Bister restera Bister

©Tim Dirven

Récent repreneur de la moutarderie familiale, Arthus de Bousies s’est constitué un groupe de marques fortes dans les sauces et les condiments. "Les consommateurs veulent des produits locaux, Bister restera local."

Avec son sweat à capuche et sa doudoune fine, le sourire légèrement en coin, il fait plutôt figure d’étudiant des beaux quartiers, un brin gendre idéal. Est-ce grâce à cela qu’il a "séduit" Fabienne Bister pour racheter la moutarderie familiale? "Je ne pense pas…" confesse le jeune patron du groupe Natura. À 37 ans à peine, Arthus de Bousies n’en est pas à sa première acquisition dans le secteur. En 2012, alors qu’il était commercial pour le chocolatier Dolphin, le virus de l’entreprenariat touche ce fils de bonne famille, descendant de deux générations de bourgmestres de Hansbeke, entre Bruges et Gand. Il rachète le producteur de sauce Natura. "À une dame encore…", s’amuse-t-il.

Quand, il y a près d’un an, de Bousies reçoit un appel de Fabienne Bister, il ne laisse pas passer la chance. Bister veut passer la main mais n’a pas de repreneur intrafamilial. Ni ses filles, ni ses cousins ou petits-cousins ne veulent reprendre l’entreprise dans la famille depuis trois générations. Fabienne Bister se résout donc à vendre, mais pas à n’importe qui, et certainement pas à un fonds ou à un financier. Elle fait donc le tour du marché, qui n’est pas bien grand.

"J’ai repris Natura en 2012 sur les conseils d’Albert Zeni, l’associé français de Fabienne Bister; je la côtoie régulièrement sur les foires et salons, où nous sommes souvent voisins de stand; on s’entraide lorsqu’il le faut… Je lui avais déjà dit plusieurs fois que si un jour elle vendait, elle devait penser à moi. Et ce n’était pas qu’une formule…" Ce qu’elle fit!

"Pas plus qu’avec les autres marques que j’ai rachetées et intégrées, je ne compte pas tout révolutionner. Au contraire. On ne changera rien au produit!"
Arthus de Bousies

Arthus de Bousies saute donc sur l’occasion de consolider son portefeuille de marques. Depuis la reprise de Natura, il a également acquis le fabricant de condiments Top Quality et le producteur de moutarde néerlandais Ton’s Mosterd. Il peut donc mettre en avant son expérience en matière d’acquisition. "Bister, c’est une marque très forte, iconique dans le secteur, affirme-t-il avec admiration. Pas plus qu’avec les autres marques que j’ai rachetées et intégrées, je ne compte pas tout révolutionner. Au contraire. On ne changera rien au produit!", affirme-t-il avec véhémence. La recette, le nom comme le fameux pot en forme de grenade resteront donc dans les rayons. "Bister restera Bister!"

En 2012 lorsqu’il reprend Natura, l’entreprise affiche un chiffre d’affaires de 650.000 euros. À l’époque, le petit atelier établi à Forest est vétuste et dépassé. "Les cuves d’huiles étaient soudées dans la cave. Il fallait arrêter le tram pendant près de 2 heures pour stationner le camion le temps de les remplir. Les entrepôts étaient dans la rue voisine, on faisait transiter les palettes par le trottoir, se souvient-il. Selon ma belle-mère, c’était la meilleure mayonnaise, hormis celle que l’on fait soi-même!"

"La logique industrielle voudrait que l’on rassemble maintenant les différents sites de production, français, hollandais et belges, en un seul lieu. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour."
Arthus de Bousies

Deux ans plus tard, il déménage la production dans de nouveaux ateliers à Tubize. "La logique industrielle voudrait que l’on rassemble maintenant les différents sites de production, français, hollandais et belges, en un seul lieu. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Je n’arrive pas en dirigeant de private equity. Je me substitue à un Bister qui aurait simplement adapté ses méthodes de management", affirme-t-il.

Mais de Bousies compte bien générer des économies d’échelles, sur les achats essentiellement (matières premières, emballages…) et sur certains services centraux. Mais aussi sur le commercial. En ajoutant les marques de Bister à son portefeuille, Natura augmente aussi sa force vis-à-vis de la distribution. "Nous sommes dans une bonne position. Contrairement au début de Natura qui dépendait à près de 50% de Colruyt en 2012, aujourd’hui notre portefeuille de clients est large et diversifié", estime de Bousies.

Les acquisitions successives de Top Quality puis de Ton’s Mosterd et la croissance organique de Natura, à deux chiffres, lui permettent d’atteindre aujourd’hui un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros. La moitié seulement de celui de Bister. La taille n’impressionne pas le jeune entrepreneur qui se sait bien entouré et sûr de pouvoir compter sur des équipes aguerries. "Il y a énormément de savoir-faire dans chacune des équipes et je suis très impressionné par la longévité et la fidélité du personnel de production."

10
millions €
En intégrant Bister, le groupe Natura triple sa taille et atteint un chiffre d’affaires de près de 10 millions d’euros.

L’objectif du repreneur est de maintenir une croissance "saine mais ambitieuse", précise de Bousies. Les produits bio de Bister fabriqués sur le site champenois de Saint-Thibault sont dopés par l’engouement pour ce type de label et par le développement de certaines chaînes de distribution spécialisées. Pour le reste, les chiffres de Bister sont plutôt stables. "Mais il est plus facile de passer de 600.000 à 700.000 euros que de 6 à 7 millions…"

L’essentiel de son marché est en Belgique, en France et aux Pays-Bas. "En quittant Dolphin pour racheter Natura, je comptais beaucoup développer l’export, grâce notamment au réseau que j’avais développé dans le chocolat. Je me suis complètement planté! La croissance est en Belgique, parce que pour ce genre de produit, le consommateur veut du local. C’est d’ailleurs ce qui explique la force d’une marque comme Bister", constate-t-il.

Et sur leurs marchés domestiques (Belgique, France et Pays-Bas), les marques du groupe se posent en challenger des leaders locaux. "Mais on n’est pas obligé d’être leader. Il vaut mieux quelques bons pour cents de part de marché bien implantés", souligne-t-il encore.

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