de Montpellier et Noémie Laumont sont aux anges. Et pour cause, en quelques mois à peine, les deux femmes ont réussi leur pari. De la graine au produit fini, elles sont parvenues à relocaliser toute une filière qui avait pourtant disparu du pays. Avec, à la clé, 60.000 pots de moutarde, commercialisés depuis début du mois par la moutarderie Bister.

Mais pour en arriver là, les efforts n'auront pas manqué. "Cela a été un vrai défi de réimplanter la culture de la moutarde ici en Belgique, qui n'était plus présente que dans les engrais verts et dans l'interculturel", avance la fondatrice du projet "Farm for Good", Clotilde de Montpellier.

"Recréer une chaîne de production 100% belge, cela n'a rien de simple."
Noémie Laumont
Administratrice déléguée de Farm for Good

Après tout, qui dit recréation d'une chaîne 100% belge, dit nécessité de repenser tous les maillons, du champ à l'assiette. Dans le cas de la moutarde par exemple, il aura fallu trouver une solution de triage optique très spécifique, quand, dans le cas du pain ou de la farine, il faut penser aussi au stockage, au triage, au décorticage, et à des moulins adaptés. "Cela n'a rien de simple contrairement aux apparences", souligne l'administratrice déléguée, Noémie Laumont.

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Qu'à cela ne tienne, l'équipe a décidé d'avancer pour changer la donne. Quitte à prendre des risques – 200.000 pots étaient d'ailleurs initialement visés, pour une production de 10 tonnes de graines de moutarde.

Heureusement, elle a pu compter sur le soutien d'Arthus de Bousies, patron des sauces Natura et Bister, convaincu par l'approche, qui a même resigné pour l’année prochaine pour une quantité cinq fois supérieure.

Win-win

Ce qui a joué? Le type de partenariat, qui se veut un win-win. En effet, d'un côté, l'industriel profite d'un produit labellisé 100% bio, régénératif, belge, équitable, durable... particulièrement prisé par une frange grandissante des consommateurs. Tout en lui permettant de renforcer son image de marque et de diminuer son empreinte carbone, sans avoir à se soucier des aspects de sourcing et de logistique totalement pris en charge par Farm for Good.

De l'autre côté, les agriculteurs renouent, eux, avec les cultures et traditions d'antan, tout en s’appropriant les pratiques culturales bio-régénératives, forts du soutien d'un tiers de confiance qui les rémunère correctement pour leurs efforts.

D'autres projets en route

Le réseau de fermes Farm for Good entend désormais réitérer. Pour ce faire, l'équipe frappe en ce moment aux portes d'entreprises prêtes à co-construire le modèle alimentaire de demain, alors que la marque d'intérêt des agriculteurs a dépassé l'équivalent de 3.000 hectares de culture à ce stade.

3.000
hectares
La marque d'intérêt des agriculteurs pour le projet a dépassé l'équivalent de 3.000 hectares de culture à ce stade.

C'est ainsi que des discussions sont engagées avec le producteur et distributeur namurois d'huile végétale sans OGM Alvenat en vue de la création d'une filière huile de colza et huile de caméline, notamment. De même qu'avec la boulangerie et coopérative céréalière Agribio pour des essais de pâtes et farines de petit épeautre et de blés anciens, évoque Clotilde de Montpellier, géographe achevant un doctorat en agroécologie à l'université de Namur et gestionnaire d'une ferme de 30 hectares de prairies et 30 de terres arables servant de laboratoire grandeur nature à l'aventure.

L'idée est d'avancer vite – sans pour autant bâcler les choses. "On entend nous développer par grappes de 8 à 10 fermes, en fonction des propriétés propres aux sols des agriculteurs qui nous ont montré de l'intérêt et des opportunités de débouchés qu’on pourra créer", indique Noémie Laumont. Prochaine cible? Le Brabant-Wallon où le patron d'IBA, Olivier Legrain, œuvre à rassembler des forces vives.

L’ASBL entend également sceller des partenariats avec des entreprises non alimentaires désireuses de s’engager dans des actions concrètes pour soutenir la transition agroécologique des territoires. 

Le projet est soutenu financièrement par l’entrepreneur et fondateur d'Ogone Harold Mechelynck à ce stade, mais entend bien trouver son seuil de rentabilité propre dans les deux à trois ans.

Farm for Good

Farm for Good est un réseau de fermes qui entreprennent ensemble leur transition agroécologique. Elles sont soutenues par une équipe de business développeurs et d’entrepreneurs qui les aident à réussir collectivement cette transition en les accompagnant pas à pas dans leur itinéraire technique et soutenant la création de filières qui offrent une rémunération juste pour leurs produits.

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