Bernard Zacharias (Vinum et Spiritus): "Les vignerons et les distillateurs belges subissent un 2ᵉ tsunami"

Pour Bernard Zacharias, le nouveau président de la fédération Vinum et Spiritus, il faudrait une harmonisation des accises et une accord de prévention contre l'abus d'alcool. ©doc

Les distillateurs et les vignerons belges sont aussi touchés par la crise. Ils soutiennent l'horeca, mais appréhendent la réouverture des frontières.

Si les secteurs de l'horeca et des brasseries encaissent durement les mesures de confinement successives en Belgique, leurs fournisseurs ou concurrents du monde des vins et des spiritueux ne se portent pas beaucoup mieux. "Les entreprises que nous représentons ont perdu en moyenne 12% de leur chiffre d'affaires en 2020", souligne Geert Van Lerberghe, le directeur de Vinum et Spiritus, la fédération du secteur. Celle-ci compte 86 membres aux profils variés: il y a là des multinationales, des importateurs de vins, des vignerons artisanaux, des distilleries, des magasins spécialisés... "Les plus touchés sont les petits commerçants qui soit exploitent un magasin, soit livrent l'horeca", poursuit le directeur.

-12%
baisse moyenne du chiffre d'affaires
Les entreprises du secteur des vins et spiritueux ont perdu en moyenne 12% de leurs revenus en Belgique en 2020.

Les ventes de vins et d'alcools en grande surface ont toutefois compensé les volumes perdus ailleurs pour les gros producteurs. Ceux-ci ont aussi bénéficié d'un mouvement de reflux de consommation dû à la fermeture des frontières. Avant la pandémie, une frange non négligeable des consommateurs belges se fournissaient au Luxembourg, en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne, où vins et alcools sont moins chers en raison d'une politique d'accises moins lourde. Ces achats sont donc revenus en Belgique, mais retrouveront le chemin de l'étranger dès la levée des restrictions aux voyages.

Accises et achats transfrontaliers

"Nous sommes frappés par un deuxième tsunami avec la pandémie, après un premier en 2015 quand le gouvernement fédéral avait fortement augmenté les accises sur nos produits", soupire Bernard Zacharias, le CEO de la distillerie Radermacher qui a pris la présidence de Vinum et Spiritus le 31 mars dernier. En 2015, le gouvernement Michel avait augmenté de 40% les accises sur les spiritueux et de 31% celles sur le vin (et de 8,5% celles sur la bière), ce qui, comme l'avait prédit le secteur à l'époque, avait stimulé les achats transfrontaliers. En 2016 et 2017, les ventes d'alcools avaient chuté de 25, puis 26% en Belgique.

"Le mécanisme d'augmentation aveugle des accises dès qu'il y a un problème budgétaire doit être abandonné."
Geert Van Lerberghe
Directeur, Vinum et Spiritus

Ce rapatriement provisoire qui, selon une étude de GFK, a concerné 4,4 millions de litres de vins et alcools en 2020, ne profite cependant qu'à ceux qui écoulent leurs produits dans les grandes surfaces. Les autres sont en outre frappés par l'interdiction des visites et des séances de dégustation.

"Les brasseurs ont subi en 2020 une baisse de volumes telle que nous l'avons connue depuis 2015", résume Zacharias.

C'est ce qui explique aussi que le secteur a bien résisté l'an dernier sur le plan social: il y a eu peu de licenciements, alors qu'on en avait enregistré davantage, ainsi que des départs de sièges sociaux vers d'autres pays, après le séisme fiscal de 2015. Le chômage temporaire et les aides publiques ont soutenu le secteur l'an dernier, mais les seuils élevés appliqués au déclenchement de certaines aides ont toutefois laissé une partie des entreprises sur le carreau.

"On a de très belles entreprises qui fabriquent des produits de qualité avec un savoir-faire reconnu. On veut retrouver nos lettres de noblesse, repositionner notre métier et ouvrir des portes, comme l'ont fait les brasseurs."
Bernard Zacharias
Président de Vinum et Spiritus

Lutter ensemble contre les abus

Comme l'horeca et les brasseurs, les vignerons, les distillateurs et les importateurs voudraient des perspectives claires. "La vaccination des personnes à risque est bien avancée, on va vers un mieux, mais on ne va pas ramener le risque pandémique à zéro, souligne Bernard Zacharias. On ne peut plus maintenir le même discours, il faut évoluer, il faut une stratégie bien réfléchie. Et il y a moyen d'encadrer strictement des mesures de distanciation dans l'horeca, contrairement aux fêtes privées et aux lockdown parties qu'on a vu se multiplier."

Concrètement, la fédération voudrait lier relance, fiscalité et santé publique. "94% de la population consomme modérément l'alcool. Nous voulons une concertation avec le gouvernement pour lutter contre l'abus de boisson: un échange d'avis avec toute la chaîne pour mieux cibler la problématique et trouver de meilleurs remèdes", plaide Van Lerberghe. Il cite l'exemple des Pays-Bas, où gouvernants et parties prenantes ont conclu il y a deux ans un accord de prévention, avec des objectifs concrets à atteindre d'ici 2030 et un suivi annuel. Pourquoi ne pas copier ce modèle en Belgique ? "On a de très belles entreprises qui fabriquent des produits de qualité avec un savoir-faire reconnu, ajoute Zacharias. On veut retrouver nos lettres de noblesse, repositionner notre métier et ouvrir des portes, comme l'ont fait les brasseurs."

Au plan fiscal, "le mécanisme d'augmentation aveugle des accises dès qu'il y a un problème budgétaire doit être abandonné", ajoute Van Lerberghe, car cela s'est avéré contre-productif. "Pour restaurer la compétitivité du secteur, il faut un système d'accises qui soit harmonisé avec les pratiques des pays voisins, afin de cesser d'inciter les consommateurs à aller acheter ailleurs."

Le résumé

  • En 2020, les producteurs, importateurs et commerçants en vins et alcools ont également pâti de la crise et des mesures de confinement, avec des pertes de revenus de 12% en moyenne.
  • Les ventes en grandes surfaces ont résisté grâce entre autres à la fermeture des frontières qui a mis, provisoirement, un terme aux achats dans les pays voisins.
  • Le secteur avait déjà souffert de l'augmentation drastique des accises en 2015, qui avait comprimé ses ventes et poussé certaines entreprises (sièges) à se délocaliser.
  • Il plaide pour une réouverture encadrée de l'horeca et un plan de prévention santé défini en concertation.

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